BALLET DE LORRAINE – SCÈNE 55 – MOUGINS

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Le Ballet de Lorraine - Centre Chorégraphique National- a présenté, sur la Scène 55 de Mougins, trois fascinantes pièces de danse contemporaine, trois ballets interprétés par l’une des Compagnies les plus importantes d’Europe.

 

 

Danse

Dans The Fugue, deux danseurs se lancent, sans musique, sur le plateau en déployant leurs bras et leurs jambes. Seul le bruit de leurs pas rythme leurs mouvements, tandis qu’un troisième danseur se joint à eux en sautant dans un élan brut. Cette ahurissante performance, basée sur « L’Offrande musicale » de Bach, donne au final une pièce sans musique, mais pas sans sons, grâce au bruit amplifié des pas des danseurs. Jamais ne tombe l’énergie de ces excellents interprètes, trois hommes qui tanguent, trois danseurs pris d’un vertige. Dans l’harmonie de leurs gestes, leurs corps semblent se démultiplier. Même sans musique, l’accord entre eux est total et leurs mouvements impeccablement coordonnés. Cette oeuvre créée Twyla Tharp donne une idée juste de son écriture chorégraphique.

Danse

Dans Duo, les gestuelles des interprètes dessinent le mouvement des aiguilles d’une horloge corporelle aux accents hypnotiques. Allongés ou debout, les danseurs tournent et construisent des angles aigus pour marquer l’heure avec leurs bras et leurs jambes, suggérant un spectacle sur le temps qui passe et circule en spirale par son inscription dans l’espace. Signée William Forsythe, cette chorégraphie sur les aiguilles d’horloge brille par sa danse nerveuse, surprenante dans des roulades au sol millimétrées pour que chaque geste indique l’heure. Avec un art inventif, situé dans des temporalités insondables car impalpables, le chorégraphe imagine des trouvailles gestuelles qui nous épatent et qu’on admire. Cette danse aiguisée, vive, débordante d’imagination est d’une mécanique impeccable!

Danse

Changement de ton avec Sounddance, dont l’esthétique chorégraphique envoûte par un rythme savamment orchestré. Devant un rideau doré, arrivent sur scène, un à un, dix danseurs qui se propulsent dans des giclées de gestes. Avec exubérance et dynamisme, ils oscillent entre énergie et expressivité facétieuse, chacun son tour, puis tous ensemble, sur une musique pulsante, véritablement hypnotique et entêtante, presque dérangeante (des stridences de chantiers semblent se mêler à des harmonies musicales). Cette chorégraphie de Merce Cunningham possède le magnétisme rare. L’univers intriguant de cet exploit artistique, entre austérité et flamboyance, permet d’intensifier les sensations transmises à chaque spectateur

Malgré sa brièveté, ce spectacle total de ballets de trois chorégraphes américains majeurs comble le public qui aurait adoré que le plaisir se prolonge. Ici, tout est inventé pour que le danse parle au coeur du public.

Caroline Boudet-Lefort