PIETRAGALLA sur les traces de MARCO POLO

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« Si non e vero, e una bella storia », si ce n’est pas vrai, c’est une belle histoire dit-on au pays du verbe, l’Italie. Marco Polo a-t-il effectivement vu toutes les merveilles dont il fait part ? Peu importe. Le récit est superbe, et il n’en fallait pas moins pour inspirer la danse. Créé en 2008 à Pékin dans le cadre des Jeux Olympiques, « Marco Polo » qui a fait une tournée triomphale  en Chine et en Europe, faisait escale dernièrement au Zénith de Toulon.

 

 

 

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« Lorsque Marco Polo, en 1274, après avoir parcouru 12.000 kilomètres sur les pistes d'Asie centrale, rejoint enfin le «seigneur des seigneurs», celui-ci partage son temps entre Shangdu l'été (où il chasse avec sa suite, ses guépards et ses faucons) et Khanbalik l'hiver (où il dirige les affaires de son immense royaume). Tout juste achevée, l'agglomération, entourée d'une muraille fortifiée de 28 kilomètres, est un chef d’œuvre d’urbanisme ». Le spectacle proposé par Sylvain Derouault et Marie Claude Pietragalla, parmi d’autres merveilles, ressuscite Khanbalik (la ville du Khan) qui ne sera baptisée Pékin qu'au XVe siècle. S’inspirant du « Livre des merveilles » de Marco Polo, la danseuse étoile chorégraphe et son compagnon nous invitent à un voyage aux frontières du réel, conte fantastique nous menant d’une Venise onirique à une ville futuriste en passant par la Chine Impériale. Dans un monde futuriste, où réel et imaginaire s'entremêlent, un homme, Marco Polo, va tenter de retrouver ce chemin qu'il a déjà parcouru et ce monde qu'il a autrefois découvert. Il évolue, grâce au film d’animation créé par Christophe Rendu et  Marie Decavel, entre rêve et réalité, monde concret et immatériel, selon le jeu ambigu du vrai et du virtuel.

 

Dans ce voyage à travers l’espace et le temps Julien Derouault, dans le rôle- titre, est guidé dans sa quête par sa comparse Marie-Claude Pietragalla, la Dame Blanche, dont la vision le hante tel le spectre de l’amour. A travers son parcours, Marco Polo rencontre différentes communautés incarnées et mises en mouvement par un ballet de danseurs issus tant de formation classique, que du Hip Hop ou encore des arts martiaux. « Un univers onirique où à la présence sur scène de la danse, de la musique et du chant comme expressions premières de l'homme, s'ajoute l'image d'animation, spectre déformant et contemporain de notre imaginaire », « des machines tentaculaires se saisissant des hommes (….) donnant lieu à des tableaux chorégraphiques de toute beauté sur des musique emballantes », comme le soulignait le Parisien, avec notamment des contributions de Christophe, The Chemical Brothers et Prodigy. L’ensemble musical composé par Armand Amar s'étendant des mélodies traditionnelles à des tonalités contemporaines, passant de l'électro à un trio d'opéra qui assure l'union du récit chanté en italien, en persan et en mandarin.

 

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IMAGE ANIMEE QUI ACCOMPAGNE TOUT LE SPECTACLE

Inutile de revenir longuement peut être sur la pluie de compliments qu’a reçu le spectacle,  « manga dansé » toujours pour le Parisien  qui « se positionne au carrefour de multiples tendances, le hip-hop, les arts martiaux, les musiques du monde » (Le Monde) d’une part, et la prestation de Julien Derouault, de l’autre qui « fait feu de toutes les langages de la danse » et dont les « gestes ont une élégance à donner le frisson. Beauté que la fatigue transforme peu à peu pour laisser place à une animalité fascinante » pour le Figaro.

Toutefois, c’est probablement une part réduite des spectateurs toulonnais du Zénith (et peut être dans d’autres salles) qui ont pu saisir toutes les finesses de la danse décrites. La gigantesque salle correspondait probablement à des critères de rentabilité et de remplissage, l’effet de la vidéo sur grand écran faisant de toutes manières son effet à distance.

 

 

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Si la vidéo est souvent intégrée dans créations chorégraphiques contemporaines, c’est bien la première fois que l’image animée accompagne tout un ballet. La recette est certainement propre à séduire un public asiatique et américain. Le film d’animation créé par Christophe Rendu et  Marie Decavel offre des décors somptueux ainsi qu’un écho au mouvement dansé.  Les ombres chinoises des danseurs sur le film d’animation  ajoute au dialogue permanent entre l’image et  le geste, qui finit toutefois parfois par se perdre, le danger d’un tel procédé étant de substituer l’image de synthèse à la danse. Ainsi, près de 5 minutes avec uniquement images d’animation, musique et éclairages flamboyants ….. sans aucun danseur sur scène - apparemment pour changer de costume - …. c’est beaucoup trop. Le spectacle qui dure 2 heures 10 avec un entracte gagnerait à être raccourci et d’un seul tenant. Le propos et la séduction en resteraient ainsi intacts. Un apport plus équilibré entre danseurs de formation classique et hip-hoppeurs ou capoeiristes y apporterait également plus de tenue sur scène, une gestuelle plus affirmée, plus précise et en relation avec la danse – sublime – du couple Pietragalla et Derouault.

Toutefois, voir danser Marie Claude Pietragalla est un bonheur et une émotion toujours recommencés, qui vont inéluctablement devenir rare, et dont il ne faut pas se priver tant que cela est. Julien Derouault, d’une énergie remarquable tout autant que d’une merveilleuse sensualité animale, fournit, comme largement souligné, une prestation superbe. La danse de ces deux là ensemble est de toute beauté, évidente symbiose, leur duo final dans une pluie de blancs pétales concluant magnifiquement la prestation.

 

par Geneviève Chapdeville Philbert

Marco Polo - chorégraphie et mise en scène Marie-Claude Pietragalla et Julien Derouault sur une commande de Pierre Cardin Animation et création vidéo Chrysoïd Lumières Eric Valentin – Costumes Patrick Murru Musique Armand Amar -Textes John Boswell - Musiques additionnelles Christophe - The Chemical Brothers – Prodigy Zénith de Toulon - 23 novembre 2010