ANTHÉA - 25 ANS DE HIP-HOP

PDFImprimerEnvoyer

Grâce à une formidable force créative des arts de la rue, le hip-hop est devenu une véritable culture, avec un langage, un état d’esprit et un sentiment d’appartenance revendiquée ou attribuée par son inscription sociale et urbaine.

Longtemps considérée comme un simple mouvement social émanant de la banlieue, la danse hip-hop a fait sa place dans les chorégraphies contemporaines. Venu des ghettos de New-York, puis né en France dans les cités et non dans les studios de danse, le hip-hop a su se déplacer vite, en revendiquant une place de choix, afin de rayonner dans le monde entier (dans des pays surprenants, tels le Guatemala ou le Pakistan, la Palestine ou le Kazakhstan). Depuis un certain temps, le hip-hop est reconnu comme partie prenante de l’art chorégraphique au même titre que la danse classique ou contemporaine.

Spectacle

Art du déplacement et de l’esquive, cette danse ne tient pas en place. Elle n’a jamais cessé de bouger, géographiquement, socialement, artistiquement. Elle a sa propre identité faite d’éléments disparates où le corps reprend son espace et ses droits. Le répertoire hip-hop s’enrichit au fil des années et il n’a pas fini d’étonner avec sa liberté de création : la tap dance (claquettes), le « locking », le « pointing », la « wave », les effets d’optique comme de stroboscope dans le robot, la marche sur la lune, et diverses autres manières de jouer sur l’illusion. Il est impossible de citer tout ce qui constitue cette danse, d’autant plus qu’elle s’exerce partout, dans des salles communales aussi bien que sur des scènes où les spectateurs viennent voir un spectacle comme un autre. Avec son succès grandissant, elle s’est institutionnalisée en France et est programmée dans chaque festival.

Déjà venu à Anthéa pour présenter son hilarant spectacle « Barbe-Neige et les sept petits cochons au bois dormant », un cocasse micmac des contes de notre enfance, le Théâtre de Suresnes - Jean Vilar est revenu avec « 25 ans de hip-hop », un spectacle joyeux et dynamique.

La Compagnie a tressé une chaîne de gestes variés composant une tradition hybride de street dance. En tee-shirt et caleçon ou jeans, ils sont quatorze, sept filles et sept garçons, avec une énergie euphorisante et une mécanique impeccable. Dans un subtil et mouvant mélange de personnalités, chacun est identifiable par sa singularité corporelle et ses gestes qui, même simples, illustrent la souplesse féline du hip-hop. En groupe, en duo ou en solo, chaque interprète explose dans des tornades de mouvements très codés avant de repartir en coulisses. Jamais l’énergie ne tombe, avec une vitalité débridée et une effervescence gestuelle qui ne connaît aucun répit. La vitesse des rencontres évite tout malentendu et toute sensualité.

Si chacun se révèle dans sa singularité, la fusion de la troupe opère dans l’ensemble des mouvements acrobatiques la danse multiplie les élans, déployant un rapport au sol élastique. Pendant que les musiques totalement diversifiées (de Bach et Vivaldi au Grupo Vocal Desendann) accélèrent le tempo, les interprètes se croisent et électrisent le plateau en tous sens. Dans une gestuelle urgente et fiévreuse, les corps tourbillonnent, bondissent, virevoltent, avec une façon unique de faire rimer hyper technique avec vitalité et rapidité. Leur énergie est époustouflante et, grâce à l’électricité hip-hop, ils montent au septième ciel avec « Paradis » de José Montalvo.

Leur incroyable vitalité créatrice a ravi les spectateurs qui en redemandent, sans pouvoir cesser de les applaudir.

Caroline Boudet-Lefort