DIS MOI, BLAISE !

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Léger, Chagall, Picasso et Blaise Cendrars

Exposition organisée par la Réunion des musées nationaux et les musées nationaux du XXe siècle des Alpes Maritimes et présentée du 27 juin au 12 octobre 2009 au musée national Pablo Picasso, La Guerre et la Paix et au musée Magnelli, musée de la Céramique, à Vallauris et du 28 juin au 12 octobre 2009 au musée national Marc Chagall à Nice et au musée national Fernand Léger à Biot.

 

Les trois musées nationaux du XXe siècle des Alpes Maritimes proposent cet été une importante exposition autour des relations qui ont lié Blaise Cendrars à Fernand Léger, Marc Chagall et Pablo Picasso.

blaiseBlaise Cendrars est le pseudonyme de Frédéric Sauser, né en Suisse en 1887. Avide de découverte et d’aventure, il a tout juste seize ans lorsqu’il commence à parcourir le monde, prenant le train pour la Russie comme tout autre adolescent l’aurait fait pour la ville voisine. A Saint-Pétersbourg, dans la fièvre montante qui fera bientôt éclore la révolution, il se prend d’amitié pour un employé de la Bibliothèque Impériale qui le pousse à l’écriture. Il entreprend son premier roman, « la légende de Novgorod » et commence, dès lors, à fixer dans des notes ses moments de réflexion et ses impressions multiples. Aventurier dans l’âme, il part à la découverte de la Russie mise à feu et à sang et de l’Extrême-Orient, voyageant à bord du mythique Transsibérien. En compagnie d’une très jeune prostituée, Jeanne, petite parisienne égarée en Russie, dont il s’est épris et qu’il entraîne dans ses pérégrinations, il réalise un périple hors du commun qui inspirera la Prose du Transsibérien et la Petite Jehanne de France. Ce long poème, auquel le titre de l’exposition Dis-moi, Blaise, fait référence, constitue sans doute une œuvre majeure de la poésie moderne:

« Blaise, dis, sommes-nous bien loin de Montmartre ? »
Nous sommes loin, Jeanne, tu roules depuis sept jours […]
Le train palpite au cœur des horizons plombés
Et ton chagrin ricane…[…]
Les inquiétudes
Oublie les inquiétudes […]
Le monde s’étire, s’allonge et se retire comme un accordéon
Qu’une main sadique tourmente dans les déchirures du ciel
Et les locomotives en folie s’enfuient […]
Chocs
Rebondissements,
Nous sommes un orage sous le crâne d’un sourd

De retour en Suisse en 1907, Blaise Cendrars entreprend des études de médecine qu’il n’achèvera pas. Il découvre la philosophie de Schopenhauer qui transcende sa relation au monde. S’appropriant la maxime de ce dernier « le monde est ma représentation », il dévore la vie avec une appétence frénétique et reprend voyages et écriture, qu’il relie déjà dans une interdépendance étroite, faisant d’eux définitivement la pierre angulaire de son existence.

« Je ne trempe pas ma plume dans un encrier mais dans la vie », écrira-t-il quelques années plus tard.

En 1912, il part pour New-York avec celle qui deviendra sa femme. C’est dans cette première expérience américaine que s’initiera son goût pour la modernité des mégapoles et leurs mécanismes. Fascination pour les technologies naissantes qu’il partagera bientôt avec Fernand Léger. Regagnant le vieux continent, il s’installe à Paris en 1912 et y rencontre les acteurs de l’avant-garde, tant artistique que littéraire. Il se lie d’amitié avec Apollinaire et, du Bateau-Lavoir à la Ruche de Montparnasse, fréquente Archipenko, Survage, Modigliani, Picasso, Sonia et Robert Delaunay, Chagall.
Sa proximité avec Marc Chagall est renforcée par sa connaissance de la langue russe mais plus encore par l’usage des mêmes processus d’élaboration : l’un compose sa peinture comme l’autre construit sa poésie. Blaise Cendras ira jusqu’à titrer certaines œuvres de Chagall, telles Paris par la fenêtre ou Le saint-voiturier. L’amitié qui l’unira durablement à Fernand Léger, naîtra dès leur première rencontre à Montmartre et perdurera jusqu’à la disparition du peintre. Animés par la même foi profonde en la mécanisation et les avancées du progrès, ils réaliseront de nombreuses parutions en commun, comme j’ai tué et La fin du monde filmée par l’ange Notre-Dame.

En 1914, Blaise Cendrars s’engage dans la Légion Etrangère. blessé par un obus, il perd son bras droit et « sa main de poète ». Cette amputation, au retentissement psychique considérable, va marquer très profondément son œuvre et décupler son besoin d’écrire. Il s’astreindra, pour y répondre, à un long apprentissage de l’usage de la main gauche. Ce qui mènera Picasso à affirmer que : « Cendrars est revenu de la guerre avec un bras en plus ». Les deux hommes, présentés l’un à l’autre par Guillaume Apollinaire, se découvrent pareillement saisis d’un vif intérêt pour l’Art Nègre et par delà, pour la culture et la pensée africaine. Plus tard, un même dégoût et une semblable révolte les envahiront face aux aberrations de la guerre. Le génie créatif de l’insatiable espagnol, sa fougue artistique bouillonnante, maîtrisée par une technique exceptionnelle, le contraste saisissant, dans les œuvres du peintre, entre l’élégance du trait et la violence des thèmes, fascinent l’écrivain baroudeur. Subjugué par les procédés picturaux du maître ibérique et sa puissance créatrice, Blaise Cendrars écrit, en 1919, dans Peintre aujourd’hui, ces mots déterminants :

« Le peintre coupe, scie, poignarde, écartèle, déchire, étrangle. La matière est tout à coup là. A l’œil, grossie d’un cran. Ceci nous donne la clef du cubisme de Picasso, qui n’est pas d’ordre purement esthétique, comme ses imitateurs l’ont cru, mais est plutôt un exorcisme d’ordre religieux qui dégage la réalité latente, spirituelle du monde. »

Devenu critique d’art et collaborateur de la revue Littérature, il s’intéresse aussi au cinéma et au ballet et travaille avec Darius Milhaud sur le livret de La Création du Monde. Accablé par la Seconde Guerre Mondiale, durant laquelle il sera correspondant de guerre, il se retire un temps à Aix en Provence où il rédige ses mémoires et rencontre Robert Doisneau dont il écrit le texte du premier album. En 1950, il revient définitivement à Paris où il se lie d’amitié avec Arthur Miller et René Fallet. Sa dernière œuvre, Emmène-moi au bout du monde, est un roman à clefs qui sera publié en 1956.

Blaise Cendrars meurt le 21 Janvier 1961.

Avec le soutien de Madame Miriam Cendrars et de la succession Chagall et en collaboration avec le Fonds Blaise Cendras de la Bibliothèque nationale de Berne, l’exposition Dis-moi, Blaise, réunissant plus de 170 œuvres, donne à voir ou à redécouvrir des peintures et dessins de chacun des trois artistes, au regard de textes et autres écrits du grand aventurier et explorateur de la littérature du XXe siècle.

par C. Mathis

 

Musée national Pablo Picasso, la Guerre et la Paix
Musée Magnelli, musée de la Céramique
Place de la Libération – 06220 Vallauris

Musée national Marc Chagall
Avenue Docteur Ménard
06000 Nice

Musée national Fernand Léger
Chemin du Val de Pome
06440 – Biot