Concerto de “I Solisti di Perugia”

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(les solistes de Perugia)
Dimanche 15 novembre, Palazzo Leti Sansi Spoleto, Italie

 

Spoleto est nichée dans une vallée verte luxuriante, entourée de montagnes. Tout y est dramatique : le site, les vieux châteaux, la ville moderne avec ses cafés, ses restaurants, son Teatro Communale récemment restauré, le Caio Melisso, Théâtre de tradition baroque à l'acoustique resplendissante.



Spoleto devrait être mieux connue des français. Berceau du festival des deux mondes créé par Gian Carlo Menoti il y a bien 60 ans, Spoleto a vécu une histoire orageuse après la démission de celui-ci. Depuis toujours lieu sacré pour la musique, son positionnement « music only » a connu des intempéries depuis que le fils adopté de Menoti a mélangé les cartes et a essayé de faire un peu tout et n’importe quoi. Il était aussi fâché avec les comptes. Quand on lui demanda où avaient disparu des centaines de milliers d'euros il rétorqua « je ne suis pas comptable moi ».

Or, un directeur de festival doit aussi savoir compter. C'est ce que lui ont dit les membres de l’orchestre local il y a deux ans lorsqu'ils ont refusé de monter sur scène avant d’être payé, devant une salle pleine. Le maire intervint : « On vous payera sans faute ! ». « Merci, mais non, nous devons être payés maintenant ! » « Mais c’est samedi ! » « Allez chercher le directeur de la banque ! » Ce qui fut fait et l’argent apporté comptant. Le concert fut splendide, musiciens et public heureux.

Nous sommes dans le Palazzo « Leti Sansi », qui fait aussi l'objet de projets de restauration… Quelle crise ? Il s’agit d’une petite salle avec des fresques découvertes ou restaurées. Nous sommes bien entouré par des anges en bleu, des saintes vêtues soigneusement. Tout cela passerait bien mal à la télévision italienne actuelle, envahie par de grandes blondes slaves, vêtues en mini bikini.

Seulement 30 chaises pour tout le public ? Les intendants répondent à l’appel. Ils apportent des chaises par trois, par quatre... bientôt il y a 150 chaises dans la salle, le premier rang devra partager avec l’orchestre.

C’est une soirée Vivaldi que va nous présenter l'excellent orchestre de chambre « I Solisti di Perugia ». Changement de programme à la dernière minute. La cymbaliste est tombée malade… Pas de panique. On change de programme et de soliste. Après tout, l’orchestre s’appelle « I Solisti di Perugia »…(au pluriel) Concerto pour quatre violons, concerto pour deux violons et deux violoncelles… En tout, six concertos ! De quoi rendre heureux tous les passionnés de Vivaldi, le fils prodigieux de Venise qui avait écrit des centaines d’œuvres, beaucoup n’ayant pas encore quitté la poussière des bibliothèques savantes. Les solistes sont en grande forme ce soir, la salle est pleine, réchauffée d’humanité, le violon alto de Lucca Ranieri, le violoncelle de Cecilia Berioli qui joue un Vivaldi romantique. « Mais Vivaldi est romantique » m’explique elle après le concert. Et Paolo Franceschini, grand maître de ce concert, qui joue sur son violon Viaume, spectaculaire et récemment acquis. La musique de Vivaldi n’a jamais été si bien servie !

Et pour finir en beauté, après le concert, l’école hôtelière G. de Carolis nous régale de grandes délicatesses. Très élégamment servi par des jeunes qui se tiennent une main dans le dos ce sont : ricotta enveloppée de prosciutto, tranches de carpaccio accompagnées de concombre, l’excellent fromage local pecorino, vin blanc grand cru Montefalco. Vous avez dit crise ???


par Peter Hermes