Eins Zwei Drei

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Noir. Une cascade de notes s'élève d'un piano et emplit l'espace. La lumière monte lentement et dessine des formes sur le plateau. Le moment s'installe jusqu'à ce que le tissu recouvrant les formes glisse et révèle un orateur devant son pupitre et derrière lui un musicien en train de jouer sur un piano à queue. Bienvenue dans le monde poétique de Martin Zimmermann dans lequel les règles défient les lois de la pesanteur et de la physique, l'absurde et convoquent également l'esthétique, le virtuose et le rire.

 

 

Spectacle

Pour ce nouveau spectacle le chorégraphe-metteur en scène suisse invite le spectateur dans un musée de son cru dirigé par une sorte de Monsieur Loyal Dictateur de haute volée (flamboyant Tarek Halaby) qui tient à ce que l'ordre règne en ces lieux. Sur le plateau le noir et le blanc délimitent non seulement les espaces mais aussi la hiérarchie. L'homme à tout faire (époustoufflant Dimitri Jourde) va pourtant s'aventurer sur la surface blanche et si au début il y perd pieds dans une maladresse virtuose il apprend vite et ne tardera pas à affirmer sa place. Et quand une créature vêtue en gris-rouge (magnifique Romeu Runa) fait son apparition, elle  apporte le grain de sable supplémentaire dans le rouage, la note dissonante, également visuellement, qui amène le chaos. Derrière va notamment devenir devant, pour la scénographie littéralement, jusqu'à l'explosion finale.

Le chemin sera, avant cela, parsemé d'exercices de style exécutés par des interprètes qui maitrisent tellement leur technique respective qu'ils la transcendent pour donner cette impression d'aisance et de fluidité qui est un vrai régal pour les yeux et les oreilles ; Colin Vallon assure la partie musicale live et son piano sera également un prétexte à de truculentes scènes. Cerise sur un déjà délectable gâteau le spectacle est drôlissime, mention spéciale à l'épisode du détecteur de métaux. Et comme Martin Zimmermann a placé sa narration dans un musée il n'a pas oublié de la ponctuer de tableaux, figeant règulièrement ses interprètes dans de superbes poses.

Seule ombre au tableau, l'absence sur le plateau de Martin Zimmermann mais elle est vite balayée devant ce casting d'exception qu'il fait évoluer dans ce cadre millimétré qui réinvente l'art du spectacle et le spectacle de l'art, pour notre immense plaisir.

Carine Filloux

Eins Zwei Drei
Conception, mise en scène, chorégraphie et costumes : Martin Zimmermann
Crée avec et interprété par : Tarek Halaby, Dimitri Jourde, Romeu Runa et Colin Vallon
Création musicale : Colin Vallon
Dramaturgie : Sabine Gestlich
Scénographie : Martin Zimmermann et Simeon Meier
Conception décor et coordination technique : Ingo Groher

Durée : 1h30

Du 5 au 7 juin 2019 à 20h au Théâtre National de Nice - https://www.tnn.fr/fr/spectacles/saison-2018-2019/eins-zwei-drei