Nice Jazz Festival, Théatre de verdure

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Le Nice Jazz Festival s'est déroulé, comme d'habitude, pendant cinq jours, au théâtre de verdure et à la scène Masséna du Jardin Albert 1er. Notre article s'intéressera aux 16 concerts du théâtre de verdure dont l'éventail était suffisamment diversifié pour satisfaire à la fois les spécialistes et les simples curieux. Les temps forts de la manifestation ont été la venue de trois trios (piano, basse, batterie) parmi les plus réputés, la présence d’une nouvelle scène jazz londonienne, des voix féminines inconnues jusqu'à ce jour, une forte empreinte latino venue de Cuba ou de Paris et toujours la nostalgie des groupes du passé.

 

 

Mardi 16 : Nubbya Garcia - Fred Hersch Trio – A Christian McBride Situation

La saxophoniste Nubbya Garcia est présentée comme l'une des chefs de file de la nouvelle scène jazz britannique, malgré un CV plutôt mince, deux vinyles épuisés et quelques appréciations élogieuses sur les réseaux sociaux. Son quartet a eu le périlleux privilège d’ouvrir la série des concerts du théâtre de verdure. Sur le tapis sonore mis en place par sa section rythmique variant du métal urbain au reggae en passant par le funk et le latino, elle déroule quelques solos atonaux dans un style incantatoire post coltranien en vogue dans les années soixante dix. Le public l’écoute poliment mais résiste aux invitations de la musicienne à venir danser sur l'avant scène.

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A l'inverse de la précédente, le pianiste Fred Hersch ne manque pas de références. Il fût accompagnateur de Stan Getz, Joe Henderson et de Art Farmer dans les années soixante dix puis professeur dans les années quatre vingt. Depuis une dizaine d'année, il est devenu, dans la lignée de Bill Evans, un des maître du trio piano-basse-batterie.

Il interpréta avec finesse et sensibilité un répertoire où furent à l'honneur, la musique cubaine, le calypso (en hommage à Sonny Rollins) et quelques standards comme Round midnight et Lonely Woman dont il donna une version d’anthologie.

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Pour la quatrième fois en huit ans, Christian McBride est l'invité du Nice Jazz Festival. Cette année, il est accompagné de deux DJ. Au tout début du concert apparaissent les deux titulaires des platines qui lancent quelques scratches de bienvenue de nature à intriguer les puristes. Les inquiétudes s'apaisent avec la venue sur scène des différents membres du groupe. La formation de Christian McBride est une machine à créer du groove. En l’absence de batteur et grâce au jeu dynamique du leader, les DJ mettent en place une pulsation riche et souple. Le concert débute par un version très enlevée de Night In Tunisia. Les deux compositions suivantes sont d’un style mainstream cher au bassiste : The Appointement du saxophoniste Ran Bake puis Spirit of Joy de la pianiste Patrice Rushen. Enfin ils interpètent deux standards ellingtoniens : In a sentimental Mood permettant à la chanteuse Alyson Williams de briller, suivi d'un It Don't Means A Thing endiablé. Le dernier morceau People Get Up and drive your Funky Soul fait partie du répertoire de James Brown. Christian Mc Bride nous rappelle ainsi que la musique des afro-américains ne connaît ni les barrières de genre ni celles de génération.


Mercredi 17 : Judi Jackson - Christian Sands trio - Makaya McCraven ft Marquis Hill & Brandee Younger

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Judi Jackson est une nouvelle venue sur la scène musicale. Elle a 27 ans. Bien que native de Roanoke (Virginie), elle vit et enregistre à Londres, d'où le titre de son premier disque distribué (Live In London). Depuis quelques mois, elle se produit en France et sa participation au Nice Jazz Festival fait partie de sa première grande tournée.

Son jeu de scène est très dynamique. Toujours en mouvement, elle vit ses chansons de façon très théâtrale à la manière des grands interprètes de chansons réalistes des années soixante... Sa voix est puissante et parfois rauque. Son répertoire puise dans celui de Nina Simone (Sinnerman), Sade (The Sweetest taboo) mais aussi dans le country de Steel Wood (Better In The Fall), les standards intemporels (House of The Rising Sun). Ses propres compositions sont principalement inspirées par Nina Simone. Même si tout n'est pas parfait dans son show, on ne peut qu'être sensible à son énergie, sa générosité artistique et sa personnalité attachante.

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Christian Sands n'est pas inconnu à Nice. Nous l'avons découvert en 2014. Il était alors le pianiste du trio de Christian McBride. Depuis, il a fait son chemin et a créé son propre groupe. Son style est marqué par son goût de la mélodie et son intérêt pour les rythmes latins.

Dans des morceaux méditatifs comme Reaching For The Sun et Song For The Rainbow People, issus de son dernier disque, Reach, il montre à la fois ses talents de compositeur et les qualités de son jeu, nuancé et expressif. Dans son versant festif, avec Sambade Vela, il témoigne de son attirance pour la musique de Sao Paulo. Enfin s'agissant du répertoire traditionnel, il donne une version pleine de feeling dans The Man I Love.

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Makaya McCraven est un batteur très en vue. Né à Paris, il a élu domicile à Chicago, se produit et enregistre dans sa ville mais également à New-York, Los Angeles et Londres. Partout où il passe, il côtoie le gratin des musiciens locaux grâce auxquels, il a réalisé son deuxième CD, Universal Being. Ce CD est constitué des enregistrements de concerts tenus dans ces quatre villes et bidouillés en studio par McCraven.

Ne sachant où se situe exactement l’œuvre du musicien entre ce que nous entendons et le matériau brut d'une future production discographique, nous restons assez perplexe vis à vis de cette démarche. A Nice, nous avons écouté, ce soir là, la prestation de sept musiciens de grand talent principalement la harpiste, le sax ténor et la trompette qui proposent une musique agréable à écouter et facile à oublier.


Jeudi 18 : Korokoko, Sarah McKenzie, Orquesta Akokán.

L'octet Korokoko venu de Londres a pour particularité de mettre en valeur trois soufflantes féminines. Sa musique, assez tonique, est très influencée par l'afrobeat. Elle a ainsi réussi à faire danser le public.

La pianiste australienne Sarah McKenzie se situe dans la lignée des grandes vocalistes de jazz blanche, Blossom Deary et Helen Merrill. La chanteuse a choisi l'ultra classicisme, celui d'un répertoire puisé dans les chansons d'Irvin Berlin, Cole Porter, Johnny Mercer et George Gershwin. Ceci nous vaut un show impeccable. Accompagnée par son quartet habituel où brille le guitariste Hugo Lippi, renforcé par deux saxos et une trompette de grande classe, elle enchaîne les standards : Tea for Two, You and the Music, Till the End of Time ainsi que ses compositions, De Nada, Secrets of My Heart, etc. Charmé par toutes ses mélodies et par la grâce et l'élégance de son interprète, on imagine être dans un bar chic à New-York ou à Los Angeles en train de siroter un cocktail aussi sophistiqué que cette musique.

Pour clore le concert, l'orchestre offrit au public un pot pourri de thèmes de Gershwin qui nous fît regretter que des musiciens aussi créatifs que le sax alto Plume, le sax ténor Gabor Bolla et le trompette Julien ne puissent exprimer leur talent de manière plus originale que par l’interprétation de Summertime.

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Il serait dommage que l'Orquesta Akokán terminant la soirée soit pris pour un simple orchestre latino. D'abord parce que son leader, le chanteur José “Pepito” Gómez, épaulé par le pianiste américain Mike Eckroth, a réuni la fine fleur des musiciens cubains. Ensuite, parce qu'il s'agit d'un travail de mémoire, la célébration du mambo tel qu'il était joué dans les dancings de la Havane par Benny Moré en 1950. Les treize musiciens cubains d'Akokán réussirent à échauffer et à faire danser le public du théâtre de verdure au son des mambos, rumbas et boléros comme si l'on se trouvait au Tropicana de la Havane.


Vendredi 19 : Fred Nardin trio, Ralph Peterson and the Messenger Legacy, Jean Luc Ponty Atlantic Years Quintet.

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Après deux albums, Fred Nardin, âgé de 32 ans, est en train de devenir une des valeurs sûres du trio piano-basse-batterie. Il a su créer, avec ses deux camarades, le légendaire batteur Leon Parker et le bassiste new-yorkais Or Bareket une complicité créatrice et une solidité faisant de chacun de leurs concerts un moment de joie partagée de découverte ou de redécouverte d’un répertoire ancré dans la tradition et en quête de nouveaux horizons.

Leur concert débute par une pièce de Monk Green Chimneys dont ils arrivent à restituer toute la finesse rythmique et en gardant le caractère sautillant et enfantin de cette comptine. La plupart des morceaux qui suivent sont des compositions du pianiste issues de leur premier album Opening. Allant de l’élégance de Parisian Melodies à la virtuosité de The Giant écrit en hommage à Mulgrew Miller, Dans leur dernier morceau, l'introspectif Lost in your eyes, Fred Nardin démontre ses qualités de mélodiste.

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En constant renouvellement, le jazz est une musique vivante et paradoxalement riche en célébration du passé. Rentre hommage à un grand musicien ou un orchestre disparus constitue une grande part de la production de disque ou de concert. Ainsi Ralph Peterson, leader de The Jazz Messengers Legacy, se positionne comme héritier d'Art Blackey dont il était le 2eme batteur dans un big band en 1983 quand il avait 21 ans. Pour interpréter les œuvres du maître, il a réuni cinq autres musiciens ayant été membres de l’original Jazz Messengers dont ils interprètent quelques thème de son riche répertoire. Nous avons donc apprécié leurs versions de My One and Only Love, Children of the Night, A la Mode et Caravan.

Rappelons qu’en 2017, accompagné de jeunes musiciens français, le batteur Tony Allen nous avait gratifié d’un Tribute To Art Blakey and The Jazz Messengers.

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En matière de nostalgie, on n’est jamais mieux servi que par soi même. C’est ce qu'a compris Jean-Luc Ponty qui annonce la couleur dans la dénomination de son groupe : Atlantic Years Quintet.

Il interprète son répertoire de la décennie 1975-1985 pendant laquelle il a enregistré une douzaine de disques chez Atlantic quand il était un des leaders du style fusion. Les nostalgiques de cette époque ont donc retrouvé sa légendaire virtuosité et ce son caractéristique des années soixante dix.


Samedi 20 : Frédéric Viale Trio, Adrien Brandeis Quintet, Samy Thiebault « Caribbeans Stories », « Ultimo beso » Omara Portuondo et Roberto Fonseca

Frédéric Vialle, comme tous les accordéonistes, assume le coté populaire de son instrument. Il aime surprendre en réinterprétant des standards de la chanson française sur un mode jazz. C'est ainsi qu'il défend une musique s’adressant au cœur et au corps du public.

Il a offert aux spectateurs du théâtre de verdure un voyage musical en Argentine et au Brésil servant de prélude aux autres découvertes de la soirée qui fût, sans doute, une des plus chaleureuses de ce festival.

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Andrien Brandeis est bien connu dans notre région où il s’est produit et continue à se produire. Il a été notamment programmé à la galerie Depardieu en juillet 2017 pour un mémorable hommage à Monk. En 2018, il a obtenu le Rising Stars Jazz Award qui lui a permis, cette année, d’être programmé dans une demie-douzaine de grands festivals européens.

Devant son public niçois, le quintet a interprété quelques uns des thèmes leur disque ,Euphoria. Ces compositions sont influencées par les musiques antillaises, sud américaine et africaine. Vers la fin de leur concert, ils ont été rejoints par le percussionniste Jean Luc Dana pour un morceau riche d’un groove à connotation latino.

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Dans un registre voisin de Brandeis, le saxophoniste parisien Samy Thiebaud livre de larges extraits de son dernier disque, Caribbean Stories, à la fois réflexion sur la tragédie de l'esclavage aux Caraïbes et célébration d'une manière de survivre grâce à la musique et la danse. Il débute par le tragique et incantatoire Santeria suivi de Presagio, et Pajarillo Verde appelant à danser. Puerto Rican Folk Song nous transporte dans le cœur palpitant de cette île pour finir par Calypsotopia, sorte de pot pourri des différentes musiques à danser.

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La soirée et le festival s’achèvent avec une leçon de joie de vivre donnée par une dame de 88 ans, Omara Portuondo, accompagnée de son chevalier servant Roberto Fonseca. Arrivée au bras de ce dernier avec le naturel d’une princesse en visite, elle s’assoie et commence à chanter une demie douzaine de ses succès parmi lesquels Adios Felicitad, Veinte Anos, Los Gardenia pour finir par un Soy Cuba qu’elle fait scander par la foule. Guidée par R. Fonseca, elle rejoint les coulisses. On pense alors que, vu son grand âge, le concert est terminé. Fonseca et ses musiciens interprètent un pot pourri de succès cubains dont Quizas, Quizas, Quizas. Enfin ce dernier retourne la chercher et la conduit à nouveau à sa chaise. Entre-temps, le public s’est levé et a commencé à danser encouragé par la chanteuse qui interprétera en même temps que les spectateurs les célèbres Gantanamera et Besame Mutcho. Après deux heures de show, elle quitte la scène alors que règne dans le théâtre de verdure une ambiance euphorique rarement atteint en ce lieu. Cet adieu est-il le dernier baiser de la diva ?


Bernard Boyer


Liste des orchestres et leurs musiciens ayant participé au Nice Jazz Festival 2019 du théâtre de verdure

Mardi 16 juillet :

1) Nubbya Garcia :

Femi Koleoso – drums, Daniel Casimir – bass, Joe Armon-Jones – keys, Sheila Maurice-Grey – Trumpet, Nubya Garcia - Tenor Saxophone.

2) Fred Hersch Trio :

Fred Hersch – Piano / John Hébert – Contrebasse / Erin McPherson – Batterie.

3) A Christian McBride Situation :

Christian McBride – Contrebasse / Patrice Rushen – Piano / Alyson Williams – Voix / Ron Blake – Saxophone / DJ Logic – Platines / Jahi Sundance Lake – Platines.

Mercredi 17 juillet :

1) Judi Jackson :

Judi Jackson – Chant / Will Cleasby – Batterie / Joe Downard – Guitare basse / Jamie Safir – Piano.

2) Christian Sands trio

Christian Sands – Piano / Yasushi Nakamura – Contrebasse / Clarence Penn – Batterie.

3) Makaya McCraven ft Marquis Hill & Brandee Younger

Makaya McCraven – Batterie / Greg Spero – Piano / Irvin Pierce – Saxophone / Matt Gold – Guitare / Junius Paul – Contrebasse / Brandee Younger – Harpe / Marquis Hill – Trompette.

Jeudi 18 juillet :

1) Korokoko

Sheila Maurice Grey – Trompette /.Cassie Kinoshi – Saxophone / Richie Seivwright – Trombone / Mutale Chashi – Contrebasse / Oscar Jerome – Guitare / Yohan Kebede – Synthétiseurs / Onome Ighamre – Percussions / Ayo Salawu – Batterie.

2) Sarah McKenzie

Sarah McKenzie – Pianos Voix / Hugo Lippi – Guitare / Pierre Boussaguet – Contrebasse / Sebastiaan de Krom – Batterie / Plume – Saxophone alto / Gabor Bolla – Saxophone tenor / Julien Alour – Trompette.

3) Orquesta Akokán

José “Pepito” Gómez - Chant / Jacob Plasse - Tres & guitare/ Mike Eckroth - Piano / César López - Saxophone Alto & Flûte / Evaristo Denis - Saxophone Bariton / Jamil Schery - Saxophone Tenor / David Faya - Basse / Reinaldo Melián - Trompette / Harold Madrigal - Trompette / Yoandy Argudin - Trombone / Heikel Fabián - Trombone / Roberto Jr Vizcaino Torre - Conga & Bongo ; Reinier Mendoza -Timbales & Bongo

Vendredi 19 juillet :

1) Fred Nardin trio

Fred Nardin – Piano / Or Bareket – Contrebasse / Leon Parker – Batterie

2) Ralph Peterson and the Messenger Legacy

Ralph Peterson - Batterie / Bobby Watson – Saxophone Alto / Brian Lynch – Trompette / Bill Pierce – Saxophone Tenor / Geoffrey Keezer – Piano / Essiet Essiet – Contrebasse

3) Jean Luc Ponty Atlantic Years Quintet

Jean-Luc Ponty – Violon / William Lecomte - Piano, claviers / Jean Marie Ecay – Guitare / Guy Nsangué Akwa – Basse / Damien Schmitt – Batterie

Samedi 20 juillet :

1) Frédéric Viale Trio

Frédéric Viale – Accordéon / Natallino Neto – Guitare basse / Zaza Desiderio – Batterie

2) Adrien Brandeis Quintet

Adrien Brandeis – Piano / Joachim Poutaroud – Saxophone / Philippe Ciminato – Percussions / Felix Joveniaux – Batterie / Romann Dauneau – Contrebasse.

3) Samy Thiebault « Caribbeans Stories »

Samy Thiebault – Saxophone et flûte / Ralph Lavital – Guitare / Felipe CABRERA – Contrebasse / Arnaud DOLMEN – Batterie / Inor SOTOLONGO – Percussions / Daniel Zimmerman – Trombone.

4) « Ultimo beso » Omara Portuondo et Roberto Fonseca

Omara Portuondo – Voix / Roberto Fonseca – Piano / Yandy Martinez – Contrebasse / Ruly Herrera Batterie / Coayo - Percussions