À Farini, William Xerra et ses amis.

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Situé à environ 400 mètres d’altitude, dans la Région Emilia Romagna, à une cinquantaine de kilomètres de Piacenza, Farini est un modeste village d’environ 1250 habitants. Jamais vu depuis qu’existe le village de Farini et donc inimaginable : le 14 septembre 2015, le torrent Nure déborde violemment et en haut de son rivage provoque la destruction d’une série d’habitations de construction ancienne, dont la caserne des carabiniers et la mairie ! L’article d’époque que j’ai trouvé sur le net indique qu’il y aurait eu un mort et deux disparus.

 

 

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Pour protéger ses habitants et ses abords d’une nouvelle crue a été construit un mur haut de 5 mètres et de 180 mètres de long. Le village s’est alors trouvé bordé d’une triste et monotone surface de béton qu’on devait apprivoiser. Il fallait que la présence de ce mur qui ferait mémoire n’ajoute pas avec son lourd silence son poids de tristesse. Il fallait qu’il dise, de mots et de matières, que la vie avait été et que la vie serait. Un bel ouvrage vient de paraître, « Visibile Traccia », qui rend compte de ce travail monumental d’humanisation.

William Xerra a donc pris en charge un vaste espace caillouteux sur lequel était plantée une surface verticale grise de presque 1000 m2, pesant silence de béton. Il a fait appel à la réflexion de quelques poètes, pour la plupart amis de longue date, avec lesquels divers travaux, livres d’artistes ou autres, avaient forgé des connivences. Le célèbre VIVE du maestro de Piacenza ouvre la partie textuelle crée pour l’ouvrage. Viennent ensuite les courts textes des intervenants, chacun s’exprimant dans sa langue d’écriture, italien, français, anglais : ils portent les signatures discrètes de Giulia Niccolai, Raphaël Monticelli, Paul Vangelisti, Milli Graffi, Nanni Cagnone, Marco Giovenale, Martha Ronk, Alain Freixe, Dennis Phillips.

 

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Récupérés par l’artiste dans le lit de la Nure, les débris d’objets surtout métalliques emportés par l’inondation et maltraités par les eaux furieuses, ont été solidement fixés sur la paroi : deux têtes de lit peintes de motifs floraux, des barrières en métal, une échelle, barres de fer tordues et rouillées, sommiers, monture d’une roue, portière défoncée d’une voiture emportée, chaîne, paravent en fer forgé, signal rouge et blanc de sens interdit devenu dérisoire par le contexte… Sorte de récit d’objets au passé humanisé, scandé comme par des cases le sont les bandes dessinées, par des bandeaux de couleurs. William Xerra et ses complices ont ainsi signé à Farini, traces rendues visibles, un grand livre-objet mémorial fait de textes ponctués de témoignages éloquents, panorama rendu émouvant par la claire simplicité de leurs illustrations matérielles.

 

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L’ouvrage, porte l’entier portrait de l’œuvre, fragments par fragments, et aussi en continu sur sa longueur par un dépliant sur 4 pages. L’œuvre et le livre s’ouvrent par une surface découpée en triangles de diverses couleurs, portant (en italien) l’inscription inaugurale empruntée au poète anglo-américain W. H. Auden : « Tutte il resto l’ silenzion dal’altra parte del muro ». (Tout le reste est silence de l’autre côté du mur).

Marcel Alocco


William Xerra « Visibile Traccia »

Photos gionataxerrastudio

Postmedia Books, Milan