L'artiste Zineb Sedira privée d'exposition à Vallauris

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Le Musée national Pablo-Picasso de Vallauris devait présenter, du 6 mars au 20 septembre, une exposition de l'artiste d'origine algérienne Zineb Sedira. Née à Paris en 1963, elle vit et travaille à Londres. Elle montre à Vallauris photographies et vidéos.


Parmi elles, Retelling Histories : My Mother Told Me ("Histoires re-racontées : ma mère m'a dit") est une conversation entre l'artiste et sa mère filmée en 2009. Cette dernière relate ses souvenirs de la guerre d'Algérie, évoque le comportement des soldats français, ainsi que celui des harkis. Le mot "harki" revient, à trois reprises, dont une à propos d'une femme emmenée de force par les hommes.

Elle répond en arabe aux questions que sa fille pose en français. D'où la nécessité de sous-titrer, que ce soit pour le spectateur francophone ou anglophone. Dans la version anglaise, harki était traduit par le mot "collaborator" ("collaborateur"), étant donné que les harkis ont en effet collaboré avec les troupes françaises en Algérie. Dans la version française, le terme a été traduit par "collaborateur", qui fait clairement référence à la période de l'Occupation et aux collaborateurs français des nazis.

Deux associations d'anciens harkis, l'une de Nîmes, l'autre des Alpes-Maritimes, ayant protesté contre le mot, le directeur des Musées nationaux du XXe siècle des Alpes-Maritimes, Maurice Fréchuret, en a averti l'artiste. Celle-ci a alors réalisé une deuxième version dans laquelle le mot douloureux est supprimé du sous-titrage. En vain : quand M. Fréchuret, le 26 avril, a voulu procéder à la substitution des DVD, il a découvert l'exposition fermée et la banderole qui l'annonçait décrochée.

La mesure a été décidée par le maire UMP de Vallauris, Alain Gumiel. Celui-ci dit avoir été confronté les jours précédents au très vif mécontentement d'anciens combattants d'Afrique du Nord et de militaires à la retraite et avoir fait fermer l'exposition "par mesure de sécurité".

"Que dirait-on si des excités entraient et cassaient les caméras ? J'ai agi en concertation avec Jean Leonetti, député de la circonscription, et Francis Lamy, préfet des Alpes-Maritimes." M. Gumiel, qui se définit comme "un enfant de pieds-noirs, mais pas de droite", invoque son "grand respect" pour les harkis, l'importance de leur communauté dans sa ville et le fait que chacun aurait le droit de "raconter l'histoire comme il la ressent". C'est justement ce que fait la mère de Zineb Sedira dans la vidéo censurée.

Philippe Dagen

 

LE MONDE | 29.04.10 | 16h40 • Mis à jour le 29.04.10 | 16h40