Jérémie Bossone

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Jérémy Bossone

 

« Ils n’ont rien fait ce jour encore
Là, tous écout’ le vent frémir
Si l’un d’entre eux un jour s’en sort
Les autr’ échang’ront un sourire
Ils n’ont rien fait ce jour encore
Un silence unit leurs soupirs
Si l’un d’entre eux un jour s’en sort
Ils auront évité le pire. »
(Extrait de, Je m’appelle Stéphane Mallarmé, 2002.)

 

 

 

La tâche du poète lacée des jours où tu marches, où je regarde Paris, les mots de tristesse que j’évite, mais «Paris me lâche», s’écoule et se dévoile, le sourire comme ma peine enfermée qui court malgré moi.
J’essaie de ne pas ressembler, mais Paris ou toi « grand dôme », aussi sombre, et c’est les ombres qui transpirent qui brillent. Aujourd’hui, je manque de toi.
Chanter, où rien ne revient à rien, les lys se cache. Je vois cette image de toi, là où je ne peux plus.
« Ce que j'ai écrit, tout ce que j'ai écrit, veut dire (comme dirait rimbaud) tout ce que ça veut dire, en long, en large et en travers... je n'ai rien à ajouter. »
« Ecris ce que je suis, je le suis déjà. ».
Alors je te parle, parce que, résolument, c’est acide : « Ce qui te parvient de mon oeuvre, c'est mon oeuvre. Ce sont décidément les critiques et leurs mots qui nous fabriquent ! »
« Toujours est il que le poète est révolutionnaire, par sa seule présence » « Nos vies sont politiques avant nos premiers choix. » « Vivre, c’est politique. »
« Ma vie n'est pas "d'aller bien", c’est juste d'être moi, c’est à dire de faire ce que j'ai à faire » « comme dit dylan' de continuer à tenir bon... »
« Toute la tragédie humaine est là, l’ennemi n’a pas de forme. »
« Le rock est là aussi, dans le mouvement, c’est dans le mouvement qu’on se construit, Rimbaud et Kerouac l’avaient compris, et ce n’est pas faire honte à la musique française que de le lui rappeler. »
« Hitler est une force du mouvement, c’est sa seule qualité, il est taillé dans la grandeur claudélienne, mais ce qu’à fait Hitler, c’est humain »
Sans doute est-ce là une frayeur inavouée que face à l’idée de l’horreur, nous soyons incapables d’en produire l’image nécessaire.

 

Jérémy Bossone


Les figures que tu déploies de l’Odyssée aux rêves de la science, de l’échec au sublime du monde anonyme, semblent faire office de grotesques personnages déjà gravés dans l’effacement pudique de la parole, des clowns ou quelque « sentinelle fantasque », mais lucides comme panthères, oiseau blanc, zèbre et dragons, rescapé de la nuit, messager chargé de rêves et d’idées sans nombre, tu écoutes les fumées noires, et autour, passant, le monde, comme naufragé de voyage, loin du souvenir que tu transcris.
Tu dis : « Personne n’a rien à m’apprendre du voyage, je suis le voyage. » Tu contraries l’immobilité de l’âme, tu veux l’expérience de l’humeur, où la rougeur imprime la puissance du mouvement. Entre le désir et la violence, une identité.
Que veut la violence ? Pas de modestie, car la modestie, n’est ce pas, « étouffe la vérité des causes ». Pour reconnaître un monde, il faut savoir parler de sa loi, schizophrène instance, l’existence ne devient-elle pas le principe de cette cause ? Désir, lieu où commence l’expérience. Et de là, raconter, mieux que réciter, raconter, cela exige, agite la science du passé qui semblait déjà résolue. L’instance surtout ne doit pas être immuable.
Tu dis que le romantisme n’est pas à la mode, et si les faits te donnent raison, c’est que la mode, exercée à la plongée sous-marine, sait prolonger l’apnée qui lui fait tenir la place du « bon goût ». Mais la mode est carnivore, c’est toujours le goût de viande qu’elle recherche, alors pour quelques carcasses à réchauffer, elle laissera bien planer quelques soupçons qu’elles ne soient pas comestibles. Au fond personne ne reste véritablement dupe, mais la quiétude est souvent préférée aux douleurs de l’enfantement, tu les connais.
Choisir de ne pas se laisser tromper, choix mythologique tu dis, voilà longtemps qu’on n’avait fait choix pareil, chacun ne laissera pas cette continuité, si là, tu situes la révolution, elle est en marche avec les larmes et le sang, du moins le goût amer. C’est cette pensée qui entretient pour toi un autre fil, celui-là même emmêlé, ce n’est pas un monstre que tu crois trouver ici-même, c’est pourquoi tu prends le bout, mais négliges d’en rendre sa fonction, car l’air n’est pas au dehors, mais dans la force avec laquelle tu tiens le fil.

par Fabien Defendini