Le Casse tête de Daniel Benoin

PDFImprimerEnvoyer

benoinOù trouver 120.000 € pour la rentrée théâtrale 2010 ? Voila le lancinant casse tête de Daniel Benoin, directeur du Théâtre National de Nice. Ce Centre Dramatique qui a fêté ses 40 années d’existence est devenu le premier centre dramatique de France, par le nombre de ses créations et le nombre des spectateurs.

 

 

 

 

Pourtant, Nice, ville de 400.000 habitants ne reçoit que la vingtième subvention de l’Etat, après des villes comme Valence, (70.000 h.) dont le Centre National n'existe que depuis 15 ans ou même Béthune… Daniel Benoin explique que cette situation a pour origine, il y a une vingtaine d'année, la guerre entre l'ancien maire Jacques Médecin et le Ministre de la culture de l'époque Jack Lang. Elle a provoqué l'arrêt de la subvention de l’Etat qui fut compensée par la Ville et par le Conseil Général. Cette situation particulière à Nice, s’est légèrement débloquée lors de l'arrivée de Daniel Benoin en 2002, mais la baisse de 20% des subventions du Conseil Général depuis deux ans est catastrophique. Cette insuffisance structurelle des subventions d’Etat pour des raisons politico-culturelles historiques perdure. Daniel Benoin a fidélisé le public, proposé des créations, développé une politique d’abonnements, la troupe de comédiens a fait un grand travail de communication avec les écoles, lycées et université et l’activité du théâtre est devenue très importante, les salles sont pleines : 400 représentations par an, 145.000 spectateurs !
Mais le personnel partant à la retraite n’ayant pu être renouvelé, il n'y a plus que 33 personnes au lieu de 37 lors de son arrivée et il a été impossible de compenser la dévaluation monétaire.
« On est au taquet ».

 

Pourtant, il y a nécessité d’être un théâtre national de création et une scène nationale qui diffuse des spectacles, une obligation morale pour la cinquième ville de France. Le Directeur du théâtre de Nice se heurte aux mêmes difficultés que celles que rencontrent les chefs d’entreprises. Très calme mais intarissable sur les subventions qui ne servent qu’à compenser le prix du billet, ou sur chaque séance supplémentaire qui accentue un déficit…

 

tnn

Alors, où trouver l’argent ? Réduire le nombre des spectacles ? Licencier ? Augmenter le prix des places et ne plus être en phase avec le droit à la culture à tous ? Louer des salles aux entreprises le lundi ?
On touche ici au casse tête concret d’un directeur de théâtre, où les soucis pécuniaires emplissent l’esprit, prennent la tête et demandent beaucoup d’énergie. Feuilletant un petit carnet
« 9/10 de mes pense- bêtes n’ont rien à voir avec le côté artistique ! »

De conclure,
« Muriel Marland Militello, adjointe à la Culture, a été extrêmement pugnace vis-à-vis de l’Etat, face à la DRAC lors du comité de suivi. Maintenant il faut des résultats. Ce théâtre est l'objet d'un réel ostracisme depuis 20 ans alors que 90% du public du théâtre n’a pas connu Jacques Médecin. Pourquoi subirait-il une histoire qui date de vingt ans ? Tout cela montre qu’il faut requalifier la politique culturelle nationale et locale, définir des priorités. Je suis prêt à accepter que l’on me dise que le théâtre, ce n’est pas prioritaire (silence)… mais vivre dans des difficultés constantes cela va être très compliqué ».
Mars 2010 se termine, les créations de Vivre en Compagnie(s) au TNN aussi, le printemps sourit, la XXIVième Nuit des Molières se prépare, la culture-théâtre survivra-t-elle ?

Propos recueillis par Brigitte Chéry
, printemps 2010, au sortir du comité de suivi de l’ensemble des tutelles du Centre Dramatique de Nice.