Vincent NOCE : L’Affaire Ruffini

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Sous-titre : « Enquête sur le plus grand mystère du monde de l’art ». Au cœur de l’enquête : « Giuliano Ruffini, son fils Mathieu et Lino Frongia peintre, sont soupçonnés par une juge française d’avoir fabriqué et diffusé des dizaines de tableaux apparus depuis trente ans en Europe et en Amérique. ». « Ce livre retrace quatre ans d’enquête. Il raconte les péripéties de ces peintures à travers le monde, expose l’ingéniosité technique des faussaires et les arguments contradictoires des examens scientifiques et décrit des personnages hauts en couleur gravitant autour de ce commerce. Il révèle ainsi la face inquiétante d’un monde de l’art aux pratiques tortueuses et dans lequel des millions d’euros changent de mains avant de se volatiliser. » L’enquête de Vincent Noce devient un roman policier complexe, impossible à résumer. L’événementiel s’habille de sociologie de l’art, d’un décor de mentalités modernes, d’une troupe d’acteurs dont il faudrait savoir quelles « personnes » ils sont, et dans quelle mesure ils jouent « comme personnages ». Occasion de faire le portrait d’un milieu, d’un système. Balzac aurait aimé développer l’intrigue. À vous de lire les 281 pages. Nous ne ferons qu’émettre le début de quelques réflexions parallèles, plus générales…

 

Livre

Que des grands peintres soient imités, la choses est banale dans l’histoire de l’art. Lorsque les œuvres n’étaient pas « attribuées », la pratique était artisanale : apprendre le métier, faire techniquement le mieux possible, selon les jugements d’époque… En copiant, refaire exactement le meilleur, pourquoi pas ?  On attribue de nos jours à « l’atelier » ce qui a été peint en grande partie croit-on par les assistants et apprentis, mais conçu et dirigé et corrigé par le maître… Aujourd’hui, le « conceptuel » aidant, on admet que le signataire dirige et les « assistants » (ou ordinateurs et machines) exécutent. Les choses deviennent plus compliquées quand il s’agit de se substituer, des années ou siècles plus tard, à l’auteur dont la signature donne valeurs. Valeur culturelle, sur laquelle la discussion ne peut qu’être enrichissante, et – là se situe le point douloureux – valeur commerciale… où l’enrichissement peut faire problème.

Tout repose sur des jugements. Mais jugements d’experts et jugements de justice ne procèdent pas des mêmes critères, des mêmes valeurs. Le mot valeur pour les artistes, pour les marchands ou les collectionneurs n’a jamais vraiment des définitions identiques. En quoi, à partir de quelle mesure, une œuvre techniquement impossible à discerner comme originale ou pas, avant ou après batailles d’experts et de justice changerait ensuite de valeur marchande, si ce n’est par appréciations affectives ? Jeux d’ego et d’intérêts. Tous les créateurs, et les collectionneurs passionnés, refusent spontanément la confusion d’un objet original avec une réplique, serait-elle objet identique. Question d’un mélange d’idéologie et de ressenti. Le commerce à ses lois qui se confondent peu avec celles de l’esthétique.

Sont surtout concernés les gros amasseurs d’œuvres, institutionnels ou privés. Les vrais amateurs (ceux qui aiment fréquenter les œuvres plus que posséder mieux que les autres) ont rarement les moyens de se disputer la possession d’un Lucas Cranach l’Ancien posant la question de vrai ou faux. Les plus sages découvrent les générations actives, si possible avant que les plus décoratifs ne deviennent un de ces dits « stars », girouettes mondaines, plus présents aux enchères ou réceptions qu’en atelier.

Donc, lecture propice à provoquer autour de « l’affaire » quelques réflexions sur le monde de l’art, qui ressemble tellement (Oh ! surprise ! dis-je – en vieil hypocrite !) tellement au reste du monde.

Marcel ALOCCO


Vincent NOCE : L’Affaire Ruffini

Enquête sur le plus grand mystère du monde de l’art Buchet Chatel 2021