Un soldat résistant pour défendre la culture

PDFImprimerEnvoyer

Théâtre musical. En ouverture du 23ème festival russe présenté au théâtre Toursky ce mois de mars, l’adaptation d’ « Histoire du soldat » sur la musique d’Igor Stravinsky, met en scène un conflit d’actualité entre humanité et profit.

 

Spectacle


A partir du texte de Charles Ferdinand Ramuz – lui-même inspiré par un conte russe d’Alexandre Afanassiev – Marianne Sergent a réalisé une adaptation très libre, renforcée par la mise en scène de Richard Martin. Si Ramuz raconte l’histoire d’un soldat déserteur qui vend son violon au diable, le spectacle présenté au théâtre Toursky met en scène un directeur de théâtre, soldat d’une certaine culture telle que l’a défend Richard Martin. Et comment ne pas penser à lui en écoutant ce « soldat » qui résiste pour sauvegarder ses valeurs ? Comment ne pas se souvenir de sa grève de la faim accroché à sa nacelle, ou de celle plus récente pour protester contre des suppressions de subventions publiques ?

Et pourtant, découragé par le désengagement des institutions qui préfèrent aider des formes plus commerciales de la culture, il va vendre son théâtre au diable – ici incarné par une Marianne Sergent entre humour et cynisme. Mais il regrette vite sa décision et veut reprendre son théâtre.

Spectacle

S’en suivent des joutes verbales entre le « soldat de la culture » et le diable. Un affrontement d’actualité entre ce qui ne devrait pas être un « produit » comme un autre et la marchandisation capitaliste.

Mais ici le conte aura une fin optimiste. Les idées du soldat gagneront et finiront par convaincre le diable.

Léo Ferré est une fois de plus au côté de Richard Martin si bien dans son rôle dans ce spectacle qui « alerte avec des cris d’oiseaux » et dit « Malheur à ceux qui moquent l’art». Et il y a aussi des clins d’œil à Didier Lookwood, ce vrai saltimbanque venu si souvent sur la scène du Toursky avant de nous quitter il y a peu de temps. Marianne Sergent met son talent et son humour au service de ce diable un peu spécial. Et les musiciens, sous la direction de Jean-Philippe Dambreville, ajoutent encore au charme du spectacle avec la musique d’Igor Stravinsky.


Seul bémol, quelques longueurs dans les moments de « beuverie » du soldat et du diable.

Mais ce qui reste important, de mon point de vue en tout cas, c’est la mise en lumière de ce combat, combien d’actualité, entre ce qui ne devrait pas se vendre – la culture comme la santé par exemple – et le profit de quelques-uns.

Jacqueline de Grandmaison