Les contours de Matisse gravés dans nos cœurs

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« Le noir aussi est une couleur » disait Matisse et « la gravure une autre langue ». Si vous comptez rendre hommage au sieur Eiffel durant les fêtes, passez donc faire un tour à l’exposition « Une autre langue, Matisse et la gravure » qui se tient de l’autre côté de la Seine, à la fondation Mona Bismarck.

Une sélection de 100 estampes sur les 829 que compte l’œuvre gravée de l’artiste (de ses débuts jusqu'à son décès en 1954) vous donnera un large aperçu du magnétisme qu’elles peuvent encore exercer sur le quidam surexposé aux images numériques.

 

 

matisseQuelque peu suranné dans son élégance figée, l’ancien hôtel particulier de la Comtesse Bismarck a quelque chose de chaleureux, ce petit supplément d’âme que les années vous accordent. Les lourds rideaux, le parquet ciré, les murs un peu jaunis et les hauts plafonds laissent toutefois la place à l’accrochage des tableaux simplement mais efficacement présentés dans une demie pénombre qui oblige à l’attention et force le respect. On se sent finalement au final un peu chez soi et la déambulation se fait d’autant plus sereinement qu’un dessin en appelle un autre. Comme l’annonce avec fierté le petit fils de Matisse, Claude Duthuit, tous ses dessins sont uniques. Chacun d’entre eux - qu’ils figurent trois traits (mais quels traits !) ou une abondance de lignes striées - a sa propre vie, parce que c’est de ça dont il s’agit avec Matisse, c’est la force de représentation. Les portraits aériens sont d’une beauté universelle, les yeux comme une griffe (la marque de fabrique de l’artiste), je veux dire les regards, toujours un mystère à sonder, les blancs et le non figuré, un espace à recréer par l’amateur.

 

matisseSoulignées de concert dans le catalogue d’exposition par les plumes de Claude Duthuit et Pierre Schneider (Commissaire), ses dessins n’imitent pas ses peintures mais dialoguent avec elles. Lignes épurées, simplifiées à l’extrême mais qui font sens. Volupté et douceur, Matisse grâce à son trait nous livre toutes sortes de contours et de formes selon ses désirs : tantôt à la pointe sèche pour des visages perçants, à l’aquatinte pour des portraits-masques, à la sanguine pour des formes évanescentes,… Sans compter tous les procédés de gravure utilisés qui sont ici comme un éventaire à la Prévert à découvrir au fil des planches.

 

La gravure ayant été longtemps jugée comme un art mineur, Henri Matisse est, à ce jour, très peu connu du grand public comme graveur. Espérons que cette rétrospective viendra réparer cette négligence… Et laissons-lui le dernier mot : « Il s’agit d’apprendre et de réapprendre une écriture qui est celle des lignes.

 

par Aurèle M.

 

Le Paris Cultural Center de la Mona Bismarck Foundation

Du 1er décembre 2010 au 15 février 2011

34, avenue de New York – Paris 16e

Entrée libre – 12h00-18h30 tous les jours, sauf dimanche, lundi et jours fériés.

www.monabismarck.org