Opéra de Nice - NORMA - De Vincenzo Bellini

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Si l’opéra de Bellini est rarement donné, c’est qu’une Norma ne se trouve pas aisément. Le siècle dernier, Maria callas a marqué ce rôle à tout jamais de son empreinte magnifique. Aussi a-t-il fallu chercher la perle rare pour cette nouvelle production présentée à l’Opéra de Nice. On l’a trouvée avec Yolanda Auyanet qui possède une voix chaude, ronde, ample.

 

L’action se déroule en Gaule au temps de l’occupation romaine. Norma, la grande prêtresse des druides, aime secrètement le Romain Pollione et lui a donné deux enfants. Mais l’amour de celui-ci pour Norma s’est éteint en faveur de la prêtresse Adalgisa. Ce sera le signe du combat et non de la paix souhaitée jusqu’alors.

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La composition musicale de Bellini est splendide avec de longues mélodies pour déployer tout l’arsenal des « affects », de la passion à la jalousie. On y ressent les sentiments avec une savante intensification. Pour chanter les lignes étendues de la grande prêtresse, il faut une technique impeccable, et Yolanda Auyanet a de l’abattage, l’engagement permanent et le souffle nécessaire. Même pour exprimer l’ambiguïté de l’amour maternel de Norma déchirée. En proie à la passion et à la jalousie, elle clame d’ailleurs : « J’aime et je hais mes enfants, à la fois ! » Ses cris puissants expriment toute sa colère, la voix de la cantatrice montre alors toutes ses capacités.

Les scènes entre les deux femmes, Norma et Adalgisa, sont fort émouvantes. Victimes de l’infidélité masculine, elles comprennent combien leurs destins sont parallèles. Dans leurs célèbres duos, on ressent la complicité féminine face à la lâcheté de Pollione. Cependant aucun personnage n’est totalement « mauvais » et son sacrifice, dans la mort, fera de leur amant un héros.

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La distribution vocale est parfaite, avec chacun qui s’acquitte en virtuose de son rôle. Aussi est-ce d’autant plus dommage qu’il y ait des limites dans la mise en scène de Nicola Berloffa dont les choix esthétiques nous ont semblé discutables. Le plateau reste plongé dans l’obscurité. Seule Norma dans une robe d’un blanc immaculé se détache, tandis que le choeur se distingue à peine. Davantage de lumière aurait permis de percevoir l’entourage de la cantatrice. Dans les scènes religieuses et guerrières, l’atmosphère mystérieuse des druides n’est rendue que par un manque d’éclairage.

Pourquoi ces décors en carton-pâte ? Pourquoi ce lieu (un temple ? un ancien palais ?...) aux murs lépreux, alors qu’il s’agit d’une forêt sacrée des druides ? Pourquoi ces costumes de la fin du Second Empire, avec certaines robes mousseuses comme pour une élection de Miss France ? Est-ce pour évoquer l’époque de Bellini : la trame ancienne permettait au compositeur de traiter les questions qui le préoccupaient avant le Risorgimento. Le peuple – le choeur - est chargé d’un message politique contemporain à la création de l’oeuvre (à la Scala de Milan, le 26 décembre 1831).

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Mais, bien évidemment à l’opéra, la précision historique n’est pas forcément de rigueur, même dans un livret d’opéra. Ce sont la musique et les voix qui importent, et sur ce point nous sommes totalement satisfaits. Et même comblés. Avant le sacrifice, le trio final est magnifique, tandis que, dans la fosse, l’orchestre Philharmonique de Nice, sous la baguette de Renato Balsadonna, donne toute sa flamboyance à la musique de Bellini, pour cette histoire de druides, de proconsul romain, de trahison, de jalousie, de faute et finalement de bûcher.

Caroline Boudet-Lefort