L’homme des plages ou les fantaisies de l’imaginaire

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La rentrée des Compagnies au théâtre national de Nice permet de découvrir le travail de troupes résidant sur la Côte d'Azur. L’adaptation libre de Linda Blanchet, L’homme des Plages, avec la Compagnie Hanna R, du roman de Patrick Modiano, Rue des Boutiques Obscures, fait partie des belles soirées de cet automne.


En ouverture, un grand miroir face au public reflète des individus perdus dans la foule…Un homme interroge : « Quelqu’un me reconnaîtrait-il ? » « Quelqu’un m’aurait-il vu il y a 10 ans ? ». La petite musique du texte de Modiano coule par la voix de Gilles Chabrier, qui interprète le personnage, Guy Roland, amnésique à la recherche de son passé. Il tire avec justesse les fils de cette quête en pointillé, les fausses pistes et les espoirs qui s’envolent. Avec légèreté, de belles scènes s’enchaînent, vécues avec tous les comédiens. Modiano est bien là.

 

 

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Cette recherche du passé est parsemée de courts épisodes de la vie intime des comédiens, qui le temps d’un souhait ou d’un regret, nous entraînent dans leurs univers. Dans un tourbillon de souvenirs plein de charme et de poésie. Ils brillent tels des lucioles et s’évaporent. Les interventions sont justes, marquent le spectacle et s’inscrivent agréablement dans la mise en scène. La création de l’ambiance particulière à chacune d’elles est soulignée par les éclairages très fins d’Alexandre Toscani. Surtout ne pas gâcher ces jolis moments en les racontant mais souhaiter qu’ils gardent leur fraîcheur. Lila Aissaoui, Jonathan Gensburger, Maija Heiskanen, Jacqueline Scalabrini, Olivier Debos, tous excellents, entourent ainsi Gilles Chabrier et l’accompagnent dans sa quête de la mémoire et la résistance de l’oubli. Ce parcours, avec Ezequiel Spucches au piano, résonne souvent comme une revue musicale.

 

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Les photographies ont la part belle dans l’identification, mais la reconnaissance des personnes est plutôt suggérée dans le spectacle. De simples carrés blancs lumineux projetés sur la scène laissent courir l’imagination des spectateurs ; un engin à moteur souffle pèle mêle des clichés du passé, visages d’autrefois, gens oubliés, instants perdus, trésor dérisoire. Un grand moment passe à la fin, avec l’illusion d’un diaporama commenté joyeusement par tous les comédiens, alors qu’en parallèle, Gilles Chabrier dit le très beau passage sur l’homme des plages. Cet homme présent sur toutes les photos de vacances, disparaît un jour sans que l’on sache qui il était. Cet homme, propos du spectacle, cette silhouette qui s’éloigne, la nôtre « …dont le sable…ne garde que quelques secondes l’empreinte de nos pas… »
On sort heureux de ce spectacle intelligent et subtil dont on appréciera la mise en scène délicate et équilibrée de Linda Blanchet. La recherche et la découverte de ces moments qui s’évaporent, laissent un vrai plaisir esthétique. Une part de souvenir sans doute...

 

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Brigitte Chéry
Photos Béatrice Heyligers.


TNN promenade des Arts 06300 Nice Tél. 04 93 13 90 90, 16-22 octobre 2010
En tournée au Théâtre de l’Union, CDN du Limousin, les 11 et 12 mai 2011.
Compagnie Hanna R, en résidence au Théâtre de Grasse et au Théâtre National de Nice.