Le dessein de Bernard Moninot

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Dès le premier regard sur l’exposition présentée à la Fondation Maeght, la pureté et la poésie de la création de Bernard Moninot se ressentent.

Se laisser emporter par les éléments, nuages, vents, par les migrations, les lumières et ombres. Aller plus loin encore dans l’esthétique blancheur et transparence de l’univers de Bernard Moninot, structuré de cordes de piano, de résidus du cosmos, de boules de verre, de flacons qui révèlent une existence, suivant l’imaginaire de chacun. Traverser avec lui le miroir de la Vie, et sa part de mystère, le temps et l’oubli.

En suivant le fil conducteur des dessins tracés au crayon, au stylet ou à la plume d’oiseau, les uns réalisés sur papier, d’autres projetés en lumière sur fond noir ou sur mur, peints ou transcrits en braille, découvrir l’expression longuement murie de l’artiste, convergeant vers des installations sculpturales, nourries de recherches scientifiques, cosmologiques, littéraires.

Ce parcours a pour dessein d’enregistrer la marque des éléments du cosmos dont l’humain n’a pas connaissance directe, d’intégrer l’espace- temps dans le travail de l’artiste. L’immensité qui entoure l’être humain, entre l’infiniment grand et l’infiniment petit, le tout ou son soupçon. La fonction de l’art pour l’artiste étant d’imaginer, de créer pour répondre à des questions d’apparence impossible.

Exposition


Bernard Moninot propose ici de restituer spatialement la mémoire longue dans une forme épurée qui a nécessité cinq années de recherches et de travail. Devant nous, une structure cubique donnant l’impression de givre, de neige, avec des éléments blancs, un rideau de soie avec dessin du glacier du mont Blanc et en transparence le mécanisme d’un remonte pente, des fragments de phrase, des mots avec des effets de miroirs.

 

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L’idée d’origine remonte à un moment enchanteur de son enfance, au souvenir de la résonnance du diapason sur des objets. Ici la résonnance est celui de l’écho en montagne, connu de tous, signifié par un rideau de patience, comme au théâtre ; l’ensemble sous-tend l’instant où le son s’ouvre puis disparait jusqu’au retour de l’écho. Cette notion de l’espace-temps, cette mémoire de l’enchantement des sons de l’enfance se poursuit avec les tragédies de l’âge adulte ; celles de la période de la guerre de 40, et de la résistance, avec en final les évènements du bataclan ;

 

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Le son est alors lié à la vue, par une machinerie tournante, projetant les mots coupés, éclatés de la phrase de René Char « les yeux seuls sont encore capables de pousser un cri » phrase écrite après l’assassinat sous ses yeux du poète Roger Bernard, pendant la résistance. L’évolution du son en un écho visuel crée une tension dans l’œuvre. Elle participe aux fondations de cette sculpture-mémoire et ouvre à une réflexion existentielle alors que sa beauté s’oppose à l’oubli du temps.

 

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Les sculptures de silence viennent d’un rêve de Bernard Moninot, au cours duquel il visite l’atelier d’un artiste inconnu qui fabrique des œuvres extraordinaires, des sculptures de silence rendant sensible le silence. Aiguillonné par ce rêve stimulant, après quatre années de recherches quelques objets de silence sont là, créés et présentés sur cette table. Avec le concours d’un logiciel qui imprime le sonogramme d’un mot, l’énoncé de ce mot silence a permis de construire des formes de bruits, déposées dans des verres ou vases sous vide. Corde à piano, sable blanc, acier, verre, goutte de verre, poudre de toner, papier carbone participent à cette matérialisation, à cette traduction visuelle d’un projet qui paraissait utopique. C’est la forme même du mot silence quand il est prononcé et transposé en sonogrammes qui donne la forme.

 

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Les objets de silence, corps et formes, sont devenus à présent familiers au regardeur, l’installation spectaculaire Antichambre, apparait comme l’apothéose des recherches sur le son du mot et sa réalisation. Cinq sonogrammes du mot Silence sont étirés à l’intérieur d’une grande lanterne qui fait un tour toutes les deux minutes. Leurs projections amplifiées par leurs ombres portées, et par la lumière sur les murs de la salle Chagall, constituent l’œuvre entière. Le silence étant considéré comme un temps en suspens, cette présentation d’une structure du Temps suspendu dans l’espace, avec ombres et lumière constituent une œuvre remarquable.

 

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Voici à présent des constructions spatiales méticuleusement ponctuées de pentacrines, fossiles géologiques en forme d’étoile, d’il y a 200 millions d’années, que l’on trouve encore dans le Jura où vit l’artiste.

 

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Ce maillage du passé, de l’aube des temps, étiré retravaillé sous forme de sculptures aériennes, est en lien direct avec l’espace, le temps, et le cosmos, avec l’empreinte de la sensibilité de l’artiste. Ces sculptures aériennes, faites de petits animaux marins collés sur cordes à piano, venus d’il y a des années- lumière du cosmos, sont de véritables constellations revisitées.

L’étrangeté et l’originalité de la création de Bernard Moninot, son parcours de dessins sous toutes formes, ses recherches utopiques et réalisations mystérieuses, son intimité avec l’univers expliquent le titre de l’exposition présentée à la Fondation Maeght : le dessin élargi.

 

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A l’été 1999, l’étrange idée de dessiner le vent a germé dans l’esprit toujours en éveil de l’artiste, après recherches, il choisit de faire dessiner le vent. Jamais à court d’inventivité Moninot crée un dispositif proche d’un sismographe, qui enregistre sur des verres enduits de noir de fumée, le graphisme du vent, les marques de son passage. Pour l’exposition à Saint Paul de Vence, l’artiste a réalisé une collecte de traces dans ses jardins en Hommage à Marguerite et Aimé Maeght, l’œuvre est présentée dans la salle Giacometti.

En passant, par les traces du temps, les marques de la mémoire, à celles du cosmos avec les migrations des oiseaux, le souffle de vie, les prévisions climatiques, l’artiste nous montre l’équilibre et les secrets de l’univers qui conduisent à une réflexion métaphysique.

Et peut-être au-delà de cette réflexion à une mise en garde sur le branle-bas que l’homme pourrait produire sur cet équilibre s’il n’y prête soin. Y sommes-nous conviés à dessein ?


Brigitte Chéry Nice 26 avril 2022

Photo copyright Béatrice Heyligers

Exposition Bernard Moninot – le dessin élargi- jusqu’au 12 juin 2022

Fondation Maeght 06570 Saint Paul de Vence 04 93 32 81 63