DOUZE HOMMES EN COLERE De Reginald Rose – Mise en scène de Charles Tordjman- ANTHEA

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Le rideau se lève sur les douze hommes alignés debout au fond de la scène. Ils vont s’approcher, s’asseoir, toujours alignés côte à côte, et parlent face au public. Ils sont déjà en colère, du moins onze d’entre eux qui sont horrifiés par ce garçon de dix-huit ans qui a tué son père. Mais l’a-t-il vraiment tué ? C’est la question que pose ce douzième homme qui, peu à peu, sème le doute parmi les autres jurés. Avec lui, ils doivent décider de la condamnation à la chaise électrique ou pas de cet adolescent, et la loi américaine exige l’unanimité du jury pour que cette sentence soit prononcée.

 

 

Spectacle

Pour tous, l’affaire semble classée, vite jugée. Ils sont pressés : match de baseball ou autre. Et surtout une chaleur accablante : « Le jour le plus chaud de l’année ! » Ils veulent en finir et condamner ce coupable idéal. Un premier vote a lieu : onze le condamnent, un seul non. Il veut seulement en discuter « La vie d’un homme est en question. Cet enfant a eu une vie difficile, misérable avec une mère morte quand il avait 10 ans et son père en prison pour escroquerie ». Il aurait tué avec un couteau à cran d’arrêt, mais l’un d’eux fait son effet avec un couteau semblable dans sa poche.... Ils votent, revotent et votent encore. Ils font une pause, une autre et encore une pause.

Véritable thriller, le célèbre film de Sidney Lumet, était très théâtral, puisque les personnages étaient confinés dans une seule salle de délibérations. Reginald Rose a tiré une pièce très régulièrement montée de ce huis clos judiciaire, parfaitement bien en place. Plutôt qu’une question d’idéologie, c’est l’art du doute qui entraîne démonstration sur démonstration, preuve contre preuve. Doute de tous les témoignages auxquels la rationalité découvre des flous, et même des incohérences. Les douze jurés s’expriment, s’affrontent et s’opposent, avant de fléchir un à un, tandis que l’orage qui couve fait monter la tension.

Parfois les affrontements sont vifs, empreints de malveillance si les jurés débordent de leur rôle et donc du sujet à discuter. Chacun réagit en fonction de son jugement, mais aussi de son histoire personnelle qui influence toutes ses réactions. Ainsi, il y a celui qui voudrait exécuter le gamin pour se venger de son propre fils avec lequel il est encore aujourd’hui en conflit : il restera incapable du moindre doute et maintiendra son vote initial. L’orage éclate et les coups de tonnerre s’ajoutent aux coups de théâtre.

Dans la mise en scène classique mais impeccable de Charles Tordjman, la distribution est parfaite, chacun dans la cohérence de son personnage. On y distingue Olivier Cruveiller, Claude Guedj, mais on les reconnaît tous pour les avoir vus ici et là dans divers films. C’est sur les épaules de Bruno Putzulu que tombe le rôle tenu au cinéma par Henry Fonda (également co-producteur du film). Pour l’Amérique de l’époque, c’était un bel exemple d’éloquence humanitaire et un acte de résistance à l’idéologie d’alors. Cela l’est toujours aujourd’hui !

Caroline Boudet-Lefort