Les films que nous verrons à Cannes cette année

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Alors que la sélection officielle des films en compétition de l'année passée avait été accueillie fraîchement par les festivaliers, celle de 2019 a été saluée par ces derniers comme l'une des meilleures de la décennie.
La différence entre l'une de l'autre tient au crédit que l'on accorde ou pas aux réalisateurs des films choisis.


En définitive, la sélection cannoise ressemble à la composition d'une équipe de foot avant une compétition. Les footeux aiment les champion reconnus comme les critiques et le public aiment les cinéaste prestigieux. Si dans le lot sont présent un nombre conséquent de grand réalisateurs américains, comme c'est le cas cette année, tout le monde s'en réjouit. Les planètes et les stars sont dans le bon alignement. On peut dérouler le tapis rouge pour accueillir ces dernières. Le 72eme Festival de Cannes commence sous des bons auspices.

 

Festival

Les américains débarquent en force à Cannes
L'ouverture de la compétition sera assurée par Jim Jarmusch qui propose une comédie horrifique, « The Dead Don't Die », avec au générique certains de ses fidèles interprètes dont Bill Murray, Iggy Pop et Tom Waits.

 

Evénement


Dans son dernier opus, "Once Upon A Time...In Hollywood", Quentin Tarantino évoque Los Angeles de la fin des années soixante au moment de l'assassinat de Charon Tâte. Il a fait appel à quelques stars notamment Leonardo DiCaprio, Brad Pitt et Al Pacino qui devraient mettre la Croisette en émoi.
Dans « Une Vie Cachée »,Terrence Malick décrit le destin d'un objecteur de conscience autrichien pendant la seconde guerre mondiale.
La liste se termine par le moins connu des quatre. Il s'agit d'Ira Sachs, dont les deux derniers films, « Love Is Strange » et « Brooklyn Village » dressaient un portrait chaleureux et mélancolique de la classe moyenne new-yorkaise. Avec « Frankie », il change de décor et d’environnement social puisqu'il situe son dernier film au Portugal où une actrice française interprétée par Isabelle Huppert a choisi d'y passer ses vacances qu'elle sait être les dernières car il ne lui reste que peu de mois à vivre.

Une sélection française paritaire et diversifiée
La sélection française se compose de trois réalisatrices et de trois réalisateurs.

 

Evénement


Avec « Portrait de la jeune fille en feu », Céline Sciamma a réalisé un film d'époque qui décrit les relations entre une femme peintre et son modèle, une future mariée qui refuse ces épousailles. L'histoire se déroule dans une île de Bretagne avant la révolution de 1789.
Dans « Sybil », Justine Triet retrouve l'actrice principale de « Victoria », Virginie Efira. Elle interprète Sybil, ex actrice, qui exerce le métier de psychanalyste.
Pour son premier long-métrage, « Atlantique », la franco-sénégalaise Mati Diop s'intéresse au sort des femme restées à Dakar, tandis que les hommes tentent de rejoindre l'Europe par la mer.
Les hasards de la sélection font que le vétéran Arnaud Deplechin et le benjamin Ladj Ly aient choisi de tourner une fiction dans leur ville natale, Roubaix, pour le premier, et Clichy-Montfermeil pour le second. Les deux films ont pour personnages principaux un duo de flics. Avec « Roubaix, une lumière », Arnaud Deplechin décrit un meurtre commis par deux jeunes filles en 2002, d'après un fait divers. Dans « Les misérables » de Ladj Ly, premier film du réalisateur, les deux policiers sont confrontés à la violence du quartier.
Abdellatif Kechiche propose dans « Mektoub, my love : Intermezzo » la suite des aventures sentimentales d'un groupe de jeunes gens à Sète en 1994 décrites dans « Mektoub, my love: canto uno » (2018). Le film dure quatre heures. C'est le plus long de la compétition.

Le Cinéma européen en mal de renouvellement

Hors la France, six films viennent d'Europe dont deux d'Europe centrale et orientale, « Little Joe » de l'Autrichienne Jessica Hausner et « Les siffleurs » de Corneliu Porumboiu. Les quatre autres sont originaires d'Europe occidentale. Ils sont l’œuvre d'auteurs très respectés et relativement âges. Le plus jeune a 65 ans et le plus vieux 83 ans. Ceci en dit long sur l'absence d'émergence de nouveau talents chez nos proches voisins.

Evénement

Le doyen, Ken Loach poursuit sa croisade contre les injustices du monde capitaliste. Dans son viseur : l'ubérisation de la société. « Sorry we missed you » raconte la vie d'un prolo de Newcastle qui tente d’améliorer sa situation financière en devenant chauffeur-livreur indépendant.
« Le traître » du vice doyen Marco Bellocchio décrit l'histoire vraie du mafieux Tommaso Buscetta, premier repenti de Cosa Nostra.
Pedro Almodóvar dresse le bilan d'une existence consacrée à la création cinématographique dans « Douleur et Gloire ». Ce film lui permettra-t-il d'obtenir cette Palme d'or qu'il convoite depuis vingt ans ?
Dans « Le jeune Ahmed, »Les frères Dardenne, cadets du quatuor, restent fidèles à leur méthode et à leur inspiration. Le sujet de leur film est la radicalisation à travers le cas d'un adolescent tenaillé par des aspirations antagoniques.

 

Evénement


A coté des bataillons de cinéastes issus de pays où règne une puissante industrie de l'image, subsistent quelques francs-tireurs représentants d'une cinématographie hors-sol. Qu'ils viennent du Tibet, d'Amazonie ou des marches de l'Europe, périodiquement, ils se rappellent au bon souvenir du reste du monde.
Le réalisateur palestinien Elia Suleiman est de ceux là. La dernière fois qu'il avait présenté un film à Cannes c'était à l'occasion de la projection de « Le temps qui reste » en 2009. Dans son dernier opus « It Must Be Heaven », il parle de lui même, de sa condition d'exilé, vivant entre Paris et New-York mais toujours avec la prégnance de la Palestine.

Un Certain Regard temple de la cinéphilie

Plus que jamais Un certain regard reste fidèle à sa tradition, celle d'une sélection de films d'auteurs venus du monde entier. Son ambition principale est de les faire connaître plutôt que de leurs distribuer des récompenses même si l'on a cru bon d'établir un prix « Un certain regard ».
Cette section, en conformité avec ses valeurs d'ouverture et de progrès, a sélectionné 8 premiers films (contre 6 en 2018) et pratique une quasi complète parité puisque 8 cinéastes sur 17 sont des femmes.

Trois auteurs chevronnés
Parmi les réalisateurs célèbres on note la présence de deux auteurs français réputés et parfois contestés.
Le premier, Bruno Dumont est passé d'un cinéma austère à des comédies et des séries déjantées en restant fidèle à son terroir du Nord et à son empathie pour les humbles et les déclassés. Avec « Jeanne », il poursuit son illustration de l'épopée de la pucelle d'Orléans commencée avec « Jeannette, l'enfance de Jeanne d'Arc » (Quinzaine des réalisateurs, 2018).

 

Evénement

Le second, Christophe Honoré était présent en compétition en 2018 avec « Plaire, aimer et courir vite ». Pour « Chambre 212 », il réunit une distribution haut de gamme : Chiara Mastroianni, Vincent Lacoste, Camille Cottin, Benjamin Biolay, Carole Bouquet et Marie-Christine Adam. Le sujet du film est la crise vécue par une femme partie se réfugier dans la chambre 212 de l’hôtel situé en face de son domicile.
Ceux qui ont vu « La mort de Louis XIV » d'Albert Serra à Cannes en 2016 ne l'ont pas oublié grâce surtout à l’interprétation du rôle titre par Jean-Pierre Léaud. Le réalisateur catalan récidive avec « Liberté » dont l'argument est la tentative de montage d'une pièce de théâtre à propos de la débauche du XVIIIème siècle par Rainer Werner Fassbinder.
Il a choisi une autre idole des sixties, Helmuth Berger.pour interpréter le rôle du metteur en scène allemand.

L'épreuve du deuxième film

On a coutume de dire que la sortie du deuxième film est un moment critique pour la carrière d'un réalisateur. Si le premier a connu le succès, le second est l'objet d'une forte attente qui, parfois, est déçue. Cette année, deux cinéastes subiront cette épreuve.

 

Evénement

Oliver Laxe est un réalisateur français de nationalité, espagnol de culture et de formation ainsi que et marocain de résidence. En 2016, il avait été remarqué grâce à « Mimosas, la voie de l'Atlas », récit d'un voyage initiatique et symbolique. Il revient à Cannes avec« Viendra le feu » située en Galice, région dont sont originaires ses parents. Il raconte l'histoire d un homme qui retourne au village de sa mère. Jadis, il a été condamné pour avoir provoqué un incendie.
En 2017, le public de Cannes avait découvert « Tesnota, une vie à l'étroit », premier film du jeune cinéaste Kantemir Balagov décrivant la vie d'une communauté juive en voie d'extinction dans le Caucase en 1998. Avec « Dylda », il s’intéresse au retour à la vie civile de deux anciennes femmes soldats à Leningrad en 1945.

Cinq premiers films pris au hasard (ou presque)
Si nous étions tenu de faire un choix parmi les huit premiers films présentés à Un certain regard en nous fiant uniquement au sujet abordé, nous sélectionnerions d'emblée trois films réalisés par des femmes
« Adam » de Maryam Touzani décrit les difficultés que connaissent les filles mères dans la société marocaine.
« Papicha » de Mounia Meddour témoigne de la volonté des femmes algériennes de briser le carcan patriarcal et bigot de l'Algérie contemporaine.

 

Evénement

« Port Authority » de l'américaine Danielle Lessovitz s’intéresse au sort des personnes trans-genre.
Nous choisirions ensuite « Summer of Changsha » un premier film du chinois Liu Yu Tian qui dévoilera probablement quelques aspects de cette société que nous connaissons si peu.
Enfin nous nous intéresserions à « Il était une fois à Troubtchevsk », œuvre d'une cinéaste venant pour la première fois à à Cannes, Larissa Sadilova. Cette réalisatrice de cinquante cinq ans a tourné, à ce jour, sept longs métrages qui ont jusqu'ici échappés aux sélectionneurs des grands festivals, hors de la Russie. Cet oubli est -il ou non justifié ? Cela mérite qu'on s'y intéresse.

La Quinzaine des Réalisateur : changement dans la continuité

Le nouveau délégué général de la Quinzaine des réalisateur, Paolo Moretti a marqué de son empreinte la sélection 2019. Visiblement, il ne cherche pas à séduire le plus grand nombre de spectateurs. Il semble préférer promouvoir de nouveaux talents qu'attirer les festivalier par des premières fracassantes. La sélection comporte un nombre relativement faible de réalisateurs connus du public. Leur effectif se résumé à trois : Quentin Dupieux pour « Le daim », Rebecca Zlotowski pour « Une fille facile » et Bertrand Bonello pour « Zombi Child »
Les festivaliers sont conviés par la Quinzaine à une découverte d'un cinéma ouvert sur le monde.
Les principales étapes de ce voyage dans le temps et l'espace sont la Géorgie, les Philippines, le Pérou, le Japon, l'Afghanistan et l'Amérique du Sud.
« And Then We Danced » du cinéaste géorgien Levan Akin introduit le spectateur dans l'univers contraignant de la danse folklorique.
« The Halt » du célèbre réalisateur philippin Lav Diaz décrit en 4h36 le cauchemar écologique et politique qui pourrait ravager l'Asie en 2034.
« Song Without a Name » de Melina León dénonce le trafic de nouveaux nés sévissant au Pérou au cours des années quatre vingt.
« First Love ». de Takashi Miike fait découvrir le monde de la nuit à Tokyo.
« L'orphelinat » de Shahrbanoo Sadat invite à partager la vie des enfants de la rue à Kaboul au temps de l'occupation soviétique.

 

Evénement


Enfin, le périple s’achève en compagnie d'une troupe de théâtre en Amérique du Sud avec « For The Money »de l'Argentin Alejo Moguillansky.
Comme il est de tradition depuis quelques années, le film de genre aura toute sa place à la Quinzaine. Outre les films cités plus haut les amateurs de frayeur seront sans aucun doute intéressés par « Wounds » de l'Américain Babak Anvari (polar), « Les Particules » du Suisse Blaise Harrison (SF), etc.

La semaine de la critique ou la passion de la découverte

De manière quasi rituelle, la Semaine de la critique réunit chaque année ses fidèles spectateurs au Miramar, une salle de cinéma depuis longtemps trop exiguë. Avec régularité, cette section permet à de jeunes et moins jeunes réalisateurs de voir leurs films diffusés en salle grâce au retentissement de cette manifestation auprès des acheteurs et du public.
Entre autres, l'an dernier, nous avons découvert que l'acteur Paul Dano est également le réalisateur d'un film sensible et subtil, « Wild Life ».
Nous avons été bluffé par Alex Lutz qui a réussi à nous faire croire que son héros Guy était un vrai chanteur de variété.
Enfin, nous avons été ému par le parcours de Shéhérazade, héroïne du film de Jean Bernard Marlin.

 

Evénement

Sur les dix longs métrages sélectionnés, sept sont des premiers films. Ces cinéastes nous parleront notamment de l'Algérie de 1994 (« Abou Leila » de Amin Sidi-Boumédiène), de l'Islande rurale tourmentée (A White, White Day » de Hlynur Pálmason), du Gatemala confronté à son passé (« Nuestras Madres » de César Díaz), d'une Irlande angoissante (« Vivarium » de Lorcan Finnegan) etc.
Le seul réalisateur ayant une certaine notoriété est le Colombien Franco Lolli, l'auteur de « Gente de bien » (2014). Son dernier opus « Litigante » a pour héroïne une avocate prise dans des tourments personnels et professionnels.

Bernard Boyer