OPERA DE NICE - ANDREA CHENIER D’Umberto Giordano

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C’est avec « Andrea Chénier », créé à la Scala de Milan en 1896, qu’Umberto Giordano (1867-1948) obtint son succès le plus grand et le plus durable. Qualifié d’opéra historique, comme il existe des romans historiques, cette oeuvre est cependant rarement montée.

André Chénier est un poète français bien réel, annonciateur du romantisme. Guillotiné en 1794, il participa à la Révolution avant d’en être la victime. Signé Luigi Illica, le livret de cet opéra s’inspire de ce destin tragique et mêle des figures authentiques (Robespierre, Fouquier-Tinville, Marat, La Madelon...) au récit purement fictionnel des amours du poète avec une aristocrate, Madeleine de Coigny.

Spectacle

L’action se déroule donc en France pendant la Révolution, entre 1789 et 1794. Dans les troubles de l’époque, le poète Andrea Chénier, d’abord partisan convaincu, devient lui-même un persécuté. L’aristocrate qu’il aime l’est tout autant. Ils ne pourront se rejoindre que dans la mort, sur l’échafaud. « Notre mort est le triomphe de l’amour » chantent-ils dans un de leurs plus beaux duos. La voix particulièrement émouvante du ténor Luciano Ganci s’accordant à merveille à l’ampleur de celle de la soprano Cellia Costea.

Au début, tandis qu’une fête se prépare au château de la Comtesse de Coigny, le serviteur Gérard exprime sa haine pour ses maîtres en regardant travailler son vieux père : « Fils de serviteur et serviteur moi-même », clame-t-il. Renvoyé, cet ancien valet prend alors une place importante dans l’action révolutionnaire et, amoureux depuis toujours de Madeleine, il devient un rival en amour d’Andrea Chénier. D’abord hostile à l’idylle qu’il voit naître entre les deux amants, il est peu à peu touché par la puissance de leurs sentiments et, déçu par la tournure des événements de l’époque, il va vouloir les aider à fuir. En vain. Tous tremblent devant cette humanité secouée par la rage. « La Révolution dévore ses fils ». Seul l’amour reste sacré.

Spectacle

Cette oeuvre, du courant dit « vériste », montre de manière exemplaire le meurtre du poète André Chénier, homme libre et artiste critique. L’actualité du message est surprenante, par exemple quand entre en scène une bande de révolutionnaires comme pourrait le faire aujourd’hui une bande de « gilets jaunes ». Placée dans ces décors symboliques aux costumes historiques, « Andrea Chénier » montre l’action destructive des troubles de la Révolution française, tout en rappelant les dangers d’une société totalitaire, ivre de lois inégalitaires et de condamnations arbitraires.

La mise en scène de Pier Francesco Maestrini est un événement par sa perfection visuelle, en s’accordant aux exceptionnels décors de Nicola Boni. Par leur placement, les choristes imitent astucieusement des oeuvres d’art connues, peinture et/ou sculpture, avant que le public admire ensuite sa reproduction superposée. Ainsi, voit-on Marat assassiné dans sa baignoire, tout autant que des révolutionnaires en révolte dans l’attitude identique à celle de tableaux célèbres.

Spectacle

Avec cette mise en scène et ces décors, ce bijou lyrique donne une sensation de pur émerveillement. De plus, le plateau vocal est de haute volée : s’y sont particulièrement distingués la puissance de la voix du baryton Carlos Almaguer dans le rôle de Gérard, le velours du timbre du ténor Luciano Ganci, magnifique Andrea Chénier, et la souplesse et la pureté du phrasé de la soprano Cellia Costea, merveilleuse Madeleine. Pour cette coproduction avec l’Opéra de Tours, l’Orchestre Philharmonique de Nice et le choeur de l’Opéra de Nice sont fort bien dirigés par la baguette de György G. Rath.

Spectacle

Pour cette oeuvre d’un lyrisme irrésistible, tous les interprètes ont été largement applaudis. A la fin durant les saluts, les bravos deviennent euphoriques : le public, enthousiaste, hurle et siffle de jubilation devant cette perfection visuelle et acoustique.

Caroline Boudet-Lefort