La Gioconda Teatro Valli, Reggio Emilia, 8 Aprile 2018

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P : « Est ce que je peux avoir un ticket pour Emilia Romagna? »

Caissier : « Emilia Romagna ? Quelle ville? »

P: « La ville d’Emilia Romagna »

Caissier : « Monsieur, Emilia Romagna n’est pas une ville! C’est une région !! »

P: « Wow! Vraiment? »

Brièvement, j’ai été repris

Caissier : « Milan ? Bologne? Reggio Emilia? »

P : « Ok! Reggio Emilia. Désolé »

J’avais demandé 2 invitations pour « La Gioconda », dimanche à 9h. Le Teatro Valli à Reggio Emilia était très proche de mon hôtel et je me suis décidé à y aller après que le jour soit tombé.

Peut être que mes invitations étaient à la billetterie. Il y a avait une certaine foule à fur et à mesure que je m’approchais du théâtre. Peut être qu’il s’agissait d’un autre spectacle pour faire passer le « temps mort » dans cette saison de « crise » présente en Italie depuis un temps incertain.

A l’entrée du theatre, je fut arrêté : « Dove? »

J’ai répondu : « J’aimerais récupérer mes invitations à la billetterie pour « La Gioconda » ce soir.

Le caissier me dit : « Ce soir ? L’opéra a commencé il y a une heure Signore ».

« Je suis etc etc, s’il vous plait appelé le manager ». Elle me répond « Oh, mi dispiace, mi dispiace, il n’y a pas de place dans le parterre pour les journalistes ». Nous allons vous emmener au loggione, c’est le dernier balcon qui est généralement rempli d’étudiants pensionnaires ou d’amoureux d’opéra. Ce sont eux qui créent du mauvais et du bon désordre.

La Gioconda a commencée à La Scala en 1876 avec un script d’Arigo Boito et d’après le drame de Victor Hugo « Angelo, tyran de Padoue » (1835). Ponchielli avait 42 ans et le début fut un triomphe.

Les compositeurs italien avaient un faible pour le génie français (Rigoletto de Verdi est basé sur la pièce « Le Roi s’amuse » de Victor Hugo, « Le barbier de Séville » de Rossini sur une histoire de Beaumarchais).

Plus tôt dans sa carrière, Ponchielli s’était vu refusé la chaire de musique au conservatoire de Milan.

Il était en bonne compagnie… quelques années auparavant, le conservatoire avait refusé l’admission à un jeune candidat venant de la petite ville périphérique de Roncoli, aussi de Emilia Romagna. Son était Giuseppe.. Giuseppe Verdi.

L’histoire :

Palais Ducal, Venice, XVIIème siècle

Gioconda, une chanteuse célèbre, accompagnée de sa mère aveugle vient de refuser les avances de Barnaba, un espion au service du gouvernement. Elle cherche Enzo, son amant déguisé banni de Venise.

Rejeté, Barnaba accuse la mère de Gioconda de sorcellerie, et c’est seulement l’intervention de Laura, la femme du puissant Inquisiteur Badoero qui la sauve. En remerciement, la mère lui offre un chapelet.

Barnaba organise une rencontre entre Laura et Enzo, les deux anciens amants, mais fait part de cette rencontre à Badoero.

• II acte

Laura et Enzo planifient leur fuite. Seule, Laura est agressée par la Gioconda qui voulait l’assassiner mais elle reconnait le chapelet que sa mère lui a offert. Elle décide de la sauver et de l’aider dans sa fuite avec Enzo.

• III acte

Badoero ordonne à Laura de boire un poisson afin de la punir de sa trahison mais la Gioconda échange le poison avec un puissant anesthésique.

• IV acte

Durant un grand festin palatial, Badoero montre aux invités le corps de Laura, justement punie pour sa trahison. Enzo est présent, extrêmement peiné il révèle son identité et est arrêté.

Pour faire libérer Enzo, Gioconda se promet à Barnaba.

• V acte

Gioconda, réfugiée dans un palais, se réveille de l’anesthésique. Elle pense au suicide à cause de la perte d’Enzo et du manque de nouvelles de sa mère.

Retrouvée par Enzo, Laura lui révèle la générosité de Gioconda. Avant de s’enfuir, les deux amants bénissent Gioconda.

Barnaba arrive pour récupérer son dû de chaire mais Gioconda tombe sur son poignard,

heureusement avant d’entendre que Barnaba a noyé sa mère.

Une fin heureuse.

Le casting

Il est assez surprenant qu’avec un tel merveilleux casting nous avons seulement les noms des protagonistes sans leur biographies.

Nous aurions surement pu être épargnés des histoires intéressantes sur Boito, Victor Hugo et Venise et avoir quelques notes sur les vivants parmi nous.

Saida Hernandez est une superbe Gioconda espagnole, superbes coloris à son lyrique soprano, superbe fraseggio, superbe haut registre, superbe pianissimi.

Très touchante, dangereusement priant sur sa rivale Laura puis mourant gracieusement mais une fois mais deux.

Enzo (Francesco Merli), son amant perdu est un ténor accompli, chantant avec un pianissimo délicat.

Malgré une carrière très riche, « mezzo » Anna Maria Chiuri (Laura) n’était pas toujours aussi excellente que dans ses précédentes représentations.

Le Badoero de Giacomo Presta, puissant basso il est un inquisiteur idéal, dangereux, important et menaçant.

Les autres participants et le choeur ont été excellents.

Pour le grand orchestre; j’ai compté aux moins soixante instrumentistes, tous remarquables avec une mention spéciale aux violoncellistes pour leur solo pendant le ballet intermezzo.

Mastro Galtieri connait la Gioconda par coeur, il chante avec le choeur et les solistes, leur donne le signal, maintien leurs longues notes et tient généreusement l’orchestre jusqu’à ce que les applaudissements se finissent.

Le théâtre Valli, construit en 1857 compte 1150 sièges et est bien (ou mal) gardé secret en terme de taille, beauté, acoustique, décoration. Il ne manque de rien comparé à ses fameuses soeurs de Bologne et de Parme (les deux autres grands opéras dans la région d’Emilia Romagna).

Le plateau et les cinq balcons richement décorés étaient pleins. Des loges proches du magnifique plafond peint et du chandelier j’ai été amené à l’entracte dans une loge du premier étage proche du chef d’orchestre Gualtieri, du Buca et de l’orchestre avec ses soixante membres - un plaisir.

Et quelque chose de spécial à noter; Pavarotti a chanté Rodolfo de la Bohème au Teatro Valli le 24 avril 1965 et personne ne l’a jamais oublié.

Un mot à propos de l’inventive scène entourée d’eau, heureusement peu profonde puisque les chanteurs devaient se dandiner à travers.

Heureusement c’est déjà le printemps - comment y arrive -t- on dans l’hiver rude, voilà une grande question non résolue pour le théâtre de Reggio Emillia .. qui a cependant merveilleusement bien répondu à d’autres.

Maintenant vous devez aller par vous même dans la région Emilia Romagna et au splendide

Teatro Valli.

De plus, vous vous régalerez d’un plat épicurien dans un des restaurants des environs.

Peter Hermes