Aida, le 27 Juin 2009 à la Scala de Milan

PDFImprimerEnvoyer

Ce soir là, nous sommes partis en voyage en Égypte grâce a Giuseppe Verdi, accompagné par les musiciens de Daniel Barenboïm. Une somptueuse traversée parmi les anciens tombeaux, sarcophages, hiéroglyphes, statues de cerfs et de lions, recouverts d’or, accompagnés d'esclaves a la peau noire et luisante et de voix résonnantes. Du pur et lourd Franco Zeffirelli ! Avec costumes historiques, fait main, complets avec des turbans, tricornes…, une énorme production, avec par moment plus de 200 figurants sur scène, chœurs, danseurs, petits rats d’opéra etc..

 

Et l’histoire ? Les armées éthiopiennes sont prêtes a envahir la vallée du Nil. Le général égyptien Radames, dont le cœur est prisonnier de l’esclave éthiopienne Aida, nourrit l’espoir de commander l’armée égyptienne. Armneris, fille du roi, est amoureuse en secret de Radames, sera-t-elle complice de ces desseins ?

Voyez tous ces personnages, leurs passions, le contexte, pour une œuvre historique, composée dans les années 1800, devenue un des grands cheval de bataille du répertoire de l'opéra. Cette énorme production avec des centaines de choristes et figurants est renforcée, dans la fosse, par un orchestre d’au moins 100 instruments.

Le staff professionnel compte plus de 70 noms ; Maestro de lumière, maestro de chaussures… tous inscrits sur le programme.

Et bien-sur, l’auteur du livret Ghislandoni, le maestro de chœur et tutti quanti

Et bien-sur, les 7 voix principales.

Manque le nom du directeur général Lessner et son sympathique assistant Cella, qui au dernier moment, a bien voulu trouver une invitation pour votre serviteur, arrivé de Nice une heure avant le spectacle.

La Scala, domine depuis deux siècles l’opéra Italien avec d'innombrables premières mondiales, dont plus de dix opéras de Verdi. Elle a aussi abrité les plus fameuses baguettes, tels Toscanini, Sabata et plus récemment Mutti.

Refaite a l’intérieur en 2002, c’est une splendeur de brocard rouge avec 7 balcons dorés ou plus de 4000 mélomanes se tassent religieusement.

Elle affiche normalement complet à chaque représentation, mais annulations et billets bon marché sont parfois en vente deux heures avant le spectacle.

C’est d’habitude un public habillé. Ce soir là, tous les abonnés de "Circuito Lirico Lombardo" étaient en nœud papillon et robes de soirées.

Et la musique, me direz-vous ? Eh bien, c’était grandiose, comme le spectacle. Barenboïm dirige d’une main ferme cet énorme opéra, maitrisant chœur, orchestre et solistes.

Assis à coté de moi, le jeune chef d’orchestre, Francesco Maria Colombo, était satisfait, somme toute, de la performance. Mais, me dit-il “Il y a eu quelques ‘bouh’ à la première, la semaine dernière”. Qu’à cela ne tienne, n’a-t-on pas sifflé la première du Barbier de Séville ?

Les Milanais, surtout les “Logionisti” (occupants des loges) sont comme les Parmigiani, les grands arbitres de l’opéra Italien. “Sono passionate” m’explique Colombo, qui lui est surtout actif aux USA. Ils agissent par l’amour de la musique, de la tradition et aussi par leur grande connaissance de l'opéra.

L’Amneris d’Anna Smirnova ; une voix veloutée, or 24 carats. Remplacée 24h avant, l’Aida de Marie Jose Siri est une merveille de justesse et de passion à qui Barenboïm prêta une attention particulière pour l’amener a bon port. Une belle voix a suivre. Des moments magiques nous rappellent qu’il s’agit d’un grand chef conduisant un grand orchestre.

Comme presque toujours et presque partout, les voix mâles ne sont pas dans le même registre. On admire la culture vocale de Stuart Neil (Radames), avec ses splendides pianissimo, mais on regrette un manque d’ampleur. Le roi (Carlo Cigni) et Ramfis (Giorgio Guseppini) s’acquittent honorablement de leur tache, sans plus.

Au total, un grand spectacle fastueux, un musée d 'époque Franco Zeffirelli, avec un nouveau chef qui devra surmonter les ragots que j’ai entendu dans les coulisses « Le Metropolitan Opera s’installe chez nous ».


par Peter Hermes