Tatiana Wolska, et la création dans tous ses états.

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A voir actuellement, deux expositions de Tatiana Wolska, programmées à la galerie Catherine Issert à Saint Paul et à La Galerie municipale de la Marine à Nice.

Tatiana Wolska est née en Pologne en 1977 et habite actuellement à Bruxelles. Elle n’est pas étrangère à Nice, elle a étudié à La Villa Arson, (National Superior School of Fine Art), été en résidence de 2011 à 2016 à La Station, Chantier 109, aux Abattoirs de Nice. En 2010 elle a obtenu le prix : Jeune Talent de la sculpture en Corse et en 2014 le Grand Prix, 59ième Salon de Montrouge, Jeune création. Dès 2010 elle est soutenue par Catherine Issert, par des galeries parisiennes et bruxelloises, expose à Belfast, Cracovie, au Palais de Tokyo à Paris.

Exposition

L’exposition Liaison à St Paul de Vence, à La galerie Catherine Issert, présente actuellement jusque fin mars, des œuvres nouvelles, mises en espace. Une sculpture murale réalisée avec de vieilles bâches de plastiques nouées, avec ronds de bosses et drapés court le long d’un mur. C’est une œuvre organique et poétique très représentative du travail de l’artiste, créée avec des matériaux de rebut qu’elle sublime. On le sait, Tatiana Wolska fait le choix de recycler comme au temps de la Pologne communisme de son enfance. Elle stocke tout ce qui peut prendre forme et faire œuvre. Là, une chaise de vieille manufacture, devient sculpture fragile.

Exposition

Du bois travaillé en couches successives, en veines apparentes se transforme en un tripode bancal aux membres tordus comme des sarments de vigne, pieds alourdis par du béton. La force de résistance de l’artiste, sa lutte et sa volonté d’avancer sont très sensibles. (Elle a pris un engagement féministe, face à la violence de la Pologne et ses lois répressives qui sanctionne les femmes). Plus loin, voir une délicate sculpture viscérale et transparente posée au sol. Découvrir les beaux dessins sur papier aux murs ou en réserve. Plusieurs peintures de grands formats sont proposées, intéressants travaux de recherches préparatoires, en devenir. C’est des dessins, sculptures, installations que se dégage sa véritable énergie créatrice. Les œuvres sont mises en parcours dans les cinq salles de la galerie agrandie, parfois placées ici et là en correspondance avec d’autres artistes sans jamais interférer.

Exposition

A ne pas manquer en parallèle, une installation de Tatiana Wolska Habitat potentiel pour une artiste, à La Galerie la Marine de Nice. L’artiste a choisi de réaliser, une construction éphémère, sans plan préalable. Ici, le geste est rapide, instinctif, répétitif. Des débris et chutes de bois placés comme à la volée, fixés ensemble, constituent un habitacle de fortune.

Exposition

On y pénètre, courbés comme jadis dans les grottes, mais tout est planches et assemblages de bois, avec traits de lumière, interstices, invitation à l’expérience sensorielle, à la découverte et même au jeu.

Exposition

Des escaliers mènent vers des couchages de fortune, des coins de vie avec lumière électrique, bureau, fauteuil et tables, signes de civilisation.

Exposition

Cette construction d’urgence, de survie, répond au signal d’alarme de Mike Davis lancé dans son livre, Le pire des mondes possibles, de l’explosion urbaine au bidonville global. *La population citadine atteint plus de 50 % de la planète, cette arrivée en masse dans les villes sans préparation économique, fait envisager le pire ! Plus encore, cette installation éphémère, présentée ici dans une galerie municipale niçoise, face à la mer méditerranée, prend un sens supplémentaire.

Exposition

Tatiana Wolska marque aussi son passage et sa place dans ce lieu protecteur en tant qu’artiste. Clairvoyante et adaptable, elle souhaitait vivre dans cette construction plus longtemps mais le temps manque. Elle lance ici un avertissement sur les dangers de la surpopulation citadine et participe ainsi à une démarche sociologique.

Ces deux expositions complémentaires donnent une belle idée de la richesse de créativité de Tatiana Wolska, de son engagement politique, son parti pris de récupération, et surtout de son sens de la magie de la transformation.

*Si on ne change rien, l’humanité future habitera dans des cartons.

Extrait : Le pire des mondes possibles, Mike Davis édition la découverte poche 2007

Brigitte Chéry 23 mars 2018

Photos copyright : Béatrice Heyligers


Galerie de la Marine

59 quai des Etats –Unis 063000 NICE

Tel.0493919292 fermé le lundi 24 février-10 juin 2018


Galerie Catherine Issert :

2, route des Serres 06570 Saint Paul tel.0493329692

24 février- 31 mars 2018