Nasr-eddine BENNACER Le souffleur de lumière

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En février 2018 la Galerie DEPARDIEU a présenté une exposition :

Voyage dans le futur à travers la mer du passé, consacrée à N.Bennacer, titre où les espaces se rejoignent dans le présent du regard.

 

Artiste

L’œuvre de Nasr-eddine m’a saisie et livrée à une contemplation silencieuse.

Son regard métamorphose les ronces et les boues les plus opaques.

En regardant la série en noir et blanc Le cracheur de lumière m’est venu à l’esprit immédiatement une expression qui nous fait entrer dans la présence de l’invisible, dans « un obscur et lumineux silence »(J.Y.Leloup) :

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Nasr-eddine est un souffleur de lumière. La lumière reliée au blanc vit une expansion dans ces tableaux qui se transforme dans le dernier en fragmentation, spirale qui peut engendrer d’infinies mutations…

L’artiste envahit de son souffle l’espace pictural et l’espace intérieur Ce jeu entre le noir et le blanc nous renvoie à l’origine et l’artiste nous le soumet au présent. Les rappels d’être sont devant nous. L’amour et la mort se livrent à un mouvement d’expansion/retrécissement. L’œuvre de Nasr-eddine produit dans sa spirale un« plus de vie » un potentiel de départs où se rejoignent passé et futur.

L’artiste repasse aussi par le creuset de l’origine et nous donne à voir la lumière d’être, non seulement « celle du cerveau de l’artiste » comme l’écrivait Matisse mais aussi son corps par le blanc et le noir, présence et absence de toute couleur.

Le blanc dans l’immensité du noir peut s’épandre , une étincelle jaillit, puis se fracturer…

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Le blanc comme le noir se nourrissent de leur co-existence et l’énergie du tableau nous conduit vers l’unité de l’émotion.

Les tableaux Auto da fe, Mirage, With the flow et Go with the flow nous ont aussi imprégnés de leur force.

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Le rouge de la scarification s’impose. Nasr-eddine m’a parlé de son cheminement. Pas d’idée précise au départ, simplement le ressenti de blessures profondes. Un papier japon devant lui et émerge alors l’idée de la Tour de Babel en relation à l’Irak et sa civilisation détruite.

Le film du pèlerinage à La Mecque autour de la Kabba le traverse aussi :

De ces croisements naît ce flux de boue en mouvement où, dans Go in the flow nous pouvons apercevoir une spirale de poissons.

Le cri de Nasr-eddine s’incarne dans la violence du rouge, blessures originelles, blessure devant l’horreur d’une guerre prédatrice, de conflits sanglants qui produisent ce flot de migrants que nous retrouvons dans Blue Chips et Exode 1.

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Tous ces êtres sont pris dans un flux qui annihile leur être, leur identité. Un mouvement irréversible est amorcé, l’œuvre en est le déploiement et nous projette vers un au-delà , un espace temporel et spatial indéfini.

Nasr-eddine en préalable à sa création a revêtu la longue chemise de son père et effectué la danse du derviche tourneur. Un texte a jailli ensuite, si beau, il l’expose avec la malle aux souvenirs- regard dur le passé- son père- sa famille- des fragments, des lambeaux de souvenirs et ce dépassement mystique inscrit dans l’ivresse de la transe.

Les tableaux de Nasr-eddine me rappellent « l’illumination obscure » des mystiques, quelles que soient leur religion.

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L’œuvre de Nasr-eddine est constituée aussi de paradoxes, d’oxymores qui nous montrent qu’entre ombre et lumière existe au présent l’éclaircie miraculeuse de l’art.

Nasr-eddine et moi avons en commun la terre d’Algérie où nous sommes nés à des époques différentes. Le lien entre l’artiste et celle qui regarde se situe au-delà du temps au sens courant à travers l’œuvre. Elle nous a fait revisiter nos racines mais créé surtout un temps qui a capté l’émotion des instants passés. Certes l’artiste remonte le chemin de sa vie, de ses obsessions, de ses fantasmes, mais plus tard l’œuvre se présente à nous dans la fulgurance de l’instant.

Algérie

Du premier jour et de la première nuit

Tu nous as élevés

fissurés

donné

un passé qui explose

en une intense lumière

et dense obscurité

Des multiples galets qui jonchent ton chemin

Nasr-eddine tu as créé une pierre dressée

Qui ouvre sur d’infinis regards


Nicole Deleu

22 mars 2018