Lars Fredrickson, précurseur de l’art sonore, à l’honneur à Nice

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Lorsque l’on réveille le nom de Lars Fredrickson et son souvenir c’est toute une époque, tout un monde des années 1960 à nos jours, qui surgit : des poètes d’abord, puis Aimé Maeght et la Fondation, la Villa Arson avec Isabelle Sordage, Ludovic Lignon, élèves puis assistants, la galerie Catherine Issert, la galerie In situ- Fabienne Leclerc de Paris, des artistes, Bernar Venet, l’architecte Guy Rottier, le GRM, Pierre Schaeffer, Guy Reibel…et une descendance d’artistes qui développe les résonances de son travail.

 

 

Exposition

Les deux commissaires d’exposition et le fils de l’artiste Hélène Guénin, Gaël Fredrickson, Rebecca François

Le Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain de Nice et le Nouveau Musée National de Monaco se sont alliés, accompagnés par Gaël Fredrickson, son fils cadet et son association pour créer à Nice cette première rétrospective des œuvres de Lars Fredrickson, associée à tous les acteurs du passé et les chercheurs actuels.

Sans eux peut- être que ce chercheur de génie, si sensible à la poésie, inspiré par les potentialités plastiques de l’électronique, explorateur du son et des flux énergétiques, sculpteur de ce monde sensible, serait encore resté dans l’ombre, tant il a préservé ses recherches des incursions extérieures. Mais les temps changent et son travail connaît les remous de la redécouverte, avec l’entrée de grandes œuvres dans les collections du Centre Pompidou, de la GAM à Turin et chez les grands collectionneurs.

Lars Fredrickson est né à Stockholm en 1926. Il fait des études scientifiques et s’intéresse à l’électronique. Pendant son service militaire, il réalise des sculptures à explosifs sur les plages de Suède, puis il devient ingénieur radio dans la marine marchande durant une dizaine d’années, pendant lesquelles il fera plusieurs fois le tour du monde. Il s’inscrit à l’académie de la Grande Chaumière à Paris, puis s’installe dans le sud de la France en 1960, il vécut à Antibes, Nice et Vevouil dans le Luberon où il décède en 1997.

Au fil de la visite, grâce aux archives de l’artiste, aux prêts des collections des musées et des particuliers, le public qui connait peu Lars Fredrickson, découvre l’œuvre d’un chercheur invétéré, bricoleur de génie, passionné par les expériences électroniques, inspiré par la calligraphie, la philosophie zen, et les technologies de son temps.

 

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Lars Fredrickson fabriquait ses propres synthétiseurs de fréquences pour générer des interférences visuelles et sonores, projetées sur un écran cathodique dont il relève le tracé. Il poursuivit ensuite ce travail sur la trace, avec la technique de la gravure sur papier d’argent, puis la création de livre de poésie et de livres d’artistes que l’on découvre au cours de la visite. Il ne s’agit pas d’illustrations mais d’interventions incisives sur le papier, sur les pages du livre pour ouvrir d’autres niveaux de réflexion.

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De même pour les sculptures en inox, ces plaques de métal plié, strié, martelé de signes, réfléchissent un univers en évolution, des images morcelées, ou distordues, en fonction des mouvements du visiteur et de l’éclairage. Si lce visiteur prend le temps de bouger devant ces sculptures, de regarder les déformations, de s’arrêter, d’écouter les bruits environnants cette magnifique salle, il devient par son interaction dans ce lieu, un acteur éclairé dans l’espace immatériel de la sculpture.

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L’exposition révèle la proximité de Lars Fredrickson avec la synesthésie. En effet l’artiste souhaite que le spectateur prenne conscience de son corps et de sa place dans l’univers, mais aussi des interférences qu’il provoque par ses déplacements. La découverte de l’œuvre, avec les échanges qui s’établissent avec le public, est du domaine de l’intime. La très belle salle des sculptures inox est particulièrement intéressante et fascinante, elle incite à la participation, à en être acteur.

Après cette prise de conscience du visiteur, l'expérience du passage du son par son corps avec le temps d’écoute des bruits de l’extérieur, celui-ci accède ensuite à la découverte simple de cette matière-son qui le traverse. Il est alors soumis à un large spectre de fréquences davantage sensibles par le corps que par les oreilles, il devient percepteur de cette matière son.

 

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On découvrira aussi, d’autres domaines d’intérêt de Fredrickson, sa proximité avec les poètes, son goût pour l’abstraction et la calligraphie, la peinture et l’aquarelle qu’il pratique dans un esprit zen, quelques œuvres sont exposées, ainsi que des travaux à la bombe.

 

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Hélène Guénin devant l’atelier de Lars Fredrickson

Le clou de l’exposition est la présentation de l’atelier de Lars Fredrickson, transporté spécialement du Centre Pompidou. Ce pratiquant de radio amateur, a constitué un atelier sonore impressionnant. Ce qui nous rappelle qu’il fut un professeur très apprécié à la Villa Arson où il ouvrit le premier studio du son. L’école est maintenant référenciée, Ecole pilote, de l’art du son.

L’exposition est présentée clairement, d’une manière expérimentale, sobre et esthétique, pleine d’informations. Elle lance des pistes, ouvre des sujets de réflexions. En suivant son parcours, on pense à Nam June Paik qui comme l’artiste travailla sur les potentialités plastiques de la télévision, à John Cage dont les recherches vont vers l’invisible. Fredrickson, lui, cherche à rendre perceptibles, les flux énergétiques normalement invisibles, pour arriver à la sensation matière-son avec les installations finales isolantes extrêmement étudiées.

Lars Fredickson, cet artiste avant-gardiste, ne s’arrête pas aux expériences corporelles de vibrations, aux perceptions des flux énergétiques, telluriques, sidéraux ou intérieurs normalement invisibles. En tant que précurseur de recherche pure et fondamentale dans ce domaine, il ouvre la voie avec ses notes de travail à d’autres pistes, que poursuivent de nouveaux émules.

C’est ce que sous-entend cette rétrospective visible jusqu’en mars 2020.


Brigitte Chéry Photos Béatrice Heyligers (copyright)

MAMAC place Yves Klein Nice Tel +33(0)4 97 13 42 01 Jusqu’au 22 mars 2020 tous les jours sauf le lundi de 11h à 18h