L’exposition Thabrate de Badr El Hammami chez Art connexion 

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De vieilles cassettes, une paire de chaussures cloutées, des impressions sur bois, plastiques et cartons, ou encore des archives sonores sont autant d’éléments qui jalonnent l’exposition Thabrate de Badr El Hammami présentée jusqu’au 16 mars, chez Art Connexion à Lille.

 

 

Exposition

Conçue pour donner suite à une résidence de création à la Malterie en automne 2018, l’exposition rend hommage aux berbères venus en France lors des différentes vagues d’immigration.

Badr El Hammami, met en scène un véritable poème sur l’exil. Il nous plonge au sein de sa mythologie personnelle, au cœur de ses archives familiales pour mieux mettre en exergue la peur de la perte de son identité, pour finalement nous contraindre en douceur, loin d’un discours moralisateur, à la prise de conscience collective sur la question de la transmission de la mémoire de ce peuple oublié de l’histoire.

L’exposition Thabrate, qui signifie « lettre » en berbère, nous invite à repenser le paradigme de la frontière - omniprésent dans la démarche de Badr El Hammami - à travers le prisme de l’exil. Le point de départ de ce projet fait écho à la tradition orale des berbères et plus précisément aux populations du Maghreb confrontées à l’immigration des années 1960-1980, et qui ont utilisé les radiocassettes comment moyen de communiquer malgré la séparation et l’illettrisme.

Exposition

Ces cassettes envoyées par courrier, faisait le lien entre les familles et sont les vestiges historiques et sociologiques de toute une période de l’histoire d’un peuple qui n’a pu en garder la trace écrite. Le travail de réactivation de ces archives sonores est au cœur de l’exposition. Utilisées dans l’œuvre « A ma mère », Badr El Hammami nous donne accès ici, à des extraits vocaux de sa mère, mis sur une bande-son mp3. Ou encore, dans l’installation « Mémoire », l’artiste suggère silencieusement l’objet cassette en transférant sur les couvercles, les photos qui accompagnaient les envois audios. Avec la vidéo « Thabrate », présentée à la fin de l’exposition, l’artiste réactive la parole et la langue berbère, le tamazight, en expérimentant à son tour l’envoi d’archives sonores via sa correspondance vocale avec Fadma Kaddourri, qui a duré plus de deux ans. Cette œuvre est essentielle pour comprendre l’exposition. L’artiste y dévoile une allégorie de l’exil, en évoquant sa difficulté et sa peur de perdre sa langue donc son identité.

Les œuvres « Mémoires », « A ma mère » et « Thabrate » qui sont de l’ordre du vécu et de l’expérience personnelle de l’artiste, entrent en résonnance avec des œuvres qui évoquent quant à elles une mémoire collective comme l’installation « Les Chibanis » ou encore « Awbaches ». Ce jeu d’interaction entre éléments de la mémoire personnelle et de la mémoire collective, renforcé par une scénographie qui fait référence à la bande magnétique de ces casette audio, fait apparaître une forme rythmique, une temporalité discontinue et saccadée au sein de l’exposition.

Exposition

Badr El Hammami, parvient par cette subtile scénographie à concevoir un poème visuel sur la diaspora berbère et nous invite ainsi à faire un travail de mémoire et à penser sa transmission.

Madeleine Filippi