Pincemin au Musée Mallarmé (Seine-et-Marne)

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[ J’ai connu Jean-Pierre Pincemin en 1968 et avec lui et Viallat préparé (et bricolé) l’historique exposition pré-Supports-Surfaces du printemps 1969 à l’École Spéciale d’Architecture, exposition dont il était à l’origine. Jusqu’aux années 80 nous nous sommes ensuite souvent amicalement rencontrés à Paris et à Nice, et à l’occasion d’expositions collectives comme notamment « Cent artistes dans la Ville » en 1970 à Montpellier ou la Biennale de Paris en 1971. Jean-Pierre était un personnage atypique, peintre atypique au parcours atypique dont Maryline Desbiolles a fait un portrait saisissant de réalisme dans un livre aussi étrange que le titre, « Les draps du peintre » (Mercure de France 2008). Marcel Alocco ]

 

Exposition

Depuis le décès de Jean-Pierre Pincemin, en 2005, plusieurs grandes expositions ont eu lieu : à Angers, Céret, Roubaix, et plus intimement à Sens, avec un accrochage uniquement consacré à l’œuvre gravée, importante chez l’artiste. Aujourd’hui, autrement et chez Mallarmé, il s’agit de présenter en nuance et là aussi en toute intimité, différentes recherches ou intentions chères à Pincemin.

Cette exposition réunit une cinquantaine de peintures, gravures et sculptures, réalisées entre 1969 et 2005. Réparties dans les trois salles dédiées aux expositions temporaires du musée Mallarmé, les créations de Pincemin s’épanouissent sous différentes formes et techniques : peintures acryliques marouflées, gravures réhaussées, sculptures en bois peint... Au fil de ce court voyage, l’immersion dans l’œuvre de Jean-Pierre Pincemin se déploie comme une perception joyeuse et puissante à la fois.

Exposition

Après être passé par une école de frères jésuites, Jean-Pierre Pincemin devient tourneur à 17 ans. Il passe beaucoup de son temps libre à visiter le Louvre. Dès le milieu des années 60, il s’intéresse au cinéma d’auteur et se passionne pour le jazz. Autodidacte, il fréquente certaines galeries d’art parisiennes et rencontre Jean Fournier, qui encourage ce jeune artiste très prometteur. « Peindre en 1966, c’est connaître dans le désordre l’avant-garde russe, Mondrian, l’école expressionniste amé- ricaine, l’école pop américaine, les classiques modernes et surtout ignorer l’école française de Paris », explique Pincemin. C’est ainsi qu’il participe, à distance, à l’émancipation du mouvement Support/Surface, dont il s’affranchit rapidement. Le propos de ce groupe est de déconstruire la matérialité du tableau, l’objet même de leur recherche, ce qui donne lieu à une abstraction affirmée.

« Pincemin, pour son compte, multiplie à l’infini les connexions stylistiques et formelles, et dissolvant synthétiquement le fruit de ses regards, il fonde son style propre sur le socle d’un savoir réel et fantasmé... », a écrit l’écrivain et critique d’art Bernard Lamarche-Vadel.

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Quelques années plus tard, Pincemin échafaude des sculptures à partir de maté- riaux divers, souvent récupérés. Celles-ci peuvent être le fruit d’une construction complexe, voir architecturale. Parallèlement, il pratique la gravure sans relâche, là aussi à travers divers procédés. Ses œuvres deviennent de plus en plus figura- tives, des formes et personnages apparaissent.

C’est à la fin des années 80 que son œuvre picturale change radicalement. On y retrouve désormais des influences croisées entre l’abstraction américaine et la peinture classique, en résonance avec des maîtres incontournables. La couleur déjà majestueuse dès les débuts s’émancipe savamment. Pincemin s’inscrit dans la tradition de la grande peinture, et il ne cesse de questionner et d’explorer des références qui lui sont chères. Son œuvre tellement élégante et toujours empreinte de liberté n’a jamais cessé d’évoluer.

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« Jean-Pierre Pincemin ne se contente pas de rassembler et de mélanger les images de l’histoire de l’art ; il en efface les faits inéluctablement subjectifs, voire fantasmatiques, pour lui accorder la qualité d’une matière objective », écrit le peintre Christian Bonnefoi.

Emmanuel Berry

Commissaire de l’exposition



MALLARME INVITE.. PINCEMIN, Les variations de Jean-Pierre

Musée Stéphane Mallarmé

Vulaines-sur-Seine

Du 22 juin au 13 octobre 2019