Exposition Du signe au sens

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La magie de l’art, c’est la métamorphose.

C’est à la découverte permanente de ce processus que nous convie la Galerie inattendue de P. Conti à travers l’exposition Du signe au sens qui réunit et met en relation peintres, sculpteurs et photographes.

 

Il existe une belle interaction entre le nom de la galerie et le titre de l’exposition, son corps et le décor !

L’espace inattendu devient aussi un entre-deux qui suscite le dialogue entre l’œuvre et le spectateur, un espace de jeu « intra-actif » qui nous donne à voir un commencement…

Nous avons choisi, parmi les multiples artistes de qualité, deux photographes qui expriment très différemment la tension d’origine linguistique que suggère le titre de l’exposition :

Gabriel Fabre et Sarah Vermeersch

Galerie inattendue Paul Conti La Colle-sur-loup

Du 21 Janvier au 15 Mars 2018


VOLET 1 Gabriel Fabre

Exposition

Est posé bien sur le rôle du langage dans la création photographique.

Comme l’écrit R.Barthes dans Mythologies, « la photographie sera pour nous parole comme un article de journal ».

Le rapport du signifié et du signifiant constitutif du signe reste cependant analogique en art. Le schéma linguistique ne pourrait-il s’appliquer au sens littéral ?

Contradiction ?

Gabriel Fabre va dépasser cette contradiction puisqu’il introduit le langage comme matière dans sa création, texture à traiter en liaison avec l’image captée.

Si le spectre du langage hante pour Barthes la photographie, Gabriel le fait changer de statut par la tension linguistico-photographique qu’il établit !

Le langage devient un être vivant, acquiert son épaisseur, s’incarne littéralement dans son œuvre.

Ce sont ces jeux d’incrustation qui nous ont saisis. La matière fait sens.

Pour Gabriel la marche, la promenade dans la Nature est primordiale.

Les jardins, les forêts sont le terreau initial. Un dialogue intime, muet s’établit à travers la perception immédiate, intuitive de la Beauté. Les photos prises sont un moment fondateur engendré par un état contemplatif.

Et cette philocalie, amour du Beau, le conduit à faire un choix intime

de textes, soit personnels soit d’auteurs qu’il chérit, comme le Tao Te King de Lao Tseu.

Ainsi il crée une tension entre le paysage et les mots insérés. Les textes inscrits peuvent être lisibles ou non. Peu importe ! Un souffle porte la parole. On échappe à la fonction ordinaire de communication du langage pour accéder à la fonction poétique

Dans une série que nous appellerons Yin et Yang, l’artiste joue sur la gamme de noir, gris et blanc et la photo devient proche des estampes japonaises chères à Gabriel né au Japon et profondément lié à son monisme. Le mouvement porte l’écriture incrustée.

Quand on porte en soi l’haleine des vents

Il en restera bien sur la toile…( Jean Khalil Sarov)

Dans le vent d’une parole

Exposition

Le jeu sur les couleurs intervient dans Jazz & Palms

Le texte de la chanson love me like a river does est incrusté aussi dans la photo avec l’introduction des cuivres dans le choix des couleurs vives.

Musique, écriture et image se répondent en un concert magique !

Exposition

Les Métamorphoses et inversions sont aussi présentes.

Les Ramures de l’Etre plongent du ciel au sein d’une lumière blanche fulgurante produite par la densité de l’écriture.

Exposition

Dans Les Nourritures Célestes l’Arbre semble absorber la lumière qui vient du ciel ainsi que les mots associés !

Exposition

Le danseur de brume et Le manuscrit des orages nous donne à voir le mouvement même de la métamorphose.

Exposition

Expostion

L’artiste crée de l’intérieur. Il ne représente pas. Il est mouvement, couleur, texte. Rien n’est figé. La photographie est toujours changeante et toujours la même. L’artiste épouse le mystère qui nous porte vers le sacré.

Cette dimension est particulièrement présente dans La danse du Chamane

Exposition

Cette photo frôle l’abstraction. La forme du danseur se transforme en un spectre…nous dit Gabriel…Suggestion de l’invisible…

Suggérer voilà le rêve … écrivait le poète.

Agonie et mort sont aussi présentes dans la belle série Requiem des agaves

 

Exposition

Les graffiti des couples amoureux qui inscrivaient leurs prénoms sur la plante, souvenirs d’enfance, ont inspiré Gabriel.

La plante perd de sa substance. L’âme se libère de sa prison corporelle.

Ainsi nous évoluons avec elle vers l’abstraction, l’invisible à nouveau…

La photographie se tient entre le monde du visible, de l’invisible…au choix de chacun.

L’œuvre de Gabriel n’est pas un miroir où il se contemple mais une fenêtre ,Vue sur Porquerolles, où il se penche, s’oublie et nous donne à voir dans le bleu de la mer la clarté de son regard.


Volet 2 Sarah Vermeersch


Exposition

Les photographies de Sarah colorent le monde d’une lumière singulière, étrange et unique à la fois.

Cette singularité est une forme de douce violence éruptive qui nous emmène dans un univers incongru où la représentation perd tout ancrage dans le réel.

Sarah se joue de lui, des fragments qu’elle peut y puiser pour nous proposer un merveilleux qui se fonde sur la rencontre d’éléments fortuits.

Sarah nous confie qu’elle part des contes de son enfance, de rêves visuels, de textes qui se muent en images, de mythes et de légendes.

L’émerveillement, les surprises du hasard sont à l’origine des dessins qui précèdent l’œuvre. L’artiste produit ainsi, principalement par la technique du collage qui a pris une autre dimension avec le numérique, un langage dont les signes cessent, pour reprendre une image d’A. Breton, de se comporter en épaves à la surface d’une mer morte.

Exposition

Elle s’inspire aussi du quotidien, de nids d’aigle, de jeux de mots qui lui font parcourir le trajet du signe au sens mais aussi l’inverse, du signe au sens.

Elle met en jeu toute son audace, sa force créatrice pour faire surgir des photographies fondées sur le hasard objectif des surréalistes.

Se rejoignent alors le désir originel et les forces mystérieuses qui lui permettent de s’accomplir.

Ces associations libèrent dans le spectateur la toute puissance du rêve !

Et ce sont comme des apparitions !

Quand Yondi soutient le ciel

Exposition

Cette photo est inspirée par le folklore aborigène australien si proche de mythes grecs. Entre deux dégradés de gris émerge la lumière…

Les personnages, hommes comme femmes, sont perçus très souvent de dos. Leur visage reste ainsi un mystère supplémentaire et nécessaire.

Les chimères sont à l’honneur chez Sarah. Dans La Métamorphose

Exposition

La femme à la tête d’aigle semble happer un oiseau, victime lointaine…

Et dans The Fishwife, la poissonnière, le corps de la femme à tête de coquille St Jacques est envahi par les écailles de poisson…

Elle présente dans ses mains des poissons dont elle semble aussi prisonnière…N’ont-ils pas pris possession déjà de son corps ?

Exposition

Beauté de l’ambigüité !

Les variations sont multiples.

Dans Lifesaver nous découvrons ici une nouvelle dualité, celle de l’homme/objet-fonction (maître nageur)

Exposition

Le miroir est un élément important dans l’œuvre de Sarah. Chez les surréalistes la traversée du miroir symbolise le fait de rentrer dans un monde imaginaire.

Dans Mirror Mirror

Exposition

La femme, si rarement présentée de face se détache d’un miroir qui porte l’empreinte de son ombre.

Et puis l’humour se glisse dans la création par les jeux sur les mots qui

réunissent langage et photo.

La vie en rose

Exposition

Du corps féminin vêtu d’une toge rouge, couleur omniprésente dans l’exposition, émane une rose épanouie certes mais dont certaines pétales annoncent le déclin.

Une piste verte lui sert de socle…Voyage sans limites vers un Ailleurs ?

A ce voyage Sarah nous y invite dans uns photo qui nous a particulièrement marqués : Le départ

Exposition

Nous levons l’ancre. Où allons-nous ?

Les pages du livre s’égrennent dans le ciel. Valise et chaise sont ancrés sur terre. Un chapeau ? Présence/absence de l’être humain parti

vers de jeunes éclairs qui traversent la nuit…

L’œuvre de Sarah Vermeersch est un miroir magnétique de l’imaginaire. C’est une invitation au voyage qui efface tout sentiment de certitude.

D’origine belge, elle porte aussi en elle les traces de peintres belges qu’elle admire, Delvaux, Magritte…qui écivait : être surréaliste c’est bannir de son esprit le déjà-vu et rechercher le pas-encore-vu

Un rideau photographique s’ouvre par le monde de l’inquiétante étrangeté et reste ouvert sur un sentiment de liberté, sur l’imprévisible. Ainsi, comme le signalait Breton, l’artiste remplace le mot donc par le mot comme… sans limite analogique.

Nicole Deleu

5 mars 2018