ROMÉO ET JULIETTE Opéra de Gounod, mis en scène par Irina Brook

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Irina Brook signe, à l’Opéra de Nice, une judicieuse mise en scène de Roméo et Juliette, drame d’amour et de mort transposé à l’époque actuelle. Grande admiratrice de Shakespeare, il était évident que la Directrice du Théâtre de Nice choisisse un opéra d’après l’un des chefs d’oeuvre de cet auteur. Cela aurait pu être Othello ou Hamlet, mais elle a préféré le plus romantique : la tragique histoire d’amour de Roméo et Juliette.

Le drame de ces amoureux éternels se passait à Vérone au début du XVe siècle, si on se réfère à la célèbre pièce de Shakespeare, adaptée en opéra par Charles Gounod, dont les librettistes, Jules barbier et Michel Carré, ont simplifié la trame. L’argument semblait idéal pour inspirer la sensibilité mélodique du compositeur, avec des passages d’un grand lyrisme quoique l’oeuvre reste très théâtrale. Le texte des dialogues d’amour est d’ailleurs emprunté presque mot pour mot à Shakespeare.

Spectacle

Dans cette nouvelle production de l’Opéra de Nice, le rideau se lève sur un paysage de ruines évoquant ceux que l’on voit de la Syrie d’aujourd’hui aux actualités télévisuelles. Irina Brook signifie ainsi que le temps de guerre reste permanent quelle que soit l’époque et qu’il y aura toujours des affrontements et des destructions entre parties rivales. L’exemple de la haine perpétuelle entre les Capulet et les Montaigu sert souvent de référence pour toutes luttes et conflits. Cependant, Roméo et Juliette, les adolescents des familles ennemies se rencontrent et s’aiment. Après quelques tragiques quiproquos, les deux amoureux se suicident, selon les événements relatés par le choeur dès le début.

Tandis que l’orchestre interprète l’ouverture, le choeur, anticipant le drame à venir, entre en scène pour entourer, puis transporter, les corps de Roméo et Juliette déjà morts. Un flash-back (comme aime le cinéma) nous les rend aussitôt lors de leur fameuse rencontre avec leur mémorable coup de foudre réciproque. Sans attendre, ils sont mariés secrètement par le Frère Laurent qui espère ainsi mettre un terme aux vieilles querelles. Mais, suite à une sanglante bagarre de rue, Roméo est banni de la ville pour avoir tué le frère de Juliette. La passion piège les victimes et les enferme dans leurs tourments de haine familiale et de fragilité suicidaire. Irina Brook donne sa vision du drame en montrant qu’aujourd’hui les rivalités, sinon les haines, religieuses et politiques, peuvent toujours provoquer des événements tragiques. Sa mise en scène ajoute encore plus de violence et de pessimisme au drame de Shakespeare. Avec cette atmosphère de danger permanent et de lyrisme déchirant, on sent, sur le plateau, davantage de ferveur pour la vie et l’amour.

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Dans la scène finale, Juliette éblouit et bouleverse. Comment ne pas être pris aux entrailles par ses sanglots d’amour ? La jolie Vannina Santoni, merveilleuse soprano italienne, répond au ténor mexicain Jésus Leon, excellent.

Par ses couleurs ternes, le décor nous plonge au coeur de la haine et fait peser la menace de guerre, renforçant l’impression accablante d’impossibilité de bonheur et d’amour. Ne quittant pas la scène, les ruines seront quelque peu dissimulées, le temps de la fête, par une guirlande d’ampoules lumineuses et une table de festin très éclairée, ou encore par une peinture style icône lors du mariage de Roméo et Juliette.

La costumière Magali Castellan a choisi des tenues d’aujourd’hui (chemisettes et tee-shirts) parsemées de vêtements kitch (manteau garni de fourrure ou robe rouge à paillettes pour montée des marches cannoises).

L’Orchestre Philharmonique de Nice, sous la direction musicale d’Alain Guingal, interprète la partition avec talent, alternant les instants amoureux du jeune couple et les passages haineux de rivalités de « camps ».

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On a déjà tout dit de ce drame de Shakespeare, permanent et éternel. Cette nouvelle mise en scène permet de voir combien son romantisme désespéré est indémodable. Cependant, Roméo et Juliette resteront à jamais les amants de Vérone les plus célèbres au monde.

Caroline Boudet-Lefort