TNN - DES ROSES ET DU JASMIN, Texte et mise en scène d’Adel Hakim

PDFImprimerEnvoyer

Sur le modèle du théâtre grec antique, Adel Hakim montre, dans cette tragédie d’aujourd’hui, comment la politique se noue à une histoire familiale, lorsque des amoureux, tels les Roméo et Juliette de Shakespeare, sont séparés par des luttes héréditaires et des murs de haine réciproque.

 

Des roses et du jasmin évoque, à travers trois générations dans une même famille, les événements qui se sont déroulés en Palestine de 1944 à 1988. Des voix-off et des intermèdes musicaux et/ou dansés sont en place du choeur antique, mettant à distance les conflits tragiques qui se déroulent sur scène et indiquant les trois époques de cette véritable fresque historique. En 1944, une jeune fille Juive, qui a fui l’Allemagne pour rejoindre Jérusalem, épouse un officier anglais qui sera tué le 22 juillet 1946 dans l’attentat perpétué à l’Hôtel King par l’Irgoun, organisation extrémiste à laquelle appartient Aaron, le frère de la jeune fille. Les jeunes mariés ont eu une enfant, Léa, qui, vingt ans plus tard, épouse un jeune palestinien, malgré la forte opposition d’Aaron. En 1988, Yasmine et Rose, les filles de Léa, séparées de force par Aaron, sont chacune engagées dans les luttes ennemies, ce qu’elles ne découvriront qu’à la fin tragique – qui ne pouvait être autre - du spectacle. Chacune est restée enfermée dans son drame, l’une étant du côté israélien et l’autre palestinien.

Spectacle

Ce résumé afin de prouver que, dans ces trois moments-clés de l’Histoire du conflit isréalo- palestinien, la même tragédie se répète pour des amants dont les familles sont dans des camps opposés.

Adel Hakim accentue l’aspect romanesque de son théâtre en montrant qu’à travers une histoire familiale peut se nouer une tragédie politique qui se répète et semble sans issue, tant la haine et l’incompréhension sont construites et densifiées avec le temps. Son spectacle raconte en mots, tout ensemble lyriques et assassins, ses rêves de liberté et les événements clés vécus ou subis par les Palestiniens.

Sans esthétique dramatique surchargée, mais avec seulement deux tables, quelques chaises et un écran comme décor, une troupe d’acteurs à l’énergie ardente joue en arabe (sur titré en français) ce spectacle de trois heures. L’intensité est si forte que le temps passe vite, entre rires et larmes, entre conflits intimes et universels. Les comédiens assument plusieurs rôles et ont également interprété, au TNN, Antigone de Sophocle de façon très attachante, paraît-il.

Voir le Théâtre Palestinien venir à Nice était une incroyable surprise ! Ce spectacle saisissant d’histoires d’amour conflictuelles sur trois générations a comblé les spectateurs qui l’ont largement applaudi. La menace et l’alarme résonnent avec l’actualité toujours aussi brûlante aujourd’hui, alors que les conflits s’accumulent. Face à la haine qui se perpétue de génération en génération, la paix semble hors d’atteinte. Cette oeuvre solide, intense, fulgurante, accessible à tous les publics est là pour nous le rappeler. Un véritable tour de force !

Caroline Boudet-Lefort