Voyage extraordinaire de l’Opéra de Nice

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à Reims Dimanche, 29 Novembre

Prenez une superbe distribution comprenant 17 voix, choisies au peigne fin, un chef d’orchestre jeune et enthousiaste, un metteur en scène génial et un directeur de décors et costumes super doué. Mélangez bien, faites revenir dans une salle baroque à l’acoustique splendide.

Vous obtenez au bout de trois heures, un opéra merveilleux, un grand événement musical. Entrons maintenant dans les détails : Le Voyage à Reims, créé le 19 Juin 1825 au Théâtre Italien à Paris, a été composé par Gioacchino Rossini, à l'occasion des célébrations du sacre de Charles X. Rossini avait alors 33 ans ; émigrant italien, grand maestro consacré par Paris, capitale de l’Europe, qui l'avait doré de toutes ses plumes. Sa carrière extraordinaire, jalonnée de grands succès était déjà bien avancée : Signor Bruschino, Barbiere di Seviglia, Semiramide...

Le Voyage à Reims a connu, en 200 ans de carrière, un parcours sinueux. Composé dans la villa de Passy, près de Paris, demeure de Rossini pendant 40 ans, cet opéra est rempli de trouvailles et de nouveautés musicales qui en font encore aujourd’hui, une des œuvres les plus populaires.

L’argument : un groupe international d’aristocrates se prépare pour un voyage à Reims.
L’occasion ? Le sacre de Charles X qui sera couronné roi de France bientôt.
Le lieu de rencontre : le fameux hôtel de Lysse tenu par la non mois fameuse Madame Cortese, ancienne matrone parisienne.
Les invités arrivent des quatre coins du monde, accompagnés de valises remplies de costumes et de tenues pour la grande soirée.
Malheur ! Perte du bagage et des costumes de Madame Cortese. Trois histoires d’amour fleurissent entre les beaux protagonistes aristocrates. De merveilleux duos accompagnent ces intrigues amoureuses.
Bonheur ! Madame Cortese retrouve son chapeau qui fera le voyage avec elle à Reims. Nouveau malheur ; les écuries sont vides, toutes les calèches sont déjà parties avec les autres invités à la fête royale.

Le groupe se résigne à prendre le plaisir où il peut. S'en suivent une fête dans le spa et dans la salle de gymnastique du grand hôtel de Lysse. Un argument riche en joyaux musicaux : Sextets, octets, canons à dix, parfois même à capella.

Les solistes et le chœur font merveille, sous les yeux attentifs de Veses, jeune chef d’orchestre espagnol. Il est rarissime qu’un opéra fasse résonner dix-sept voix de solistes. Mais comptez bien, sur le programme si vous n'y arrivez pas sur scène. Vous verrez bien !

Les protagonistes : Yun Jung Choi est Madame Cortese ; une voix puissante au timbre singulier. Après quelques faux départs dans les premières scènes, elle est revenue courageusement en pleine forme. Ses arias et ses duos firent le bonheur du public. Une grande voix que nous voudrions bien réécouter.

Pour le rôle de la Comtesse de Follville, la Russie nous gâte avec Elena Gorshunova –une splendide soprano sociétaire de la troupe de Mariinsk. C’est une voix de belle couleur, parfaitement placée, parfaitement sûre, naviguant avec beaucoup d'aisance du haut en bas des trilles Rossiniennes.

Suivent en ordre d’excellence, sinon d’importance : Chul-Jun-Kim, un très solide Docteur Don Prudenzio, résonnant avec humeur et brio. Les Barytons basses sont rares et Monsieur Kim a une carrière assuré.

Dans le rôle de Corinna, Gabrielle Philiponnet, jeune chanteuse, occupe la scène pendant de longs moments. Peut-être parce que le maître avait composé ce rôle pour Giuditta Pasta, la favorita du moment qui chantait Corinna lors de la première mondiale. Belle couleur, prestance de charme, un beau sourire, G. Philiponnet a bien tenu la scène à l’exception de quelques rares failles vers la fin de sa performance.

Parmi les autres voix masculines, on ne manquera pas de mentionner Alexey Kudrya, en Comte de Libenskof. Un ténor lyrique, léger, superbe, comme si les vocalises de Rossini étaient des chants de berger ou de Pater Noster.

Nicola Berloffa : et bien voilà un régisseur extraordinaire. Prendre une histoire si compliquée, ranger tous les sous-textes avec une belle simplicité, en faire une synthèse éclatante, tout cela à l’aide d’un modeste étroit tapis roulant.

Voilà du génie ! Comparez ceci aux productions gigantesques de Salzbourg ou Milan avec des centaines de figurants, des montages extravagants et des budgets qui feraient honte s'ils étaient publiés.

Les costumes de Guia Buzzi sont une merveille de justesse esthétique, d'innovation ; une grande coloriste, en pleine harmonie avec la dynamique du scénario, qu’elle a aidé transposer au début du vingtième siècle (dans les années 30).
Monsieur le Chef de gare, combien le billet en première classe de Nice à Reims ? On veut y aller.


par Peter Hermes