8 FEMMES POUR LE 8 MARS à Antibes

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Il n’est pas question d’une exposition-manifeste féministe qui prétendrait présenter des œuvres militantes mais de montrer, sans prétention, que le dire de l’artiste est plus complexe, plus mélangé, plus à l’image de ce qui le constitue, que l’artiste est fait d’un vécu de corps et de langage qui ne saurait se réduire à l’accord des noms et des adjectifs. Occasion de peut-être montrer, avec la déclinaison de huit caractères, qu’une femme peut être « peintre » sans obligation de se dire ou la dire « peintresse ». Peu importe le genre des mots, c’est la densité du dire compte.

 

 

Exposition

Il a été écrit et revendiqué qu’il y a un art féminin, une peinture féminine : Affirmation péjorative pour les machos, appréciative pour les féministes. Banalement, je suis persuadé que l’œuvre possède les caractéristiques de ce qu’est l’individu créateur. J’ai récemment raconté que j’avais début des années soixante-dix proposé à un galeriste niçois, qui a refusé, d’exposer « Les Pensionnaires » d’Annette Messager dont le travail m’avait impressionné. Travail très féminin, dira-t-on : il est vrai, mais c’était un autre temps, il était conçu et revendiqué comme tel. En quoi les sculptures de Germaine Richier à travers leur violence égale à celle d’un Giacometti ou d’un César seraient-elles plus féminines ? Et les corps si lisses de Camille Claudel si proches cependant de ceux de Monsieur Rodin?

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Un petit incident – anecdotique bien que … peut-être violent – mais cette fois d’une violence seulement psychologique – m’a probablement rendu davantage sensible à la question. Un matin, il y a fort longtemps, dans l’atelier de l’école municipale « Villa Thiole », nous peignions une nature morte : pot de fleurs, pommes, poires, raisins et torchon de cuisine à liserés rouges. Regardant mon travail, Madame Louise Charbonnier, artiste qui avait le privilège, avec Edouard Fer directeur de l’école, d’avoir été admise par Gustav-Adolf Mossa à figurer dans l’accrochage permanent du Musée des Beaux-Arts (Chéret), avait déclaré : « Alocco, vous peignez comme une fille. » Évidemment rires de l’ensemble des élèves, filles et garçons. Louise Charbonnier répondant à cette réaction précisait : « Ce n’est pas une critique, c’est un constat. D’ailleurs, voyez, Mademoiselle Poirier peint comme un garçon. » Mademoiselle Marie-France Poirier était une jolie blonde, rose façon Renoir, qui sans doute en devint à l’instant plutôt rouge. Je ne sais pas ce que ma condisciple a fait de cet incident, j’en ai moi à l’usage toujours conclu que le rendu ne ressemblait pas à monsieur ou à madame, mais à ce que monsieur ou madame en œuvrait : construit comme s’est construit l’artiste, dans sa culture familiale, avec les acquis et les rejets de la culture dans laquelle, plus ou moins bien, il prend place.

 

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Reflet d’un caractère ainsi forgé davantage que d’un genre qui n’en est qu’une des multiples composantes. C’est que l’humain, né animal, est humanisé, qu’en homme et femme il s’humanise. Oui, comme Simone Beauvoir l’a résumé « on ne naît pas femme, on le devient ». Nous pouvons de même dire que « on ne naît pas artiste, on le devient ». Plus précisément, on se fait devenir : à partir de tous les possibles dont on a voulu et pu s’emparer.

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Il s’agit aujourd’hui de la volonté de montrer huit artistes dont les œuvres plastiques font sens hors distinction de genre. Les œuvres rassemblées en cette occasion bien qu’appartenant au moins en partie à une histoire commune présentent des esthétiques diverses. Il est certain que travaillent dans notre région des dizaines d’artistes femmes dont les productions auraient mérité d’être montrées. Il se trouve que le hasard des rencontres et leurs participations suivies ou occasionnelles aux activités artistiques azuréennes ont fait que nous sont mieux connues celles qu’au cours de nos conversations avec Martine Monacelli nous avons choisies en toute subjectivité. Ma première rencontre avec Martine Monacelli a eu lieu par la parole, pour un projet d’entretiens ensuite réalisés, qui ont été publiés en partie par La Revue Nouvelle de Bruxelles (dans le n° 2 de 2017), puis l’ensemble aux Éditions de l’Ormaie, avant que je la connaisse au fil de plusieurs expositions comme artiste, sous le nom de Louise Caroline, exploitant des tissus encrés par un imprimeur nettoyant ses presses.

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Alors que nous étions nés et avions vécu jusque-là à Nice, dans le même quartier, j’ai rencontré aussi par le verbe Régine Lauro – à Aix-en-Provence, vers 1960 quand nous étions étudiants à la Fac de lettres. Notre petit groupe de poètes avaient créé en 1962 la revue « identités » qui publia d’elle textes en prose et poèmes dans plusieurs numéros. J’ai pu voir évoluer son travail pictural dans son atelier, et apprécier le stade récent à La Galerie Librairie Niçoise. Michèle Brondello était encore étudiante à la Villa Arson quand nous avons fait connaissance. Après les expositions personnelles de ses stèles notamment au « Lieu 5 » à Nice, et à Saint-Paul-de-Vence chez Alexandre de La Salle, (le galeriste des expositions décennales « École de Nice » de 1967/ 1977 /1987/ 1997) nous avons eu l’occasion de participer ensemble à de nombreuses collectives. Pour d’autres, plus tard, nous avons avec Martine Monacelli, d’abord sans connaître la personne, vu et remarqué leurs travaux : Elizabeth Foyé figurait parmi les 31 artistes présentés dans le deuxième tome de Impressions d’Ateliers de Patrick Boussu, Jean-Michel Sordello et Michel Franca paru en 2014, dont le CIAC Château de Carros exposait en 2016 les artistes. En 2018 le Festival du Peu de Bonson la montrait, parmi les douze artistes sélectionnés, avec un autre aspect de son œuvre. Isabelle Poilprez exposait en juin 2016 au CIAC Château de Carros ses œuvres de verre que nous avons pu revoir quelques mois plus tard à Nice, Galerie Christian Depardieu. J’ai pu suivre l’évolution du travail d’Eliz Barbosa qui a souvent montré à Nice (dans la même galerie Depardieu, en 2012, 2014 et 2016).

 

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Pour Isabelle Becker, la véritable rencontre avec son travail eut lieu à l’occasion de la monstration de ses réalisations à Nice, Galerie Quadrige, accompagnant la parution en 2017 des illustrations du livre « Saint Pierre » dans la collection La légende dorée (Éditions La Diane Française). Martine Monacelli a proposé d’inviter Sophie Bayeux, dont je ne connaissais le travail qu’en photos mais dont Andrea Visconti écrivait : « Découper, recoudre et colorer apparaissent dès lors comme un exutoire face aux déchirements de la planète ». Démarche qui, malgré et à cause de l’écart entre le mou et le solide des matériaux et des images respectivement traités, ne pouvait me laisser indifférent.

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Dans cette exposition vous sont donc proposées en toute subjectivité huit artistes dont les démarches sont divergentes mais qui, contemporaines, prennent racines dans le vingtième siècle, ou s’expriment avec le vingt-et-unième.

L’important des semblables n’est-il pas dans leurs différences ?

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Marcel Alocco


Nice, décembre 2018

Exposition « 8 femmes pour le 8 mars »

(Commissaires : Louise Caroline et M. Alocco)

Médiathèque Albert Camus, Antibes

du 8 au 30 mars 2019