TNN - PORTRAIT DE LUDMILLA EN NINA SIMONE De David Lescot

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Ils sont tous deux assis côte à côte. Ludmilla Dabo et David Lescot qui signe aussi le texte et la mise en scène. Lui pose des questions, elle y répond pour construire ce portrait musical chanté. Pas de décor, seulement dans un angle de l’espace scénique, sur un mannequin, une longue robe blanche et un turban assorti comme le fantôme de la chanteuse. Vêtements que Ludmilla Daho enfilera pour faire revenir parmi nous Nina Simone quand, au fil de l’évocation, elle sera devenue la grande artiste dont la voix nous a envoûtés.

Dans le noir, les mains claquent et les talons frappent le sol en martelant le rythme, avant que des scènes dialoguées et des scènes chantées s’entremêlent pour raconter la naissance de Nina Simone dans une famille modeste de Caroline du Sud où elle chante à l’église. C’est ainsi que sa mère découvre ses dons innés pour la musique.

 

Spectacle


Dans ce spectacle sans esbroufe, tout se concentre sur la narration de la vie de Nina Simone, racontée sans vidéo ni archive, mais avec ses chansons pour que la grande chanteuse et pianiste noire soit devant nous, interprétée par Ludmilla Dabo. Celle-ci chante en regardant chaque spectateur dans les yeux comme s’il pouvait être un des racistes dont elle parle. Car, il est question de la ségrégation des noirs dans les paroles parlées et/ou chantées par sa voix ample.

Avec son visage très expressif, Ludmilla Dabo fait l’apologie d’une société mixte, sans suprématie blanche ou noire. Son arme c’est la chanson avec des paroles engagées. Appel à la lutte des noirs contre les blancs. Debout, bras largement élargis, marquant le rythme de ses pieds, elle se donne complètement dans son personnage, en racontant l’amour de l’immense chanteuse pour Bach, pour toute la musique classique, et son désir de devenir concertiste, mais sa couleur de peau noire l’en a exclu. Elle a choisi alors le Jazz. La vie de Nina Simone défile, car ses chansons ont raconté son histoire.

Mais, comme l’indique le titre, c’est le portrait de Ludmilla Daho qu’a brossé David Lescot dans ce spectacle où elle se raconte elle-même dans ses évocations de la vie de la grande chanteuse américaine. Elle qui est née et a grandi à Paris et a suivi des cours de chant et de théâtre dans le quartier de Belleville, avant d’arriver au Conservatoire de Paris où les autres élèves riront lorsqu’elle voudra interpréter Agnès de « L’école des femmes » de Molière. David Lescot raconte cette scène dans la pièce pour désigner que l’intégration réelle des noirs évolue lentement. Les deux femmes – Nina Simone et Ludmilla Daho – même combat.

Modèle et sujet se confondent, militante l’une et l’autre pour une meilleure assimilation des noirs dans la société. Entendre par la voix de Nina Simone où perce tout ce qui l’a blessé lie intimement l’une à l’autre. Ce spectacle est le tissage de leurs deux vies qui résonnent en similitudes, même si bien sûr, petit à petit, le regard sur la négritude change et que le désir de Ludmilla est davantage pris en compte aujourd’hui que ne le fut celui de Nina Simone qui n’a jamais pu devenir pianiste classique comme elle le voulait. Pour nous qui l’avons tellement adorée comme chanteuse, c’est sans doute tant mieux.

Magnifique interprète, chanteuse et comédienne selon son désir, Ludmilla Daho est Nina Simone. Totalement !

Caroline Boudet-Lefort