Matisse et Picasso, rencontre-miroir au musée Matisse à Nice.

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Matisse et Picasso, la comédie du modèle, une rencontre à ne pas manquer cet été au Musée Matisse, sous-titrée « La comédie du modèle » par Claudine Grammont, directrice du Musée Matisse, selon l’expression utilisée par Aragon après une visite à Matisse dans son atelier*. Cette exposition pimentée par ce propos permet de confronter l'attitude de ces deux maitres par rapport au modèle, elle donne l’occasion de voir pour la première fois à Nice, de nombreuses œuvres de Picasso face à la création de Matisse, à quelques pas du Regina où Picasso visita souvent son aîné.

L’exposition ouvre avec une sélection d’une cinquantaine de photographies de ces deux géants de l’art du début du XXème saisis l’un et l’autre dans leur environnement à la Californie à Cannes, à l'hôtel Regina à Nice. Souvent réalisées avec une mise en scène, ces photos préparent à l’exposition, on peut voir les artistes dans le décor de l’atelier, relever la présence d’œuvres échangées entre les deux artistes dont le portrait de la fille de Matisse, « Marguerite » réalisé en 1907, acquis par Picasso, tableau présenté dans l’exposition.

 

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L’artiste, le modèle, la pose...

Ces deux artistes qui se sont influencés consciemment ou non, parfois avec des années d’intervalle, furent rivaux, on le sait, ils ont aussi tous deux tourné le dos à l’abstraction, mais leur approche du modèle est opposée, leur univers créatif différent, et pourtant ils se sont l’un et l’autre influencés et stimulés.


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Pour Matisse la séance de pose, se passe au plus proche du modèle dont il ne peut se passer, foyer de mon énergie, confie- t-il à Aragon, conduisant à une vraie communication, ce ne sont pas des figurantes… Pour Picasso c’est l’opposé, après 86 séances de poses de Gertrude Stein, il renonce, crée de mémoire le lendemain son portrait, et peindra ensuite ses muses, en puisant dans son imaginaire. Mais le propos de l’exposition n’est pas tant le modèle lui-même que la relation de l’artiste à son modèle, dans l’intimité ou dans le souvenir fantasmé, visible au cours de l'exposition de photographies comme dans le choix des oeuvres.

Le modèle, c’est parfois aussi l’artiste seul, comme l’autoportrait de Matisse 1918, à l’entrée de l’exposition où Matisse se peint lui-même en train de peindre, Pablo Picasso se peint aussi lui-même dans Peintre à la palette et au chevalet 1928.Il y a toutefois peu d’autoportraits

C’est plutôt la tentation pour l’artiste d’apparaître dans l’œuvre avec son modèle comme l’artiste et le modèle nu de Matisse huile sur toile 1921, ou rêvé et imaginé pour Picasso dans un ensemble de dessins de 1970, où il se peint lui-même face à un modèle imaginaire ensemble de 8 dessins (le peintre et son modèle) manière dérisoire alors qu’il n’utilise pas la pose du modèle.

 

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Claudine Grammont, nous invite à suivre la représentation corporelle de chacun des artistes, avec des tableaux placés face à face, où l’attitude, la position du corps, se ressemblent, « le rêve » de Matisse ou « dormeuse aux persiennes » de Picasso, invitation aussi à voir des ambiances végétales avec des palmiers, les volets verts du sud, des silhouettes qui, placés en vis-à-vis soulève parfois une légère hésitation sur l'auteur.

 

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Plus de 150 peintures et sculptures à découvrir, ne pas manquer la « jeune femme en blanc, fond rouge » Modèle allongé, robe blanche de Matisse, La femme assise dans un fauteuil (Françoise Gilot) 1947 Picasso, les sculptures Deux Négresses, de Matisse, la série de Femme au fauteuil, Buste (étude pour les demoiselles d’Avignon)1907… C’est de ces influences, de cette émulation réciproque dont il est question tout au long de l’exposition qui se confirme en avançant dans le parcours de la visite, où apparaissent d’autres sujets d’inspiration, des thèmes communs : faune, odalisque, nymphe, centaure.

 

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Cette exposition de l’été considérée comme exemplaire et d’intérêt national par Françoise Nyssen, ministre de la culture, reçoit actuellement un très bel accueil du public, allant de l’étudiant- découvreur, carnet de croquis en mains, au connaisseur, tous captivés tant par ce compagnonnage artistique que par la présentation de leurs rivalités et le dialogue entre leurs œuvres.

Une belle exposition à voir tranquillement dont on ressentira l'influence méditerranéenne, par ces chaudes journées d’été, dans les murs du Musée Matisse.

* terme emprunté à Louis Aragon sur la séance de pose, *Matisse en France 1942

Exposition Musée Matisse T : 0493810808 23 juin /29 septembre 2018


BRIGITTE CHERY le 21 août 2018

PHOTO COPYRIGHT BEATRICE HEYLIGERS