Nathan Ambroisini : un jeune cinéaste prometteur

ImprimerEnvoyer

Avant que le Festival de Cannes ne monopolise l’attention des critiques et des cinéphiles, la saison hivernale offre à ces derniers la possibilité de découvrir quelques nouvelles pousses du cinéma d'auteur.

C’est à la mi-février qu’une primevère du jeune cinéma français a éclos. Il s’agit du film « Les drapeaux de papier » de Nathan Ambrosioni. C’est le deuxième long métrage d’un cinéaste de 19 ans.. Le titre évoque les guirlandes en tissus où sont imprimées des prières ornant les paysages de l’Himalaya.

 

 

Evénement

Une veine naturaliste

Ces guirlandes sont les seuls souvenirs matériels laissés par la défunte mère de Vincent, 30 ans, sorti de prison après douze ans de peine. Sa sœur, Charlie, 24 ans, accepte de l’héberger tandis que son père le renie. Trop fragile et paumée pour être à la fois une mère de substitution et un mentor, Charlie tente avec abnégation de piloter l’incontrôlable Vincent dans ses tentatives de réinsertion professionnelle et des essais de réconciliation familiale non aboutis.

Pour peindre ce drame naturaliste dont le thème aurait pu séduire Jean Renoir ou les frères Dardenne, le réalisateur a choisi de cadrer serré au plus près des émotions qui habitent Vincent et Charlie et parfois les submergent.

Le film repose beaucoup sur le jeu des interprètes et sur la qualité de la direction d’acteurs. Il faut donc saluer le travail effectué par les deux rôles principaux : Guillaume Gouix et Noémie Merlan. Ainsi, le réalisateur a atteint son objectif : intéresser et émouvoir le spectateur.

On ne manquera pas de se poser la question suivante. Comment un jeune homme à peine sorti de l’adolescence a t-il pur concevoir une histoire aussi grave ? La réponse n’est pas dans la biographie du cinéaste.

Un parcours atypique

Nathan Ambrosioni est né à Grasse et a vécu à Peymeinade au domicile familial.

Autodidacte en matière cinématographique, il s'est formé en regardant les films auxquels il avait accès. Depuis l'âge de 12 ans, il a consacré ses loisirs à réaliser des courts métrages fantastiques avec l’aide de ses copains de collège. Son premier long métrage « Hostile » est un film de genre qui a été projeté en 2014 au Festival de Gerarmer. Pour son second film, il a réussi à convaincre une productrice, Stéphanie Douet et la Commission d'Avance sur Recette ainsi que les deux acteurs principaux. Ceci prouve que, dans notre pays, l’accès au monde du cinéma n’est pas totalement verrouillé.

A cause de son âge, on compare souvent Ambrosioni à Dolan,. Selon nous, son parcours n’est pas analogue à celui du Québecois dont la carrière a débuté à l’age de 4 ans.

Nathan Ambrosioni est plutôt à rapprocher du Chinois Bi Gan, l’auteur de « Kaili Blues » et de « Un Grand Voyage vers la nuit ». Le Peymeinadois et le natif de Kaili n’ont pas le même univers cinématographique, le fantastique et le réalisme pour le premier, l’onirisme pour le second. Ils ont pourtant de nombreux points communs. Tous deux ont choisi de tourner leurs films dans leur région d’origine avec les moyens dont ils disposaient et aussi grâce à l’aide de leur famille, leurs amis et la participation de quelques enthousiastes professionnels du cinéma.

Les nouvelles possibilités de création qu’offre le numérique ont fini par tenir leurs promesses. Après avoir révolutionné le monde de l’art graphique, le digital permet à de jeunes artisans cinéastes d’accéder à un domaine que l’on croyait réservé à la seule industrie et à des professionnels aguerris.

Bernard Boyer