Ballet Nice Méditerranée CASSANDRA

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Inspiré d’un roman éponyme de l’Allemande Christa Wolf publié en 1983, ciblant le totalitarisme de la Stasi, le chorégraphe Luciano Cannito réinterprète, dans Cassandra, le mythe d’Homère pour montrer les mécanismes entraînant la disparition d’une civilisation par la propagande et la guerre. Comme la Cassandre de l’Iliade, elle prévoit l’avenir sans que personne ne croie à ses prédictions.

Luciano Cannito a imaginé une oeuvre prémonitoire sur un petit village de Sicile bousculé, dans les années 50, par l’arrivée du progrès et dont les coutumes ancestrales, seront décimées par la télévision. Une authentique culture méditerranéenne est bien morte.

Spectacle

Grâce à des visions, seule Cassandra prévoit ce drame et tente d’alerter alentour, mais personne ne veut l’entendre, pas même le Maire, davantage préoccupé de l’aura de sa fonction et par le progrès. Même soutenue par les autres femmes plus sensibles au danger, Cassandra, ne réussira pas à freiner cette escalade et à réparer les erreurs des hommes. Avec sa beauté triste, et tout de noir vêtue, elle ressemble à un oiseau de mauvaise augure et lorsqu’elle allonge ses bras, elle semble déployer des ailes. Ses visions, qui hantent ses rêves dans son sommeil et qui s’avèrent prémonitoires, sont dansées au cours du ballet. Quoiqu’elle tente d’avertir les siens, nul ne tiendra compte de ses messages qui se manifestent dans son corps et ses gestes.

Sur une musique originale de Marco Schiavoni (incluant des extraits d’oeuvres de Saint-Saëns et de Prokofiev et également d’Elvis Presley pour une séquence très dynamique), Luciano Cannito a créé un splendide ballet narratif, programmé cette année par Eric Vu-an, directeur artistique du Ballet Nice Méditerranée depuis 2009. Celui-ci interprète lui-même un personnage essentiel qui représente Enée : il reviendra au village comme Enée après son long voyage.

Les interprètes sont alors lancés dans une affolante course amoureuse. Sans mentir sur ce que sera leur destinée, Marco Schiavoni leur accorde un peu de répit dans cette talentueuse chorégraphie avant de les montrer tous alignés devant l’écran d’un poste de télévision. Le retour d’Enée, devenu cinéaste, semble les sauver de leur perte en conservant une image du passé (le cinéma l’emporte sur la télévision).

Dans cet enjeu narratif, ce duel entre tradition et modernité est superbement chorégraphié : des danses classiques, contemporaines et folkloriques s’entremêlent et les interprètes ajoutent ce qu’il faut d’énergie et de mélancolie. La réhabilitation des traditions pourra durer éternellement en ranimant les souvenirs. Le public est captivé par la construction  narrative qui se trame sous ses yeux.

En mettant à distance les mots, c’est par les gestes et les mouvements du corps que se traduisent les sentiments et les inéluctables émotions admirablement exprimés par les danseurs avec un sens du geste juste. Ils s’élancent avec ampleur dans cet hommage à « la tradition ». Sur ces traces romantiques d’un temps révolu, ils procurent de précieuses émotions à un public comblé par la beauté de ce ballet.

Caroline Boudet-Lefort

Théâtre de Verdure les 13,14 et 15 septembre