Blanche Neige, éblouissant ballet de Preljocaj au Théâtre National de Nice

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Retrouver notre enfance et nous plonger avec délice dans un conte avec d’autres critères esthétiques que ceux de Walt Disney c’est ce que propose Angelin Preljocaj dans sa chorégraphie Blanche Neige qui fait le tour du monde.

 

blanche NeigeIl y intègre ses recherches chorégraphiques et, à sa manière, feuillette ce conte initiatique qui reste assez proche du texte. Il s’agit d’évocations d’événements plus que de sentiments exprimés. Il fait travailler notre imaginaire.

A Nice pour la première fois Virginie Caussin interprète Blanche Neige en alternance avec Nagisa Shirai créatrice du rôle. Ce changement est assez émouvant, le spectacle prend un ton plus classique par le physique de la danseuse, perd en exotisme, mais garde sa magie.
La troupe au grand complet est sur scène, 26 danseurs, costumes Jean Paul Gaultier. Les décors de Thierry Leproust sont splendides, muraille gris miroir de grande classe, transparences de forêts, puis mur troglodyte d’où sortiront les nains, en fait des mineurs, fond épis de blés d’or en final.

 


blanche neigeGaëlle Chappaz dans le rôle de la mère de Blanche Neige ouvre le spectacle, on se souviendra de son accouchement sur scène, elle réapparaîtra en fin de spectacle pour protéger sa fille. Avec une alternance de ballets, rythmés par la musique romantique de Mahler, divertissements de cour un peu classiques, puis plus sensuels, les éléments repères apparaissent. Le cerf dans la forêt puis miroir mon beau miroir… avec la belle idée des chats-gargouilles rampants qui plongent dans les méandres peu avouables de l’inconscient de la reine. Emma Gustafsson dans le rôle de cette marâtre, femme d’expérience en costume sanglé et cape vengeresse est éblouissante de détermination et d’érotisme. Sa forte présence captive, c’est bien sur elle que repose le drame. Sa férocité pour faire absorber un quartier de pomme empoisonné à Blanche Neige est impressionnante, la poursuite et le pas de deux à reculons est de toute beauté.

 

blanche neigeMais les nains ? Direz vous. Ici ce sont sept mineurs de fond bondissants et inoffensifs, à la découverte de la femme. Ils jaillissent des alvéoles du décor et réalisent un ballet mural très esthétique. Le spectacle baigne dans une belle ambiance de sensualité, les costumes n’y sont pas étrangers principalement celui de Blanche Neige même s’il est surprenant. Fabrizio Clemente, en juste au corps à bretelles jaunes n’est pas très séduisant, mais qu’importe il a d’autres atouts, il sait secouer la belle, véritable poupée de son, s’épuise, renonce, redémarre… les corps glissent, se chevauchent, se retrouvent, le pas de deux qui suit le réveil est superbe et très romantique.
A la cour le jeune couple arrive, costumes de mariés princiers traditionnels, devant eux la marâtre dépouillées de ses attributs de reine, chaussée de chaussons de feu, dansera jusqu’à ce que mort s’en suive. Cruel et splendide final de Emma Gustafsson avant le ballet de clôture. Angelin Preljocaj donne à ce conte une force sexuelle qui sous tend l’énergie des danseurs et alimente la magie du conte. A ne pas manquer.

par Brigitte Chéry

TNN mardi 23 à Vendredi 26 février 2010 Tel 04 93 13 90 90