Henri UGHETTO (1941- 1963 - 2011) à PARIS

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Cette exposition Henri Ughetto de 2019 à l'ENSEIGNE DES OUDIN, Fonds de dotation, est l'occasion unique jusqu'à ce jour de confronter le début de son œuvre avec son achèvement, à la lumière de ce qui est mieux connu, ses mannequins funéraires imputrescibles.

 

 

Exposition

En effet, né en 1941, Ughetto très jeune qui s'ennuie sans doute profondément à l'école se retrouve à 14 ans en atelier, alors qu'entre 18 et 22 ans il démontre une activité artistique déjà proliférante et protéiforme, déployant des talents de peintre-graveur et de poète, mais aussi un goût élaboré pour la scénographie et le théâtre, ce que montrent deux carnets de "notes" assez austères en noir et blanc. Elles sont élégamment mises sous pochette, d'une façon simple et efficace.

Ses gravures d'esprit surréaliste sont enchâssées dans des jaquettes ouvertes de fenêtres soit organiques (faisant apparaître déjà des gouttes) ou orthogonales d'esprit suprématiste, qui caractérise aussi les verticaux personnages emblématiques du premier carnet, marionnettes ou costumes de scène accrochés en vis à vis.

Le second carnet, de 24 feuillets, manifestement du temps de son service militaire montre son écriture, fine et précise et tout un ensemble de figures et de croquis "charbonneux" qui s'avèrent des esquisses d'œuvres qu'il produira par la suite…. Des croquis "au téléphone" complètent cette première partie, préfigurant la pluie de gouttes que l'on connaît.

 

Exposition


Car on sait plus ou moins qu'au jour de ses 22 ans en 1963, il a une attaque et est déclaré "mort clinique" pendant un mois, coma dont il se réveille en disant "maisouetdoncornicar".

La rééducation est longue, sa marche ni son écriture ne seront plus jamais les mêmes, son écriture devenue presque de la sculpture ! Son esprit reste marqué par cette première mort et sa seconde naissance.

L'accrochage se poursuit par une sorte de testament, un livre d'artiste de 2008, ouvert sur "sa main constellée de 1234 gouttes de sang parmi les 30 millions 340 mille gouttes peintes depuis 1970 - pas compté de 1965 à 1970 - en novembre 2008". Superbe composition orchestrée par Richard Meier, éditions Voix et la galerie Enseigne des Oudin.

Ces mains vont se retrouver, comme un au-revoir, en fond de galerie, au terme de ses deux séries ultimes de 2009 et 2010.

 

Exposition


Ces petits formats sur "papier", titre et thème de l'exposition, se font face. A ce moment Henri Ughetto ne va plus passer ses journées à l'atelier, il reste et travaille chez lui, donc chez son chat Charlemagne (en écho à Charlemagne Palestine, l'ami plasticien et musicien, dont on voit un amoncellement de "peluches" au "musée Ughetto à Lyon") et Charlemagne circule partout, sur le bureau, la palette, les papiers et il devient acteur de cette série de 24 dessins multicolores, auxquels son épouse Dominique Ughetto va également contribuer, comme un jeu à 3. Ces dessins ressemblent à des bouquets de cerises de couleurs diverses, si proches visuellement de ses mannequins ! Cette série se termine également par une main, plus ou moins 40000 ans après les premières manifestations picturales humaines. L'autre série lui est personnelle et là les gouttes rouges se dissolvent dans des nuages roses, rehaussés pour certains, par des incises noires très aigües. Images de douceur et de calme ou de colère et de révolte, de lâcher-prise aussi… Henri nous quitte début 2011 sur ces « au revoir » lancés depuis 2008.

L'exposition est complétée par la reconstitution d'une exposition présentée en 2002 au 58 rue Quincampoix 75004. Alors l'on se rend compte, que l'artiste, en mettant l'accent sur ses collaborations avec 4 photographes, a alors exprimé sa vocation de scénographe et d'acteur qui perdure tout au long de l'œuvre, bien visible au diaporama de Félix photographbaroc réunissant des centaines d'installations, mises en scène, tableaux vivants où avec quelques complices, Henri Ughetto donne à voir l'ensemble des ses compositions dont il a démoli et recyclé beaucoup… Un témoignage essentiel qui retient les visiteurs pour des heures entières.

Un visiteur discret mais ébahi,

propos recueillis par Alain Oudin.


Henri Ughetto

Enseigne des Oudin, Fonds de dotation

Du 14 septembre au 3 novembre 2019

4 rue Martel (Cours 3, sous-sol) 75010 PARIS

Tél : 33 (0)1 42 71 83 65