Festival de danse en Israël

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De la danse en Israël ? dans ce pays rongé par les guerres, les attentats, l’occupation, ou la survie est toujours enfouie dans les plis de la mémoire damnée de l'holocauste ? Mais oui, un festival éclatant de talents, d'énergie, de jeunesse, soutenu par un public enthousiaste, qui joue a guiche ferme. L'amour de la danse en Israël remonte aux années 40-50, au temps ou les kiboutz étaient les centres culturels du pays.


Les nouveaux immigrants des pays de l'ouest avaient apporté avec eux une tradition de culture qui s'était épanouie dans les colonies agricoles. Le vendredi soir, la danse était de rigueur, après le repas commun et une session de chansons d'inspirations principalement soviétiques. Hardis, doués, grand travailleurs, les petits formations locales ont donné naissance à des compagnies professionnelles.
Bat Sheva company qui tire son nom de Bat Sheva Rotchilld, scionne de la famille installée en Israël, a donné le premier souffle. Liée d'amitié de cœur avec Martha Graham… le reste comme on dit « Its history ».

Inbal Pinto et Avshalom Polak “Rushes”- Suzanne Dellal centre Tel Aviv, Janvier 2009.
Voila une autre superbe compagnie israélienne de danse moderne, dans ce festival riche en découvertes et en surprises. En collaboration avec Pilobolus et Robert Barnett. « Rushes » avec ses onze solistes nous emporte sans répit, dans un flot impétueux plein de trouvailles inattendues. Existe-t-il une limite au vocabulaire des mouvements de l'anatomie humaine ? Inbal Pinto nous montre le contraire.

Voici un homme portant des chaises qui devient à son tour chaise marchante, lourdeur de la vie ? Ce monsieur du troisième age au crâne luisant bouge vraiment comme un diable. Voila un beau démenti officiel : pas de limite d'age pour les danseurs. Dialogue d'amour entre chaises et puis, miracle ! Les chaises deviennent danseuses. Tout ceci dans un esprit ou la folie se mêle a l'amour, un feu follet de chaises volantes.
Deux paires de jambes nues se parlent, se côtoient en un dialogue tendre et muet. Puis envahies par la lumière, les jambes deviennent corps entiers, conversant par claquement de langue comme deux commères sur bancs publiques, nous offrant un nouveau langage.

Quatre danseurs partageant un vêtement commun à deux têtes, à trois têtes, guettent les filles qui passent, tentacules affamées d'une nouvelle espèce zoologique. Puis survient un écran magique. Notre danseur est endormi mais ses rêves fantasques s'échappent de son crâne et emplissent la toile blanche. Les danseurs, surtout les hommes, sont des dieux grecques, ou des humains avec des proportions parfaites, contrairement aux danseurs classiques chez qui les cuisses et les calves pulpeuses l'emportent souvent sur un torse d'adolescent. Ils ont du rythme, le pied léger, l’allégresse, virevoltant entre ciel et terre.
Tout se passe très vite ; on a peine le temps d'applaudir, de crier bravo !, La salle est déchainée, on se croirait à un concert de Johnny Halliday. Mais non, c'est bien de la danse néoclassique, contemporaine.

Barak Marshall, Suzanne Dellal, Tel Aviv, Janvier 2009, Israel
Connaissez-vous Barak Marshal ? Non ? C'est la nouvelle étoile montante de la danse Israélienne. Talent ? Génie ? la postérité décidera ! Le Suzanne Dellal Center, fondé par Suzanne Dellal qui, fête seulement ses 20 ans.
Le centre se trouve dans le nouveau quartier branché Neve Tzedek de Tel Aviv. (deuxième ville la plus cotée d'Europe pour les jeunes d'après Nestle Travel). Des petites maisons modestes, la plus part à un étage, sorte de boîtes carrées aux couleurs méditerranéennes. Construits au début du siècle, ils ont subi un remaniement esthétique. Boutiques, restaurants, cafés, s'offrent à une foule débordante la nuit et en fin de semaine. C'est là que se trouve le centre Suzanne Dellal ; une salle moderne de 300 places avec des petits balcons. Tout se passe dans l'intimité. Et puis la troupe… Barak Marshall en est l'âme vivante. Ancien danseur, avocat, régisseur, metteur en scène. Composé d'après un texte de Jean Genet, Bruno Shulz et Robert Altman, les Serviteurs se passe dans les caves d'un château, mené d'une main forte par Madame Monger, la châtelaine, appelant sans cesse ses dix serviteurs pour rien, pour une tasse de café, jamais satisfaite…

La vie au sous sol du château continue ; une danseuse accouche deux vieilles filles.
Hilarant aussi le rite des funérailles au 6 commères a coiffures exotiques, tout en noir, font croque morts dansant.
Ou bien la vente aux enchères de mademoiselle X, déshabillée moult fois pour faire valoir « sein droit, sein gauche, toutes les côtes présentes ». Aller Hop ! on tourne ; « fesse droite, fesse gauche, dix orteils ». Délirant !

Querelle hurlante en langue n'importe quoi ; bras, mains, têtes, s'entrelacent avec fureur et gymnastique de deux mâles furaces. Ces saynettes drôles, émouvantes, originales, se précipitent l'une après l'autre ; on a a peine le temps de comprendre, de savourer un tableau, l'autre suit avec force, élan, bravade, au rythme de musiques classique, Pop, Rock.
Les danseurs sont aussi acteurs ; le film muet au ballet fait son entrée ; l'équipe composée de dix solistes, se meut ensemble, se sépare, se rassemble en un clin d’œil. Tout est inattendu ; les brusques mouvement des membres, les convulsions des corps, l'envolée des têtes.
Quel spectacle ! quelles trouvailles ! Les applaudissements fusent ; on appelle Barak Marshall ; désolé, il est à Los Angeles. Notez bien, ils seront en 2010, le 8 novembre et le 4 décembre à Lyon, à la Maison de la Danse.

par Peter Hermes