BALLETS DE MONTE-CARLO VIOLIN CONCERTO et ABSTRACT/LIFE

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Sur une musique d’Igor Stravinsky, George Balanchine a chorégraphié Violin Concerto en 1972, pour rendre hommage au compositeur qui venait de disparaître. En avril, les Ballets de Monte-Carlo l’ont repris afin de le joindre à la pièce maîtresse du spectacle, Abstract/Life, nouvelle création de Jean-Christophe Maillot.

 

 

Spectacle

Dans Violin Concerto, on admire particulièrement de jolis duos avec de mouvements de mains admirables, tandis que s’enlacent les bras et les jambes des danseurs. Ceux-ci font flamboyer le vocabulaire de la danse classique avec cette rigueur passionnée qui a fait le grand style de Balanchine. Cette perfection des gestes ne pouvait que ravir le public.

Spectacle

Au lever de rideau d’Abstract/Life, nous sommes d’abord plongés dans un noir profond, et cette ambiance sombre enveloppe le spectacle jusqu’au bout. Nous écrivons spectacle et non pas chorégraphie ou danse, car la scène révèle un univers fantasmé d’une indéniable beauté. La partition musicale contemporaine, créée par Bruno Mantovani à la demande de Jean-Christophe Maillot dans l’intention d’un nouveau ballet, est particulièrement conceptuelle et complexe. Souvent lancinante et répétitive, parfois envoûtante, parfois grinçante, elle a inspiré le chorégraphe à imaginer un monde de personnages dont on ne sait si ce sont des singes ou des hommes des cavernes aux attitudes simiesques. Des farfadets peut-être, avec des gestes souvent disgracieux...

Une douzaine de silhouettes entrent au compte-goutte donnant l’impression d’une foule. Ce long continuum de corps dansants, poussés par les pulsations musicales déploie une marche hypnotique. Dans le décor, de grandes sculptures indéfinissables semblent être deux immenses rochers métalliques, ou des cavernes en forme de visages qui se rejoindront suite à un orage avec de foudroyants éclairs balayant l’espace scénique. Au-dessus un curieux objet, menaçant comme une épée de Damoclès, s’ajoute à cet univers sculptural où le regard du spectateur découvre de quoi imaginer, fouiller, divaguer et se perdre. D’inquiétantes tensions se diluant, à la fin, dans les mouvements ouatés du groupe.

Spectacle

Le destin funeste de ces danseurs hagards est orienté dans les images stupéfiantes d’un poème visuel parfois déconcertant où la danse virtuose se dissout dans le merveilleux. Jean-Christophe Maillot arrime sa chorégraphie aux sons d’une musique de cadences discordantes mêlées à des cordes traditionnelles où le violoncelle y a une place prépondérante.

Dans ce fascinant croisement musical, la danse oscille entre énergie et une expressivité facétieuse. Le spectateur s’adapte à cette nouvelle esthétique assortie à la composition musicale. Elle lui révèle une mine d’idées et lui suggère un monde d’images séduisantes emportant à fond de train des tableaux inoubliables qui s’imposent avec du volume et de la matière. Ainsi, durant un instant, les danseurs forment avec leurs corps un troisième rocher. N’est-ce pas exceptionnel de voir des interprètes se transformer en éléments de décor ?

Spectacle

Grâce à l’épaisseur temporelle de ces rituels, la pulsation des corps ne faiblit pas jusqu’à devenir tribale. Des réunions fougueuses, parfois facétieuses, où les bras s’entrecroisent tandis que les alignements sont scandés par de rapides ruptures de rythme, en font une ahurissante et bouleversante performance qui procure une belle émotion. Sa succession d’impressions visuelles et sonores offre un spectacle dément qui carbure à fond à des hallucinations de rêves en recélant parfois de splendides arrêts sur images.

En orientant son poème visuel vers une danse réjouissante, Jean-Christophe Maillot a ajouté de la vie (life) à l’abstraction (abstract) de la musique de Bruno Mantovani.

Caroline Boudet-Lefort