Opening Night

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‘Opening Night’ c’est l’histoire d’une première qui se répète chaque soir. Un laboratoire de répétitions dans lequel le public est pris à parti, lui qui pourtant en est paradoxalement normalement exclu. Cyril Teste remonte en sa compagnie le fil précédent cette fameuse première, les répétitions-affrontements entre son couple d’acteurs en proie chacun à un profond questionnement. Il dissèque les affres de la création d’un affûté scalpel. La séduisante utilisation de la vidéo lui permet d’être à la fois sur le plateau, dans les coulisses, derrière la scène mais aussi dans la tête de ses acteurs sinon dans la sienne si l’on considère le rôle du metteur-en-scène comme son double. Ce procédé lui permet d’étayer son propos d’inédites et pertinentes perspectives.

 

Il met en scène une vertigineuse mise en abyme qui n’épargnera personne. Les mots cinglent, les gifles claquent, les corps sont comme à l’étroit pris au piège du déferlement sous les crânes. L'alcool et la musique offrant à chacun des deux comédiens une belle échappée. La réalité se prend pour la fiction, à moins que ce ne soit l’inverse. Les situations deviennent poreuses, le passage d’un état à un autre n’obéit plus à aucune règle. La seule chose qui compte sur ces planches c’est d’être aimé.

Spectacle

Plus facile à 17 ans qu’à cinquante quand on est actrice. La solution est peut-être alors de redevenir jeune. Mais à quel prix quand il n’est plus possible de faire semblant et que la fin est plus proche que le début même si, comme l’a si bien formulé Beckett, elle est dans le commencement. Que faire quand le doute s’installe et la confiance se perd. « Si je pouvais me défaire de toi. » « Je ne veux rien de toi sauf que tu apparaisses. » Dans cette recherche de vérité, cette quête de sens et de sentiments il est quand même hors de question de laisser entrer quelqu’un d’autre sur scène. Cette comédienne n’a plus que ça au monde. La femme seule dans le public qu’elle essaye si désespérément de toucher chaque soir n’est peut-être au fond qu’elle-même. Une autre mise en scène de sa personne, une Nancy. Cette adoratrice qui a la fin du spectacle viendra se jeter à ses pieds pour lui crier son amour, lui donner sa fougue, sa jeunesse. La remplir d’un sang neuf pour tenir jusqu’à la représentation du lendemain soir.

De tout cela parle le spectacle de Cyril Teste, de la fragilité du créateur, de son besoin d’être regardé (mis en exergue par les gros plans qu’offre la vidéo) mais surtout et avant tout, aimé. Un compteur remis à zéro chaque soir, une histoire toujours différente, mais enivrante, indispensable quand on se nourrit d’amour pour survivre, créer, se dépasser. A ce jeu-là gagner n’est-il pas perdre ? A moins que ce ne soit l’inverse.

Carine Filloux


 

Opening Night

D'après le scénario éponyme de John Cassavetes

Mise en scène Cyril Teste

Avec Isabelle Adjani, Morgan Lloyd Sicard, Frédéric Pierrot et la participatoin de Zoé Adjani

Collaboration artitique Valérie Six

Conseil dramaturgique Daniel Loayza, Marion Pelissier

Scénographie Ramy Fischler

Vidéo Nicolas Doremus et Mehdi Toutain-Lopez

Cadreur Nicolas Doremus ou Christophe Gautier

Durée : 1h15

Du  24 au 27 avril 2019 au Théâtre National de Nice - https://www.tnn.fr/fr/spectacles/saison-2018-2019/opening-night