TNN - ROMEO ET JULIETTE De Shakespeare – Mise en scène Irina Brook

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Souhaitant dépoussiérer la pièce pour l’accorder à l’époque actuelle, Irina Brook s’est attaquée à la plus célèbre tragédie de Shakespeare en la transposant de nos jours avec un Roméo et une Juliette de banlieue et des affrontements de bandes de jeunes dans le style « West Side Story ». L’an dernier, à l’Opéra de Nice, elle avait déjà mis en scène l’oeuvre de Gounod sur la tragique histoire d’amour des amants de Vérone, en la situant de nos jours dans la Syrie en ruines.

 

 

Spectacle

« Roméo et Juliette » est la plus profonde des tragédies de Shakespeare pour Irina Brook, qui s’insurge contre la stupidité de la génération des parents gardant le pouvoir de décider de l’union de leurs enfants, sans tenir compte de leurs sentiments. Malgré une certaine évolution en Occident, il n’en est pas encore de même dans de nombreuses parties du globe. Irina Brook insiste également sur les éternels conflits entre nations, et parfois déjà les brouilles de voisinage qui peuvent devenir venimeuses.

Reprenant sa mise en scène d’il y a quelque vingt ans, tout d’abord Roméo et Juliette sont ensemble au piano placé en angle, elle chante, tandis que sur scène deux jeunes flirtent. Puis s’enchaîne une bagarre de rue entre jeunes exacerbés par une musique bruyante. Enfin, une fête où la plupart des invités porte un masque, certains picolent tandis que d’autres dansent sur une tendre musique jazzy, et que des étoiles dorées descendent des cintres pour apporter du merveilleux à la rencontre de Roméo et de Juliette. Stop ! Arrêt sur image !

Spectacle

Complètement transposée de nos jours, la pièce de Shakespeare est à la fois respectée et trahie. Irina Brook l’a épurée, modernisée, elle devient un spectacle contemporain par sa musique, son vocabulaire, les attitudes des personnages. Des scènes juxtaposées ne s’enchaînent pas dans une continuité linéaire, y compris la très attendue célèbre scène du balcon. Les deux amoureux appartiennent toujours à des familles qui se haïssent, les Capulet et les Montaigu, aussi doivent-ils se marier secrètement grâce au Frère Laurent, avant que la fatalité ne les entraîne dans la mort. Durant la cérémonie secrète, tous deux dessinent un immense coeur rouge qui reviendra sous forme de couronne mortuaire par la suite.

Les costumes de Magali Castellan sont d’une modernité variée. Peu de décors, seulement des éléments mobiles qui très astucieusement sont déplacés tout au long de la pièce donnant ainsi beaucoup de légèreté, sans lever et baissé de rideau.

Spectacle

De nombreux gestes obscènes, parsemés ici et là, accentuent l’impression de farce, avec les répliques amusantes de la nourrice pour alléger l’atmosphère dramatique de tout ce qui se trame. Justement rien ne se veut tragique, même lorsque le cousin est transpercé à mort par une lame tranchante, il dit « Je ne me sens pas bien », comme s’il fallait évacuer tout mélodrame, dans un esprit BD. Le spectacle est fougueux, sans rien de « fleur bleue », ce qui nous ravit. La musique a été soigneusement sélectionnée pour accentuer des scènes chocs, insolentes, provocantes, ainsi la légère chanson de « Pussicat » pendant que la nourrice habille Juliette en mariée, avec couronne de fleurs d’orangers et voile blanc.

Entre humour et tragédie, exubérance et souffrance, une bande de comédiens occupent tous les rôles avec une énergie fulgurante. On distingue parmi eux la ravissante Maïa Jemmett, merveilleuse Juliette dont on comprend que Roméo tombe aussitôt amoureux. A la fin, le fond du décor devient rouge sang, tandis que retentissent les sirènes d’alarmes des ambulances.... Le drame est arrivé.

Spectacle

C’est à Nice qu’ont lieu les premières représentations, avant une tournée internationale. En trouvant son rythme, le spectacle donnera davantage d’émotions.

Caroline Boudet-Lefort