Small talk, small art, old art: art d’été.

PDFImprimerEnvoyer

Tout est annoncé. Déjà, tout est conclu. Il arrive que l’art nous fasse aussi sentir l’odeur écœurante du temps inutile, l’ennui des tablées sous les marronniers, l’odeur de pisse du pastis. Et donc, ce peut être une des fonctions de l’art, la répugnance de l’été. Il n’est pas sûr que cela ait été le but de Jean Dupuy, habitant et artiste de Pierrefeu, et pourtant c’est bien de cela qu’il s’agit dans l’exposition intitulée « Mais qui est Paul ? » visible à la Maison, galerie singulière : d’un art de village pour expo d’été.

 

visuel de l'expositionOn est là à l’orée du reproche injuste, du mépris facile, de l’insulte, en tout cas dans le désagréable. On ne peut pas frapper fort à chaque fois, dit quelqu’un, lors de la preview. Alors pourquoi frapper si c’est mollement ? Tout ou presque tout n’est que remplissage des espaces et du temps. A l’image du small talk qui meuble. Small talk : surtout on ne parle de rien, à l’anglaise, comme dans les pubs, rien qui fâche ou alors on braille, à l’américaine, sans grâce. Il y en avait une.

Manquer de grâce, c’est ne pas savoir se taire, ne pas laisser les murs blancs intacts, en attente. Peu d’endroits manquent autant de grâce que le midi de la France en été, quand il se célèbre estivalement, en tongues. En fait, c’est bien ça, « Mais qui est Paul ? » c’est de l’art en tongues, pas prise de tête puisque sans tête. Et dans le fond, c’est peut-être la pièce la plus affligeante, celle de la salle de bain, qui est la plus belle, non, la plus sublime, au sens kantien, dans son effroyable banalité, mais au moins chargée de sens simple, ne renvoyant à rien, renvoyant au corps rafraîchi, luisant de torrent. Cet écœurement des baignades sous le soleil trop vif, l’ombre des figuiers.

 

C’est cruel, c’est méchant de s’exprimer de la sorte, et pourtant c’est nécessaire de parler vrai : il y a une obscénité de l’art, une obscénité des artistes. Sans doute que c’est bien ainsi : de montrer de l’art quand ça ne sert à rien. Montrer que l’art en 2009 ne sert à rien est aussi une forme d’art. Madame Edwarda montrait ses guenilles. L’art aussi chaque été montre les siennes.

Il manque à beaucoup d’artistes une pensée, une rigueur. Une spiritualité. On pardonne au charcutier d’être sans pensée, d’avoir une dignité de charcutier. On ne pardonne pas à l’artiste d’avoir des pensées et une dignité de faiseur de boudin. A ce train-là, il est perdant, et définitivement, définitivement ridicule. Il n’y a même pas, là, de réflexion possible, pas la moindre possibilité d’une réflexion salvatrice, seulement un constat, celui d’une défaite, la défaite de l’art.

Dont évidemment la Maison, galerie singulière, par le moyen d’une seule exposition - après de notables réussites - n’est pas responsable mais qui l’illustre.

par Martin T.

Exposition « Mais qui est Paul ? »
la Maison, galerie singulière
5 rue Offenbach 06000 Nice
06.11.98.64.04 / 06.98.28.26.23
Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.