Soirée cadeau pour les amoureux de l’opéra

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Première de Manon Lescaut à l'Opera de Nice le 25 Septembre 2009

L'Opéra de Nice, comble ce soir là, frémissait d'amateurs, fan's de Puccini depuis 120 ans. Érigé au XIX°siècle, il a réouvert ses portes, remaquillé en pastel crème, dans les année 2000. Splendidement situé en bordure du vieux Nice, face à la méditerranée, c’est un imposant palais dont l’architecte Charles Garnier fut aussi celui de l’opéra de Paris. Avec un parterre de trois cent places et trois balcons loges, il compte parmi les belles salles de spectacle Français.



Créé au Teatro Regio de Turin il y a 116 ans, Manon Lescaut est un opéra de jeunesse de Puccini (son troisième) et son premier succès ; succès délirant, avec 30 rappels, qui a gardé a travers les années son charme et ses amateurs.

Nous sommes a Amiens, à la fin du XIX° siècle, au milieu d'une foule d’étudiants qui célèbre le printemps. Manon Lescaut, belle parisienne aux mœurs légères, y rencontre le Chevalier Des Grieux, grand cœur et maigre bourse. C'est un coup de foudre qui les emporte pendant les quatre actes...

Condamnée a l’exil en Louisiane pour prostitution, par les manipulations de Geronte, riche bourgeois amoureux de Manon, son frère Lescaut tente de sauver sœur et amant en les entrainant sur les rives désolées d'Amérique où ils trouveront une fin tragique. Écrit et publié en 1731 par l'abbé Prévost, L’histoire du Chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut, éternel roman passionnant, comblé de vice, des mœurs et de remords. De la passion brulante et repentie de Saint Augustin épicée a la Française, transplantée d’Assise dans les Bouches de Rhône...

Après cinq librettiste, c'est en fin de compte Puccini qui met lui même la main à la pâte et a qui l'on doit la version finale du livret. Lescaut est un rôle de rêve pour tout ténor lyrique et Warren Mok, chinois d’origine, européen par adoption y fait merveille.

D’une voix soutenue et gardant la ligne, il ne fléchit pas pendant quatre actes. Étonnant de constater que le bel canto ne connaît ni géographie ni frontières... Attention ! Vous verrez ou entendrez Warren Mok a Shanghai, Beijing, Macao, Naples, ou en Norvège, en tant que régisseur, metteur en scène, chanteur... De quoi remplir plusieurs vies.

Que dire assez de Amarilli Nizza (Nice), une voix exquise veloutée aux sonorité délicates et raffinées. Superbe dans le haut registre, elle parait jouir des cimiez des arias qu’elle tosse comme si de rien n’était.
La mise en scène de Paul Emil Fourny est intéressante et réussie.… La foule d’étudiants, les courtisans, le peuple, tour a tour joyeux et fulminants ; la poignante scène des bijoux donnés et repris ; l'accablant départ pour l'exil en Amérique ; tout cela est réalisé de mains de maitre. Après cette scène, nul désir de partir pour la terre de la liberté... (bateaux ou avion).

Le bal masqué au pas de robots, les croques morts, autant de moments forts, soulignés en plus par les costumes de Giovanna Florentini.
Pas de grande productions d’opéra sans chef et sans orchestre ! Veronesi, le chef d’orchestre, fait un travail de fond et tire de belles sonorités. Peut-être ce drame est-il survolté, avec trop peu de moments de recueillement, surtout l'accompagnement de Mok, qui s'est trouvé parfois surplombé.
Un mot pour l’excellent chœur de l'opéra de Nice, on y entend de belles voix qui n'aspirent qu'à éclore.

Alors, fallait-t-il venir de loin pour voir et écouter cette production de l'opéra de Nice ? La réponse est un « oui » sonore. L'occasion s'est d'ailleurs représenté les 27 et 29 septembre et le 1 octobre.


par Peter Hermes