L’esprit d’une collection : les donations… l’ADN Maeght confronté à un œil extérieur.

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Après la prestigieuse exposition de l’été, Jan Fabre : Ma nation : l’imagination à la Fondation Maeght, précédée de celle de Lee Bae, Plus de lumière, débute actuellement, la présentation de la collection Maeght, « l’esprit d’une collection : les donations ». Vaste sujet confié à Henri-François Debailleux, critique d’art, commissaire choisi pour cet évènement, très apprécié en mars dernier, alors même qu’il accompagnait l’artiste Lee Bae pour son exposition à la fondation.

Comment mettre en scène une telle collection, son côté unique par sa diversité en gardant l’esprit du lieu et les œuvres offertes par les artistes, les liens amicaux anciens de la famille Maeght, et poursuivre cette histoire d’amour avec les œuvres récentes, les donations, les choix de la Société des Amis de la Fondation Maeght, tout en rendant hommage aux collectionneurs…

Le fil rouge du parcours, tient en quelques mots « on ne peut se passer du passé ! » dit Henri-François Debailleux, ni de l’expérience d’Isabelle Maeght, ni des dons d’artistes aimés et des liens d’amitié. Le choix final a conduit à mixer les générations, avec la volonté de ne pas surcharger les salles. Les œuvres de quatre-vingts artistes sont à voir, avec une pensée particulière pour Edouardo Arroyo et Jacques Monory disparus récemment.

Depuis l’ouverture de leur Fondation, Marguerite et Aimé Maeght ont en effet alimenté la réserve de cette collection, fait don d’œuvres exceptionnelles, plus de mille œuvres de leurs amis artistes, de leur histoire d’amour avec les grands de l’époque : Pierre Bonnard, Braque, Chagall, Giacometti, Fernand Léger, Jean Miro…et cette collection s’est enrichie régulièrement par Adrien Maeght, fils et président du conseil d’administration, avec une série de peintures de Gérard Gasiorowski, qu’il affectionne, et des dons réguliers et répétés avec ses enfants.

Exposition

L’exposition commentée par Henri-François Debailleux, commence par un jeu entre le blanc et le noir avec les œuvres de Raoul Ubac, Lee Bea, Arman. Plus loin se répondent, par écho chromatique, Ida, de Gérard Gasiorowski, la sculpture bleue de Gina Pane, Structures affirmées, barrière impénétrable, et la très belle œuvre en perspective, de Jacques Monory, de la salle de figuration narrative, visible depuis l’entrée.

Moment de plaisir, car dans cette salle Miro, voisinent des œuvres de Fromanger, Stampfli, Jan Voss, Toute la ville en parle, (1982) d’Eduardo Arroyo, Carte du tendre (1963) d’Hervé Télémaque, de Valerio Adami, Sigmund Freud in viaggio verso Londra, (1935), The Spanish comicscape, d’Erro…

Au fil du parcours, le regard du visiteur est attiré ici, à l’extérieur, par une sculpture de Miro, là il découvre un cabinet de dessins de Matisse, Folon, Fernand Léger, Ernest Pignon-Ernest…

Exposition

Puis une œuvre de tendresse, ajoute Isabelle Maeght, en montrant un échiquier Max Ernst, offert par Catherine Prévert, à côté de petits bronzes de Calder, et d’un Makemono de Joan Miro.

En Hommage à La Fondation, les artistes ont depuis l’origine participé à la diversité de la collection, ils continuent de laisser des travaux qui marquent leur passage, choisis en accord avec le conseil d’administration.

Ces dix dernières années, le fonds d’œuvres de la Fondation s’est considérablement enrichi : Pier Paolo Calzolari, Jacques Monory, Gérard Fromanger, Djamel Tatah, Marco Del Re, Garouste, Wolfgang Gafgen, Louis Cane, Anne Tréal-Bresson, Eduardo Arroyo, Ra’anan Lévy, Lee Bea, ont généreusement participé, ils font partie des artistes de l’exposition.

Leurs œuvres sont à retrouver parmi leurs anciens : Underwood (2014) de Marco Del Re, Issu du feu, (2000) de Lee Bae, Toile au sang, d’Anne Tréal- Bresson, Le Dipri de Gaumont de Gérard Fromanger, d’autres à découvrir tandis que guette, le Chien à Kreutzberg (1976) offert par Eduardo Arroyo lui-même, placé dans la montée d’escalier amenant à la grande salle finale.

Exposition

Le lien fort entre la Fondation Maeght et les artistes se poursuit, la création contemporaine de la collection s’affirme dans cette salle Giacometti, on appréciera de très belles œuvres, de Djamel Tatah (1992), Sylvie Fajfrowska, (2003), de Ronan Barrot, le 17 octobre 1961 à Paris, Daniel Clarke, Things remenbered, Things forgotten ou une œuvre de la Série Poils à gratter (2009) de Vincent Corpet, dons récents d’un généreux collectionneur éclairé.

Exposition

Dans cette même salle, en apothéose, la magnifique huile sur toile sans titre (2006) de Jorg Immendorff, souscription des amis de la Fondation Maeght, termine l’exposition avec Under the gun de Philippe Perrin.

Poursuivre la visite par la salle appelée de la Mairie et dans le célèbre jardin de sculptures aux arbres centenaires. Revoir la peinture de Marc Chagall, La vie, qu’entourent, amis d’antan, les peintres et sculpteurs du début de la Fondation Maeght qui continuent de faire son attrait.

C’est une exposition limpide, au parcours harmonieux à voir tranquillement, pas à pas, jusqu’au mois de juin ou pendant les fêtes de fin d’année. L’histoire d’un lieu et d’une collection d’art moderne pigmentée de création contemporaine où les œuvres clignotent les unes avec les autres et racontent une histoire d’amour, celle de la famille Maeght, avec les artistes, les collectionneurs et donateurs généreux et passionnés d’hier et d’aujourd’hui.


Brigitte Chéry : Nice le 5 décembre 2018

Photo copyright : Béatrice Heyligers


Fondation Marguerite et Aimé Maeght

623, chemin des Gardettes 06570 Saint-Paul de Vence

Tel 33(0)4 93 32 81 63 : 1ier décembre 2018 au 16 juin 2019

Ouverture tous les jours / Fermeture à 16 heures le 24 et 31 décembre