Expérience d’artiste ou l’Infini du Réel

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L’Art n’est-il pas un lieu médiumnique où la vraie vie peut s’épanouir…?

En visitant cette belle exposition où coexistent des artistes coréens, invités d’honneur de l’AIAP et des artistes occidentaux, deux œuvres nous ont particulièrement impressionnés : elles donnent ce plaisir esthétique que nous pouvons définir comme harmonie interne de l’être.

Ce que la Beauté produit en nous, nous allons en parler à partir de ces deux œuvres : celle du peintre coréen JOOWON intitulée Seo Nang « L’arbre sacré » et l’installation de la photographe italienne Rita Saïtta « Identité ».

Exposition

Toutes deux nous parlent du Vide initial à la manière taoïste. Du vide est né le cosmos d’où émane le Souffle Vital. Nous le ressentons fortement dans l’œuvre de Joowan. Surgissant de l’obscur une forme s’élève d’un abyme au-delà du temps silencieux. La matière lumineuse apparaît composée de milliers d’atomes, tous singuliers : lettres aux dimensions multiples, parfois une percée à travers des différentes membranes. La matière est là, vivante en sa virtualité, survenue à cause de l’esprit et l’esprit à cause de la matière, vides d’identité parcellaire et interdépendants.

Ainsi est créé l’arbre sacré où selon la tradition coréenne réside un dieu tutélaire. Mais déclare l’artiste il l’a créé avec des objets virtuels. Leur existence réelle ? Elle se retrouve peut-être dans une distinction qui n’est pas séparation.

Nous quittons la dualité cartésienne. La quête du lien entre matière et esprit fonde le travail de l’artiste traversé par «  les pratiques spirituelles et celle de la méditation » dit-il lui-même.

Il offre au spectateur par la beauté de sa recherche l’intuition de l’Unité.

Rita Saïtta elle aussi nous parle de ce Vide, «  ce vide plein » dirait F.Cheng.

Exposition

Elle cite pour présenter sa mise en scène photographique « Identity » une phrase de Lacan : « Tout art se caractérise par une façon de s’organiser autour d’un vide ».

Rita nous présente une mise en abyme de son travail. La photo centrale, mise en lumière par des projecteurs, renvoie à l’exposition présentée au spectateur- à l’exception d’un corps de femme qui fait tourner l’horloge du temps.

Cette horloge nous présente une croix immobile, celle des aiguilles figées, crucifixion du présent ?

Le temps et l’espace sont en jeu : bougies éteintes d’un chandelier agonisant, palette abandonnée, objets épars sur le sol, portrait d’une femme de la renaissance italienne ?

Elle nous met en présence de son propre fonctionnement face à sa propre création. Un certain vertige nous saisit devant cette mise en abyme de l’œuvre, de la relation à la création qui oscille entre l’obscur et le lumineux.

Chang Tsao avait écrit : « Au dehors je saisis le mode de la création ; au-dedans je capte la source de mon âme. »

Rita nous met en face de ses propres interrogations et nous renvoie à nos propres mises à distance intérieures.

« Avant de peindre un bambou il faut d’abord qu’il pousse dans ton monde intérieur » dit un philosophe chinois.

Extérieur/Intérieur, Obscurité/Lumière : les interactions sont constantes

Nous sommes pris par la spirale de la création et nous accueillons dans notre réception émotive de la Beauté l’Inexplicable et l’appel d’un Ailleurs


Nicole Deleu le 16/12/2018


Expérience d’artiste

Exposition des artistes du comité national de l’AIAP-UNESCO

Quai Saint Antoine Monaco