Requiem pour L.

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Sur le plateau, un ensemble de blocs noirs de tailles et hauteurs différentes qui rappelle le Mémorial de l'Holocauste à côté de la Porte de Brandebourg à Berlin. Des pierres sont déposées sur certains telles sur des tombes pour honorer les morts en montrant que l'on est passé se recueillir. Le décor du Requiem pour L. est planté. L pour Lucie, dont les derniers instants de vie vont défiler pendant les 100 minutes du spectacle sur l'écran qui recouvre le mur de fond de scène. Un à un les protagonistes entrent sur le plateau et déambulent entre les blocs, s'arrêtent pour se recueillir. Tout au long du spectacle ce sentiment de recueillement sera très fort. Sous les costumes sombres des touches de couleur laissent percevoir des notes plus gaies à venir. Ainsi le chorégraphe Alain Platel et le compositeur Fabrizio Cassol nous invite certes à une veillée funèbre, mais qui célèbre la vie.

 

Spectacle

Celle qui, sur l'écran, s'échappe des lèvres de Lucie. Comme un écho, le souffle de l'accordéon prendra le relais dans un des silences suspendus qui ponctuent le spectacle. En effet, le temps suspendra régulièrement son vol tant l'intensité et l'émotion sont palpables mais aussi pour rappeler l'imminence de la mort de Lucie. A la partition inachevée du Requiem de Mozart, Frabrizio Cassol a apporté de stupéfiantes notes de Jazz ou encore un tempo africain et quand le chant lyrique vient compléter cet audacieux mélange l'effet de synergie est tel que l'on peine à en croire ses oreilles face à la puissance des harmonies produites. Il fallait oser ajouter des notes d'accordéon, de likembe, une ligne de basse, des chants africains et le pari est réussi haut la main. La langue africaine répond au latin et vice-versa dans un tourbillon à la fois tragique et endiablé. Les voix s'élèvent pures et vibrantes. Les pleureurs qui crient leur douleur face au deuil ne sont pas loin.

Quand les corps entrent dans la danse, se mettent à onduler dans l'espace, à en prendre possession, entre, autour, ou encore sur les blocs, le spectateur retient son souffle. Le plateau est électrisé, les corps sont fascinants de souplesses, de rythme et se répondent dans un étourdissant écho. Les 14 protagonistes investissent le décor donnant naissances à de saisissantes images, qu'ils soient tous debout sur les blocs, silencieux face public, en fond de scène face à la vidéo, silhouettes se découpant dans l'ombre ou encore sur les côtés laissant le visage de Lucie prendre toute la place.

Car, on en viendrait presque à l'oublier, mais cet accord parfait de voix, musique, rythmes, mouvements est une prière face à la lente agonie de Lucie qui a accepté de confier la vidéo de ses derniers instants à Alain Platel. Le spectacle est une lutte de la vie face à la mort, une épreuve pour tous. Lucie nous renvoi presque du bout des lèvres "n'oublie pas que tu vas mourir", c'est maintenant qu'il faut célébrer la vie, et la gumboot dance finale porte en elle cet inextinguible souffle de vie.

Carine Filloux

Requiem pour L.

D'après Le Requiem de Mozart
Scénographie et mise en scène Alain Platel
Musique Fabrizio Cassol

Avec Rodriguez Vangama, Boule Mpanya, Fredy Massamba, Russell Tshiebua, Nobulumko Mngxekeza, Owen Metsileng, Stephen Diaz, Rodrigo Ferreira, Joao Barradas, Kojack Kossakamvwe, Niels Van Heertum, Bouton Kalanda, Erick Ngoya, Silva Makengo, Michel Seba.

Chef d’orchestre Rodriguez Vangama

Durée : 1h40

Les 19 et 20 décembre 2018 au Théâtre National de Nice - https://www.tnn.fr/fr/spectacles/saison-2018-2019/requiem-pour-l