Money toujours money mais sous des formes différentes…

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Après le Roman d’un Trader et A.D.A, L’argent des autres, le Théâtre de Nice, annonce la première le 20 janvier d’un spectacle tout à fait différent Le Collectionneur. On passe de la monnaie d’échange à l’objet de fascination…

 

 

 collectionneurDaniel Benoin, avec Le collectionneur quel genre de metteur en scène êtes vous ?
C’est un cas un peu particulier, Christine et Olivier Orban, des amis très proches ont décidé de créer une pièce d’après un roman de Christine, je l’ai lue, j’ai fait quelques remarques, après différentes lectures j’ai décidé de la produire, et puis finalement d’en faire la mise en scène. Lorsque l’on s’investit dans une pièce, c’est comme dans une traduction, on en devient très proche. A cette période j’étais dans la création de Faces et le Nouveau Testament, je voyais bien aussi François Marthouret dans le rôle du Collectionneur. Actuellement les répétitions le prouvent, il est vraiment idéal pour ce rôle.


Et puis il y a un fil conducteur avec les deux spectacles du début de la saison, Le Roman d’un trader et l’Argent des autres
Oui, le père d’Arpad dans la pièce est un banquier, mais très vite il explique que son rapport à l’argent n’est pas le même entre son père et lui ; pour lui c’est la beauté des pièces et pour son père, la quantité et la somme que représente l’argent. Il y a une rupture forte entre l’argent comme monnaie d’échange du Trader et de A.D.A et l’argent objet de fascination dans Le Collectionneur. Arpad est fasciné par ses pièces, « je leur appartiens plus qu’elles ne m’appartiennent »Le collectionneur réduit le monde à sa collection. Plus la collection est importante plus cette réduction est forte.

Que va-t-il se passer ?
Il va disjoncter parce qu’il croit qu’on lui a volé une pièce fondamentale, fleuron de la collection, refuser ses amis, sa famille, dans le fond s’enfermer dans la folie.

C’est un drame ? Une analyse psychologique ?
C’est un drame humain. Ce qui m’intéressait, c’est ce rapport à l’objet très fréquent dans le monde actuel. Je pense au livre Crash de Ballard où l’on voit un homme avoir des relations parfaitement humaines avec ses voitures et des relations totalement mécaniques avec sa femme. Ce rapport à l’objet, fréquent chez les collectionneurs m’intéresse car il marque une déviation profonde de l’être humain et de l’amour qu’il entretient avec les objets et les hommes.

Une sorte de fétichisme ?
Jung et Freud en parlaient. C’est une manière de s’échapper du monde, de réduire le monde à sa propre collection. C’est l’année 1936 au moment du Front Populaire, Arpad vit complètement à l’extérieur de ce qui est en train de se passer.

Le collectionneurY a-t-il un autre personnage au caractère fort dans la pièce ?
Oui sa femme Olivia qui a accepté de quitter le monde pour le suivre et qui visiblement se sent trop exclue pour continuer dans cette voie là. Le rôle est interprété par Nathalie Roussel. Lorsque l’incident de la disparition arrive cela va exacerber cette opposition dans le couple car c’est elle qui a souhaité que son mari montre cette pièce pour revenir dans le monde. Ce monde va se retourner contre lui.

 

La pièce est à la fois une monnaie et un objet
Ces monnaies, objets d’art, objets de mémoire ou tout simplement rares ont aussi une valeur marchande. La pièce en question, cette dernière pièce en or à l’effigie de Cléopâtre, frappée pour son trentième anniversaire, est un objet d’une très grande valeur. L’échange existe.

Quel ton donnez vous à la mise en scène?
Je fais une création non naturaliste. J’ai pris la pièce par la fin, c’est un parti pris, il me semble qu’il y a une sorte de recréation de toute cette histoire par la mémoire, au sens proustien, par le personnage principal présent tout le long de la pièce. C’est par le prisme de ce personnage que passe toute cette histoire ; je suis dans une sorte de recréation du réel par la mémoire avec beaucoup de choses appartenant à l’univers mental de ce personnage. J’ai fait des créations il y a une quinzaine d’années centrées sur la mémoire. Il me semblait que le théâtre existait mieux si on montrait en parallèle l’univers réel et l’univers mental. L’exploration de cette idée est revenue sans doute parce que je dispose de moyens et d’éléments nouveaux, mais aussi en travaillant autrement.

Avec des vidéos ?

Il y a quinze ans j’étais contre les vidéos. C’était une projection d’images pas en rapport réel avec la force du théâtre. Aujourd’hui on peut faire des choses très différentes. Là je les utilise.

Les costumes sont ils d’époque ?

Oui, et tout est bleu, les costumes sont bleus, le décor est bleu. La couleur de la mémoire, pourquoi ? On pourrait trouver encore une fois des explications chez Freud, sans doute marquées par la notion de rêve. Moi qui utilise beaucoup… du noir, du gris, du beige dans mes spectacles… là tout est bleu et c’est la première fois…

Propos recueillis par Brigitte Chéry

Le collectionneur
20 janvier /2février
TNN Promenade des Arts 06300 NICE Tél. 00 33 (0)4 93 13 79 60