Nasr-Eddine Bennacer au cœur de l’émigration.

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L ’exposition « Sous la mer les mots » de Nasr-Eddine Bennacer, proposée à la galerie Depardieu à Nice, est un événement d’une intense alchimie esthétique et humaine.

Pléthore d’artistes présente un travail plus ou moins abouti, soumis au verbiage d’un commissaire d’exposition sur le thème de l’immigration. Ici les œuvres de Nasr-Eddine Bennacer, parlent d’elles-mêmes, mises en scène par l’artiste avec délicatesse et pudeur elles n’ont que plus de force.

 

Ce parcours périlleux est proposé avec des faits et références historiques. Il dénonce avec créativité les innombrables ruses qui harponnent les milliers d’anonymes qui traversent la mer pour aller vers un rêve insensé, un pays de liberté, et de paix. C’est aussi la dénonciation d’une démocratie qui prend l’eau avec ses faux fuyants et ses pièges.

Exposition

Une des raisons d’émigrer est présentée dès l’entrée. L’installation Requiem: linceul, savon et onguent dans une boite en carton rappelle le régime algérien des années 90. Ce signal de mort prochaine, cette menace qui était envoyée aux intellectuels, artistes ou opposants au régime transmet une émotion forte qui persiste et baigne l’exposition.

L’étrange alchimie esthétique, poétique et humaine de Bennacer, titrée « Sous la mer les mots. »

L’exposition est portée par la lettre poignante d’un jeune noyé à sa mère. Je suis désolé, maman, parce que le bateau a coulé et je ne pouvais pas arriver là-bas, également, je ne serai pas en mesure…. Je suis désolé…. Sur tout un mur, sont installés des messages sortis de mer, en formes de bulles, avec des caractères arabes entachés de rouge sang, de bleu du ciel. Ces mots, ces bulles s’échappent, ces messages s’effacent, disparaissent, avec la vie de ces humains.

La qualité de chacune des œuvres de cette série, Je respire sous la mer, la beauté de cet envol de mots d’espoir déçu, cet appel à l’aide bien loin de l’accueil espéré d’un pays idyllique, transmettent une amère compassion.

Cette même impression se poursuit avec la belle gouache sur papier japon La dernière traversée. * Une embarcation en proie aux embuches de la navigation nocturne, aux intempéries et autres adversités qui n’arrivera sans doute pas à destination.

Exposition

Plus loin, l’installation « le Chant des sirènes » plonge l’espace de la galerie dans un fond marin miné d’hameçons de pêche en verre, l’exposition conduit jusqu’à l’arrivée peu heureuse à la capitale, évoque des troubles sociaux. Les œuvres Manzil 1 et 2 nous mettent face à face avec un immense campement sur Paris.

Il y a beaucoup à voir et comprendre dans ce parcours aux nombreux périls.

D’une trentaine d’œuvres Nasr-Eddine Bennnacer traduit son ressenti avec une extrême sensibilité et beaucoup de finesse, il creuse au plus profond d’une réflexion sur les questions humaines d’immigration et de sécurité auxquelles le discours politique actuel ne répond pas.

BRIGITTE CHERY

Photos copyright : BEATRICE HEYLIGERS

*présentée par l’UMAM à l’exposition « liberté, liberté chérie » l’été 2019 à l’ancien bagne de Nice.

Pour informations: Téléphone : Galerie Depardieu 6, rue du docteur Guidoni 06000 NICE 0 966 890 274 www.galerie-depardieu.com