Songe d’une nuit d’automne

PDFImprimerEnvoyer

Poésie teintée d’humour nostalgique, les Nonos nous emmènent dans leur cirque à la fois tendre et caustique.

Une Reine de la nuit préside la séance juchée sur son immense jupon diaphane et contemple ce monde qui s’ébat et se débat sous ses yeux lassés. Passant sous ce pont entre le réel et l’imaginaire, tous les personnages imaginés par Serge Noyelle rentrent successivement dans l’arène.

Celle du cirque, qui pourrait être celle aussi d’une corrida de notre espace entre la vie et la mort. « Le vide fait il peur ? » lance Marion Coutris alors que s’enchevêtrent et tourbillonnent les elfes. Une troupe de personnages à la Groucho Marx enchainent les tableaux surréalistes : nageur à palme qui vole dans les airs, ballet de flamenco en sabot, tour de saut à bascule pour les vaporeux moutons de nos nuits sans sommeil, homme renne aux colombes juchées sur ses bois, skieurs lunaires, tous dans un regard toujours interrogateur, comme étonnés d’être là.

 

 

nono

«Ici c’est un théâtre, une piste d’envol, un terrain de jeu aérien et fêlé, le carrousel de nos vagabondages d’enfance, un carnaval bizarre, un poème en images et en musique. « Fais pas ton Cirque ! «  intime-t-on aux enfants turbulents.  Nous prenons donc le revers de cet appel au calme, comme une injonction au désordre joyeux, à la pagaille, un droit à la mélancolie, aussi. Le théâtre va le faire, son cirque, justement et s’autoriser la rêverie, le vagabondage, inventer une Fantaisie, étrange et naïve, bluffante aussi, où théâtre et cirque mêlent leurs histoires et le plaisir d’un mariage déraisonnable entre ciel et terre, métissé, drôle, musical et fou» explique Serge Noyelle. Et ainsi, ce sont pas moins de 13 paires de sabots de bois, 5 rats blancs, 3 écuyères, 1 revolver, 11 pigeons-paons, 2 skieurs égarés, 1 père Noël perché, un concert de sifflets, un crooner déjanté, un petit chaperon rouge trapéziste, un grand méchant loup, des chevaux, des filles de l’air, 12 moutons insomniaques, une fanfare triste qui apparaissent tour à tour dans un rythme soutenu.

 

nono« Le Cirque NoNo, c’est celui que vous vous faites, vous aussi, entre veille et sommeil, lorsque les impressions diurnes laissent place peu à peu à la fantasmagorie des songes, ronde d’images jubilatoires, surprenante, folle et parfois teintée de blues «  poursuit Marion Coutris. «  Fondé sur une réflexion poétique, une expérience physique de l’espace, un surréalisme revendiqué, Nono  c’est un théâtre où les niveaux d’expression se juxtaposent. Scénographie, composition musicale, texte et dramaturgie constituent le tissu d’une recherche théâtrale qui travaille à l’élaboration de nouvelles configurations de convocation des spectateurs, et d’univers plastiques empreints d’une radicalité picturale » détaille encore Marion, co-directrice avec Serge Noyelle du théâtre créé à Marseille en 2008 en suite d’une expérience professionnelle (notamment dans la mise en scène d’opéras) déjà affirmée de presque trente ans . Le couple est ici co-auteur du spectacle et des textes déclamés par ce personnage de mère-maîtresse-déesse juponnée.

 

nonoMétaphore aérienne qui semble cultiver l’envol, l’apesanteur, le spectacle mêle circassiens de tous les coins du monde (Brésil, Guinée, USA, Québéc, Belgique….), dont certains faisant partie de l’Académie Fratellini, aux comédiens permanents de la troupe Nono. Comme Patrice Pujol, inénarrable égaré ex-économiste tombé dans la marmite artistique professionnelle à 30 ans et qui ne regrette en rien son choix ou encore son comparse Carpar Hummel, ex-danseur suisse (ça ne s’invente pas) qui parle une kyrielle de langues d’un même accent so british et adore la dérision permanente de son travail actuel de comédien au Nono. Que dire encore par exemple de Grégori Miege, dead-pan face tel un Buster Keaton de 160 kg pour 1 m 92, et de sa légèreté à s’envoler dans les airs. Nous en oublions, qu’ils nous excusent. Les circassiens quant à eux enchaînent des numéros d’un professionnalisme époustouflant dont il serait difficile de dire lequel serait supérieur à l’autre. Notons toutefois le travail remarquable des écuyères enivrantes de naturel et de grâce, telles des amazones. Les musiciens autour de Marco Quesada apportant le tissage instrumental de l’œuvre.

 

 

nono

L’univers Nono nous emporte pendant plus de deux heures dans un monde de rêve tout autant que d’interrogation qui nous habite bien après la représentation, autour d’un verre ou d’un bon plat dans les jardins du Théâtre célèbres pour leur convivialité au milieu de poétiques caravanes, lieu de résidence permanent de la Compagnie. A voir absolument, en famille, ou solitaire peut être.



Geneviève CHAPDEVILLE PHILBERT


« Les Nonos font leur cirque »
Marseille Théâtre Nono - 7 au 23 octobre 2010
Paris - Du 21 janvier au 13 février 2011 à l’Espace Cirque d’Antony (92) /
www.theatrefirmingemier.com
En collaboration avec le Théâtre à Châtillon / www.theatreachatillon.com
www.theatre-nono.com


Petite fiche technique :

Dans le paysage théâtral français, le Théâtre NoNo est l’une des compagnies les plus actives en termes de coproductions avec des structures européennes et internationales.. En mai 2010, Labyrinthe, spectacle emblématique de la saison 2008 du Théâtre NoNo, s’est joué avec succès à l’Opéra de Pékin (Chine) en mai/juin 2010, avec une distribution franco-chinoise, dans un lieu emblématique de la création contemporaine internationale : le 798 Da Shan Zi. Cette production, au retentissement important en Asie du Sud- Est, ouvre à la compagnie la perspective de nouveaux projets en Chine – Hong-Kong, Taïwan, Canton, Shanghaï, Xian – mais aussi au Japon, et en Corée. Par ailleurs, une longue collaboration avec le Oerol International Festival de Terschelling (NL), conduira le Théâtre NoNo à réaliser une création à New York (Governor Island) en septembre 2011. Du land-Art à l’opéra, de la chorégraphie au cirque, du théâtre de rue à des expériences intimistes, la compagnie recherche sans cesse de nouvelles passerelles esthétiques où le spectateur voyage, découvre, et élabore une réflexion ouverte.